Comme dans le théâtre aiiirlais
genres extrêmes entre lesquels il est placé, il ne faut rien négliger de tout ce qui peut lui donner de la force.
Que le sujet en soit important ; et l'intrigue, simple, domestique, et voisine de la vie réelle.
Je n'y veux point de valets : les honnêtes gens ne les admettent point à la connaissance de leurs aflaires; et si les scènes se passent toutes entre les maîtres, elles n'en seront que plus intéressantes.
Si un valet parle sur la scène comme dans la société, il est maussade; s'il parle autrement, il est faux.
Les nuances empruntées du genre comique sont-elles trop fortes: l'ouvrage fera rire et pleurer; et il n'y aura plus ni unité d'intérêt, ni unité de coloris.
Le genre sérieux comporte les monologues; d'où je conclus qu'il penche plutôt vers la tragédie que vers la comédie, genre dans lequel ils sont rares et courts.
11 serait dangereux d'emprunter, dans une môme composition, des nuances du genre comique et du genre tragique. Connaissez bien la pente de votre sujet et de vos caractères, et suivez-la.
Que votre morale soit générale et forte.
Point de personnages épisodiques; ou, si l'intrigue en exige un, qu'il ait un caractère singulier qui le relève.
11 faut s'occuper fortement de la pantomime; laisser là ces coups de théâtre dont l'effet est momentané, et trouver des tableaux. Plus on voit un beau tableau, plus il plaît.
Le mouvement nuit presque toujours à la dignité ; ainsi, que votre principal personnage soit rarement le machiniste de votre pièce.
Et surtout, ressouvenez-vous qu'il n'y a point de principe général : je n'en connais aucun de ceux que je viens d'indiquer, qu'un homme de génie ne puisse enfreindre avec succès.
Moi. — Vous avez prévenu mon objection.
DoRVAL. — Le genre comique est des espèces, et le genre tragique est des individus. Je m'explique. Le héros d'une tragédie est ici tel ou tel homme : c'est ou Régulus, ou Dru
tus, ou Caton; et ce n'est point un autre. Le principal personnage d'une comédie doit au contraire représenter un grand nombre d'hommes. Si, par hasard, on lui donnait une physionomie si particulière, qu'il n'y eût dans la société qu'un seul individu qui lui ressemblât, la comédie retournerait à son enfance, et dégénérerait en satire.
{Dorval et moi, troisième entretien.)
LA GLOIRE L1TTi':RA1RE.
La gloire littéraire est le fondement de toutes les autres : les grandes actions tombent dans l'oubli ou dégénèrent en fables extravagantes, sans un historien fidèle qui les raconte, un grand orateur qui les préconise, un poète sacré qui les chante, ou des arts plastiques qui les représentent à nos yeux. Personne n'est donc plus intéressé à la naissance, aux progrès et à la durée des beaux-arts, que les bons souverains.
Ce sont les Lettres et les monuments qui marquent les intervalles des siècles qui se projetteraient les uns sur les autres, et ne formeraient qu'une nuit épaisse à travers laquelle l'avenir n'apercevrait plus que des fantômes exagérés, sans les écrits des savants qui distinguent les années par le récit des actions qui s'y sont faites. Le passé n'existe que par eux; leur silence replonge l'univers dans le néant; la mémoire des a'ieux n'est pas; leurs vertus restent sans honneur et sans fruit pour les neveux; le moment où ces cygnes paraissent est comme l'époque de la création.
Cependant il y a bien de la différence entre celui qui agit et celui qui parle, entre le héros et celui qui le chante : si le premier n'avait pas été, l'autre n'aurait rien à dire. Certes, la belle page est plus difficile à écrire que la belle action à faire; mais celle-ci est d'une bien autre importance.
Les beaux-arts ne font pas les bonnes mœurs; ils n'en sont que le vernis.
Il faut qu'il y ait des orateurs, des poètes, des philosophes,
de grands artistes; mais, enfanls du génie bien plus que de l'enseignement, le nombre n'en doit et n'en peut être que fort petit. 11 importe surtout qu'il soient excellents moralistes, condilion sans laquelle ils deviendront des corrupteurs dangereux. Us préconiseront le vice éclatant, et laisseront le mérite obscur dans son oubli. Adulateurs des grands, ils altéreront, par leurs éloges mal placés, toute idée de vertu : plus ils seront séduisants, plus on les lira, plus ils feront de mal. {Plan d'une université.)