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A VOLTAIRE

11 juin 1749.

Le moment où j'ai reçu votre lettre, Monsieur et cher maître, a été un des moments les plus doux de ma vie; je vous suis infiniment obligé du présent que vous y avez joint. Vous ne pouviez envoyer votre ouvrage à quelqu'un qui en fût plus admirateur que moi. On conserve précieusement les marques de la bienveillance des grands; pour moi, qui ne connais guère de distinction réelle entre les hommes que celles que les qualités personnelles y mettent, je place ce témoignage de votre estime autant au dessus des marques de la faveur des grands que les grands sont au dessous de vous. Que ce peuple pense à présent de ma Lettre sur les aveugles • tout ce qu'il voudra; elle ne vous a pas déplu; mes amis la trouvent bonne : cela me suffit.

Le sentiment de Saunderson n'est pas plus mon sentiment que le vôtre; mais ce pourrait bien être parce que jevots. Ces rapports qui nous frappent si vivement n'ont pas le même éclat pour un aveugle : il vit dans une obscurité perpétuelle; et cette obscurité doit ajouter beaucoup de force pour lui à ses raisons métaphysiques. C'est ordinairement pendant la nuit que s'élèvent les vapeurs qui obscurcissent en moi l'existence de Dieu; le lever du soleil les dissipe toujours; mais les ténèbres durent pour un aveugle, et le soleil ne se lève que pour ceux qui voient. Il ne faut pas que vous imaginiez que Saunderson dût apercevoir ce que vous eussiez aperçu à sa place : vous ne pouvez vous substituer à

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