‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 97 sur 153 · L'Encyclopédie · texte numérisé non relu

L'Encyclopédie

'à. Voltaire l'engageait à fuir pour échapper aux rigueurs du Parlement.

féroce a trempé sa langue dans le sang humain, elle ne peut plus s'en passer ; je sais bien que celte bête manque d'aliment, et que, n'ayant plus de Jésuites à manger, elle va se jeter sur les philosophes. Je sais bien qu'elle a les yeux tournés sur moi et que je serai peut-être le premier qu'elle dévorera : je sais bien qu'un honnête homme peut en vingl-quatre heures perdre ici sa fortune, parce qu'ils sont gueux; son honneur, parce qu'il n'y a point de lois; sa liberté, parce que les tyrans sont ombrageux ; sa vie, parce qu'ils comptent la vie d'un citoyen pour rien, et qu'ils cherchent à se tirer du mépris par des actes de terreur. Je sais bien qu'ils nous imputent leur désordre, parce nous sommes seuls en état de remarquer leurs sottises. Je sais bien qu'un d'entre eux a l'atrocité de dire qu'on n'avancera rien tant qu'on ne brûlera que des livres. Je sais bien qu'ils viennent d'égorger un enfant * pour des inepties qui ne méritaient qu'une légère correction paternelle. Je sais bien qu'ils ont jeté, et qu'ils tiennent encore dans les cachots un magistrat respectable^ à tous égards, parce qu'il refusait de conspirer à la ruine de sa province et qu'il avait déclaré sa haine pour la superstition et le despotisme. Je sais bien qu'ils en sont venus au point que les gens de bien et les hommes éclairés leur sont et leur doivent être insupportables. Je sais bien que nous sommes enveloppés des fils imperceptibles d'une nasse qu'on appelle po/jce, et que nous sommes entourés de délateurs. Je sais bien que je n'ai ni la naissance, ni les vertus, ni l'état, ni les talents qui recommandaient M. de La Chalotais, et que quand ils voudront me perdre, je serai perdu. Je sais bien qu'il peut arriver, avant la fin de l'année, que je me rappelle vos conseils, et que je m'écrie avec amertume: 0 Solon, Solon! Je ne me dissimule rien, comme vous voyez; mon ame est pleine d'alarmes ; j'entends au fond de mon cœur une voix qui se joint à la vôtre, et qui me dit : « Fuis, fuis! » cependant je suis retenu par l'inertie la plus stupide et la moins concevable, et je reste. C'est qu'il y a à côté de moi

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