LE C^^ FOUCHER DE CAREIL
Leibniz est le dernier esprit universel : 11 n'y a pas une Toie de la pensée qu'il n'ait tentée, pas une pierre de Tédifioe des sciences sur laquelle il n'ait gravé son nom. L'Allemagne, la France, T Angleterre et la Russie sont appelées à recueillir leur part dans la succession de ce grand homme. Jurisconsultes, théologiens, philosophes, historiens et politiques peuvent con-* sulter utilement ses écrits. Une édition universelle de ses œuvres est un besoin de notre temps. Leibniz, malgré son immense renommée, est encore peu connu. I^es premiers édi* teurs ignoraient même la véritable orthographe de son nom, de ce nom qu'il a signé au bas de plus de dix mille lettres. Dutens, qui est le principal, n'a fait qu'une compilation des précédents recueils (1). Tous les papiers de Leibniz furent vendus, pour la
(1) L'art d'éditer Leibniz doit à riilustre M. H. Pertz (1843) et au savant M. Grotefend (1846) ses pren)it.fs et ses plus heureax progrès. M. Erdmanc (1840), M. Omsin (1844), M. Trendelenburg (1848-1866), H. A. de Humboldt (1861) ont aussi contribué à répandre la philosophie de Leibniz par leurs puhlicatloiis. On pent voir à ce sujet la préface bibliographique des Lettres et opuscules inédits \de Leibniz, par A. Poucher de CareH. Lagrange, 1864.
somme de trois mille thalers , par un héritier peu dîgiie d'un tel legs; ils valent aujourdlmi plusieurs millions. Leibniz, qui voulait les donner au public, mais qui fut surpris par la mort, écrivait à Tun de ses correspondants : « Qui me non nisi edilis novity non novit : Celui qui ne me connaît que par ce qu'on a publié de moi, ne me connaît pas. »
Une découverte importante vient donner à cette œuvre un caractère à part. Elle se composera en grande partie des œuvres inédites de Leibniz : nous estimons à douze volumes in-8^ de cinq à six cents pages environ le nombre de^ volumes inédits seulement qui en feront partie. On comprend tout lintérét qui s'attache à une publication de ce genre. Leibniz, qui a fait tant d'inventions utiles aux hommes, ne leur a pas, de son vivant, livré tous ses secrets. On profite encore des résultats sans bien connaître ses méthodes. Quelques-unes de ses inventions les plus considérables sont peu connues, et les jugements qu*on en a portés jusqu'ici manquent de base, faute des documents nouveaux. Il suffira, pour faire apprécier l'importance de ces écrits posthumes qui vont enfin voir le jour, de citer cette loi célèbre de la conlinuilé que ne viole jamais la nature, qui, faisant son apparition dans les mathématiques, a doublé leur puissance, et qui, appliquée à l'histoire et à la politique, est une démonstration par l'absurde de l'inutilité et de (impuissance des brusques changements.
Cetle publication, outre l'intérêt universel qui s'attache au nom de Leibniz comme penseur, offrira un intérêt spécial pour l'histoire politique et littéraire des différents Étits dont il éclaire par ses travaux l'histoire, le droit public et privé, et le régime intérieur. L'Allemagne, la France, la Russie et l'Angleterre lui devront une ample moisson de faits nouveaux et de particularités intéressantes. L'historien, le jurisconsulte et le politique ne sont pas moins grands dans Leibniz que le mathématicien et le philosophe : ils se coudoient pour ainsi dire dans sa vie et doivent rester unis dans son œuvre. Ses derniers écrits, dont on ignorait l'existence, et qui datent de la période de Vienne, sont presque tous des travaux de philosophie positive appliquée aux sciences, aux arts, aux fondations utiles, et même au commerce et à l'industrie. A mesure qu'il avançait en âge, il semble avoir mieux ^enti le vide de la philosophie pure,
et éprouvé de plus en plus le besoin d'une philosophie réelle. L,es documents nouveaux montrent quelle part active il prit aux négociations religieuses entamées par l'empereur d'Autriche pour la réunion des protestants et des catholiques, avec le concours de Rome et de la France, et l'agrément des principaux princes protestants. Il fut le premier des Encyclopédisles et l'un des plus savants bibliothécaires de son temps. On le verra aussi fonder des académies et en écrire les statuts de cette même main qui tenait la plume au nom des empereurs, et rédigeait des manifestes éloquents, mais inconnus jusqu'ici, contre la politique envahissante de Louis XIV et l'asservissement de la nationalité allemande. Déjà sa pensée planait sur l'Orient, qu'il cherchait à conquérir aux sciences par les armes du roi très-chrétien, près de deux siècles avant qu'un autre conquérant ait réalisé ce dessein. Il secondait le czar Pierre le Grand dans ses nobles projets pour répandre l'instruction dans son immense empire. I^^sprit cosmopolite, Leibniz a mieux que les sages de la Grèce réalisé l'antique doctrine qui faisait du philosophe un citoyen du monde, civis mundanus. Par ses voyages, par ses écrits et par les langues dont il s'est servi, il appartient aux principales littératures de l'Europe.
L'éditeur, préparé par six années de recherches (1) et par de précédentes publications sur Leibniz, a été admis, par une grâce spéciale de Sa Majesté George V, roi de Hanovre, à consulter les écrits de ce philosophe que renferme la bibliothèque royale, et il a été mis à même, par les soins éclairés de ses Ministres, secondés par le zèle intelligent des secrétaire-archiviste et bibliothécaire, de préparer pour l'impression les documents inédits qui s'y trouvent en grand nombre. C'est avec l'autorisation et sous le patronage du roi de Hanovre que parait la nouvelle édition. Elle est honorée des souscriptions de Sa Majesté le roi George V, de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, de Sa Majesté le roi de Prusse, de S. A. R. le grand-duc de Weimar et de plu-
(1) Le plan de cette édition avait été arrêté à Breslau aa mois d*aoAt 1853 entre M. Foucher de Careil et M. Guhrauer, antear d'une Tie de Leibniz estimée. La mort de M. Guhrauer a retardé Texéculion de ce plan en reportant sur un seul tout le travail de l'édition , sans que M. Foucher de Careil ait renoncé d'ailleurs au bénéfice de Tassociation allemande qn'il avait conçue. M Foucher de Careil a fait, depuis cette époque» plusieurs séjours à Hanovre pour y recueillir les docnmeots qui lui étaient nécessaires.
skurs soaveraiDft. Elle a ireçu Taocueil le plu» sympathique en France et en Angleterre, et elle se publie atec l'appui des principaux gouvernements. Elle est encouragée par plusieurs académies, et notamment par celles de Berlin et de Tienne, ces filles de la pensée de Leibniz.
PlMt de 1» piibUcAttov.
L'édition des Œuvres complètes de Leibniz comprendra les séries suivantes :
1^ Histoire, Politique et Économie politique. 2*^ Droit et Jurisprudence.
3*» Théologie.
a. Philosophie pure ;