INTITULÉ
La France (elle qu'on l'a faite, *890.
<( La politique ne porte pas seule le deuil de nos libertés. M. Cousin est banni de la faculté des lettres, que, jeune encore, il honorait par la maturité de son talent. Et qu’enseignait-il donc qui pût provoquer ainsi la colère et les coups de l’autorité? 11 enseignait qu’il y a dans l’homme un élément dont l’essence et les lois n’ont aucune analogie avec les phénomènes et les lois de la matière, que la sensation et ses métamorphoses ne peuvent expliquer, auquel l’univers extérieur sert de théâtre et non de base, qui se saisit et se proclame lui-même dans le sentiment de tout acte véritable, de tout acte volontaire et libre. Il enseignait que la grandeur et la loi de tout être étant la fidélité à sa nature, la dignité et la sainteté de l’homme résident dans la liberté qui le constitue; que le devoir, dans son expression la plus simple à la fois et la plus élevée, est le maintien de
ARTICLE DE M. KÊRATRY 405
cette liberté contre tout ce qui lui est étranger et ennemi, contre les passions, filles des sens et de la fatalité extérieure. 11 enseignait que c’est là, dans l’empire sur soi-même, dans le retranchement de tout ce qui est passionné, dans le développement et la culture assidue de la liberté intérieure, c’est-à-dire de la pureté morale, que sont la vertu et la paix. Ce n’est pas tout, il enseignait que la vie et la mort sont des phénomènes indifférents par eux-mêmes; qu’il n’y a de mortel en nous que les sens et la passion, et les éléments subalternes que le rapport inévitable des choses extérieures à l’àme mêle accidentellement à notre destinée; que ce qui est libre des sens et des passions ne passe point avec eux; que l’élément de pureté est aussi l’élément de vie; que si les conditions actuelles de cette existence phénoménale condamnent l’homme à l’imperfection, et rendent impossible la pureté absolue, cette absolue pureté n’en est pas moins inhérente à l’essence de l’élément sacré qui habite dans l’homme, et que, le phénomène évanoui, la substance immortelle, délivrée de ses formes variables et périssables, est rendue à cette pureté, à cette unité, à cette liberté absolue à laquelle la vertu de l’homme aspire sans pouvoir l’atteindre.
Les idées politiques de M. Cousin étaient tout aussi simples, tout aussi inoffensives que ses idées morales et religieuses.
Si la liberté est sacrée en soi, disait-il, elle l’est pour chaque homme qui la porte et doit la respecter en luimême ; elle l’est pour tous les hommes, et leur impose à tous un respect et un culte réciproques.
APPENDICE. II
C’est dans ce respect de la liberté de tous par tous qu’est le principe réel de la justice, et par conséquent de l’ordre, et par conséquent de la paix. Ébranlez ce principe, énervez ses conséquences, à la place du respect de la liberté, vous introduisez plus ou moins la violence et l’iniquité, et le genre humain retombe dans l’état de guerre. Le respect de la liberté, établi comme principe social unique, tous les devoirs et les droits sociaux s’en déduisent avec rigueur et facilité, et leur ensemble systématique fonde, avec le code des droits civils, la déclaration des droits et des devoirs qui précède et qui règle toute organisation positive. Cette organisation n’est autre chose que l’ensemble des institutions qui réalisen les droits individuels et universels, les font vivre et se mouvoir en quelque sorte, et incorporent la liberté à l’existence.
Mais quelque chose doit présider à la mise à exécution de ces lois, à l’établissement de cette organisation, à la garde de la liberté, à la répression des délits et des crimes, c’est-à-dire aux infractions plus ou moins graves faites à la liberté publique. De là l’idée du gouvernement institué pour réprimer et protéger, non pour entraver et pour asservir. Mais ce gouvernement, comment doit-il être composé? Ces institutions, comment les établir et les conserver? Toutes questions relatives au temps et aux circonstances, et que la spéculation n’embrasse point. M. Cousin ne descendait point sur ce terrain glissant, réservé aux législateurs et aux publicistes de chaque pays. 11 se contentait de poser en principe que la concorde et la fusion des droits, des lois, des institu-
lions, du gouvernement et de toutes ses parties, constituent l’unité de la vie sociale, et que le fond de cette unité est le sentiment universel du respect de la liberté, la prédominance des éléments supérieurs de l’humanité sur les passions et les caprices, le règne de la vertu, la réalisation de la sainteté de l’homme, le triomphe de l’esprit sur la matière. Ainsi planait sur toutes les leçons de M. Cousin la grande figure de la liberté présidant à l’ensemble de la philosophie théorique et pratique, assise à la base, dominant le faîte, ordonnant, vivifiant, sanctifiant le système entier. Quoi de plus moral et de plus religieux qu’une philosophie où l’on retrouve à chaque pas les croyances les plus élevées de la nature humaine, l’idée de Dieu, pur et ineffable esprit dont l’homme est la sainte image, l’idée d’un ordre meilleur et plus parfait que celui de la terre, et que l’humanité doit s’efforcer de réaliser de son mieux ici-bas, par la pureté du cœur, le respect et l’amour des autres, le travail, le désintéressement, la justice et la paix?
Le cours de M. Cousin était fréquenté par plus de six cents auditeurs de tout âge. L’attention et le recueillement de l’auditoire, l’improvisation simple et abondante du professeur, ses travaux, son caractère, les systèmes les plus obscurs en apparence éclaircis par une exposition habile, l’intervention du grand nom de Platon, quelquefois celle d’un nom plus saint, imprimaient à ses leçons un caractère singulier de gravité et de profondeur. Les âmes s’élevaient et s’affermissaient à cet enseignement sévère; qu’importe? ils l’ont rejeté comme jacobin et comme alliée.
APPENDICE. II
Nous n’entendrons plus M. Cousin, mais nous nous en souviendrons toujours. On a pu lui enlever sa chaire , on ne l’arrachera pas du eæur de ses élèves. Cultivées fidèlement par eu\, ses leçons et sa doctrine porteront des fruits durables. M. Cousin a pu être frappé dans sa personne, mais son école est à l’abri des coups du pouvoir. »
TABLE
Avant-propos.,., t
première leçon. — Introduction 1
Sujet de cette première leçon : introduction h la philosophie de Kant. — Coup d’œil rapide sur Thistoire de la civilisation germanique. Cette histoire se divise en trois époques dont la première va jusqu’il Charlemagne. Caractère de cette première époque. Vieilles poésies du Nord. — La seconde embrasse tout la moyen âge jusqu’à la réforme. Caractère de cette deuxième époque. Les Minncsaengers et la scholastique en Allemagne. La troisième époque est l’époque moderne. Luther. Qpitz. Leibniz et Wolf. — » Du sensualisme en Allemagne au dix-huitième siècle. — Révolution opérée par Klopstock en littérature, par Kant en philosopliie. — Caractère de la philosophie de Kant : c’est surtout une philosophie morale. — Indication des diverses tentatives qui ont été faites rn France, avant ce cours, pour faire connaître la philosophie de Kant.
deuxième leçon. — Los deux Préfaces £2
Criligue de la raison pure. Importance des deux Préfaces et de Y Introduction . — Le sujet de cette leçon est l’analyse des deux Préfaces. — Etat de la philosophie au dix-huitième siècle. Indifférence en métaphysique: cause de celte indifférence. — Kant oppose l’état des mathématiques, de la logique et de la haute physique à celui delà métaphysique; et, recherchant le principe auquel les premières doivent leurs progrès, il propose d’appliquer ce principe ù la dernière. - Qu’il faut fonder la métaphysique sur une analyse des lois de la raison, abstraction faite de leurs applications et de leurs objets. — L’analyse de la raison en cMc-mémc, de sa portée légitime et de scs limites, est la Critique de la raison pure.
troisième leçon. — De l'Introduction ?,G
Analyse de V Introduction de la Critique de la raison pure. — Distinction de la forme et de la matière , du subjectif et de Yobjeclif dans la connaissance humaine. — De l’origine de nos connaissances : connaissances empirique* ou a posteriori , et connaissances a priori. — Caractères des connaissances pures a priori : universalité et nécessité. — Distinction des jugements analytiques ou explicatifs, et des jugements synthétiques ou extensifs. — Dtii\
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classes de jugements synthétiques : jugements synthétiques a priori et jugements synthétiques a potleriori. — Réfutation de l’empirisme. — Réfutation
de cette assertion, que tous les jugements sont soumis h la loi d’identité.
Distinction des sciences théorétiques et des sciences empiriques. — De la possibilité de la métaphysique : de la méthode. — Considérations générales sur la réforme philosophique entreprise par Kant.
quatrième leçon. — Esthétique transcendentale. 65
Sujet de cette leçon : analyse de la théorie de Kant sur la sensibilité, on de l’Eithetiqu» transcendentale. — Divisions de la Critique de la raison pure : Doctrine élémentaire et Méthodologie. — La sensibilité et l’entendement sont les deux grandes sources de la connaissance, ou les deux facultés fondamentales : leur fonction, leur caractère. — De la sensibilité. Vice radical de la théorie de Kant : que la conscience rentre dans la sensibilité. — La sensibilité peut contenir des éléments a priori. — Comment on arrive à les déterminer : Esthétique transcendentale. — L’espace et le temps, formes de la sensibilité. Exposition métaphysique et transcendentale de l’idée d’espace : c’est une idée a priori; — une idée nécessaire; — ce n’est pas une idée collective; — c’est l’idée d’une grandeur infinie. — Des connaissances synthétiques a priori qui dérivent de l’idée d’espace. — Examen de l’opinion de Condillac, en opposition à celle de Kant. — Exposition métaphysique et transcendentale de l’idée de temps ; scs caractères sont les mêmes que ceux de l’idée d’espace. — Des connaissances synthétiques a priori qui dérivent de l’idée de temps. — Que les idées d’espace et de temps n’ont aucune valeur objective.
cinquième leçon. — Analytique transcendentale.. <10
Sujet de la leçon : analyse de la théorie de Kant sur l’entendement ou de la logique transcendentale. — Fonction de l’entendement. — Facultés particulières qu’il suppose : imagination, réminiscence et conscience. — Fausse et contradictoire théorie sur la conscience et l’unité de la conscience. — Division de la logique transcendentale en analytique et en dialectique : objet de l’analytique transcendentale ; analyser les éléments purs de l’entendement. — Méthode pour les déterminer : c’est dans l’étude des jugements qu’il faut les chercher. — Les jugements peuvent être envisagés sous quatre points de vue, et dans chacun de ces points de vue on distingue trois sortes de jugements : t® quantité (généraux, particuliers, singuliers); 2® qualité (affirmatifs, négatifs, limitatifs); 3® relation (catégoriques, hypothétiques, distinctifs); 4» modalité (problématiques, assertoriques, apodictiques). — Les formes des jugements sont les concepts purs ou a priori , ou les catégories de l’entendement. — Catégories ; quantité (totalité, pluralité, unité); qualité (affirmation, négation, limitation); relation (substance et accident, causalité et dépendance, communauté); modalité (possibilité et impossibilité, existence et non-exis-
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tence, nécessité et contingence). — Sans les catégories l’expérience est impossible : jugement sur Loche et sur Hume. — Jugement sur la liste des catégories d’Aristote. — De l’usage des catégories : du schématisme ou de la condition qui rend possible l’application des concepts aux objets. — Principes qui résultent de cette application. — De la valeur objective des catégories.
Distinction des phénomènes et des nouménes. — Jugement sur le système
de Leibniz. — Quelques observations sur la distinction établie par Kant entre la sensibilité et l’entendement, et sur la liste des catégories.
sixième leçon. — Dialectique transcendentale. . . . 136
Sujet de la leçon : analyse de la théorie de Kant sur la raison ou de la dialectique transcendentale. — Fonction de la raison : elle arrive au moyen du raisonnement aux idées, — Jugement sur la théorie des idées de Platon. — Kant -a-t-il raison de distinguer la raison de Y entendement f — Trois principes inconditionnels et absolus ou trois idées : le moi, le monde, Dieu. — De la valeur objective de la raison r but de la dialectique transcendentale. — Le moi : paralogismes de la psychologie rationnelle. — Réponse à Kant. — Le monde : des quatre antinomie* de la raison pure. — Exposition et solution de ces antimonies. — Réponse à Kant. — Dieu, idéal de la raison pure. Trois sortes de preuves : Physico-the'ologique, cosmologique, ontologique. — Examen de ces preuves. — Réponse à Kant. — Du seul usage légitime, selon Kant, des idées de la raison pure.
septième leçon. — Méthodologie 222
Sujet de la leçon: analyse de la méthodologie transcendentale. — Rut de la méthode transcendentale : discipline de la raison pure. — Différence des connaissances mathématiques et des connaissances philosophiques. Les définitions, les axiomes, les démonstrations ne conviennent pas il la philosophie. — Du rdle de la raison dans la polémique. Défense de la liberté illimitée de la discussion. — Distinction du scepticisme et de la critique. Jugement sur Hume. — Discipline de la raison pure par rapport aux hypothèses et par rapport aux preuves. Canon de la raison pure. — Que la morale nous rend ce que nous enlève la spéculation métaphysique. Distinction entre l’opinion, la science et la foi. — Réponse à Kant. — Architectonique de la raison pure. — Histoire de la raison pure : classification des systèmes.
huitième leçon. — Résumé 285
Examen de la théorie de Kant sur la valeur objective de nos connaissances : t» Celte théorie est en contradiction avec le sens commun. 2» Le fondement dn scepticisme de Kant, à savoir: le caractère de subjectivité de la raison, n'apparaft pas dans le mode primitif de celle faculté. De la raison spontanée
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et de la raison réfléchie. 3° La raison doit toujours être subjective, en ce sens qu’elle doit toujours être dans un sujet qui en ait conscience; il n’eu peut être autrement pour l'homme; il n’en peut être autrement pour Dieu lui-même. 4** Si la raison, à cause de sa subjectivité, ne peut nous faire connaître certainement l’existence du temps et de l’espace, elle ne peut non plus nous donner le monde matériel ou les phénomènes extérieurs , et, si on nie la réalité du moi, il
, faut aussi nier celle des phénomènes internes. 5° La raison pratique n’échappe pas plus au scepticisme que la raison spéculative. — Résumé de toutes les leçons sur la Critique de la raison pure: de l’esprit de la philosophie kantienne : indépendance absolue. — De sa méthode : méthode psychologique. — En quoi Kant est de son siècle, en quoi il s’en distingue. — Examen de la théorie des facultés : deux reproches à faire à cette théorie : 1° confusion ; 2° fausse ‘distinction. — Omission de l’activité volontaire et libre. — Omission du problème psychologique de l’origine et de la formation de nos idées, caractère ' abstrait et logique qui résulte de cette omission. — Retour sur la théorie de la conscience. — Retour sur les antinomies et sur la théologie rationnelle.— Conclusion.
Esquisse d’un système de philosophie morale et politique 321
Idée de la science philosophique. — Des trois problèmes ,dc la philosophie et de leur ordre légitime. — De la vraie méthode philosophique, ou nécessité de commencer toute étude philosophique par l’étude de l’homme. — Nécessité de commencer l’ctude de l’homme par celle de la pensée. — Que la pensée suppose : 1° La conscience ; 2° Des objets de la pensée divers et successifs; 3° l’n sujet pensant, identique à lui-même, un, simple, spirituel. — Théorie des facultés de l’âme : sensibilité, volonté, raison. — Que ces trois facultés expliquent toutes les autres. — Leurs différences. — Leurs rapports. Unité de la vie psychologique.
— Que parmi nos diverses facultés, la volonté libre est le caractère éminent de l’humanité. — Dignité de la liberté. — Idée de devoir et de droit fondée sur celle de la liberté. — De la liberté comme seul fondement de l’égalité. — Liberté philosophique. Liberté religieuse. Propriété. Sûreté individuelle. — La justice : sa définition. — Du dévouement et de la charité : son caractère particulier —
— Rapport et différence de la charité et de la justice. — Que la justice est le principal fondement de la société. — Idéal de la vraie société. — Progrès constant des sociétés humaines vers cet idéal.
appendice i. — Deux articles de M. Augustin Thierry 384
appendice il. — Note extraite d’un livre de M. Ké-
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