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XXVI II

Et vous aussi, Femmes, nos sœurs, aideznous !

Dans cette calamité d’inutiles élégances et de haute vie, dans ce besoin d’acquérir et de paraître, votre rôle a été funeste. Plus que nous vous avez subi l’influence des milieux vaniteux et vous êtes moins préparées aux sacrifices, très doux dès qu’on en connaît le secret, qui mènent à la vraie paix de l’âme. Que d’hommes disposés à la Vie simple, prévoyant les joies de sa pureté et de son indépendance, n’ont pas su en adopter la saine discipline, parce qu’ils redoutaient vos résistances, vos souffrances factices ou vos plaintes !

Pourtant, quand une idée généreuse s’empare

VIE SIMPLE

de vous, on vous voit admirables de dévouement. Et quelle idée plus belle que la Fraternité, cette incarnation moderne de la Charité? Songez à ce que furent vos sœurs des premiers temps du Christianisme quand, dans la religion naissante, le sentiment de la solidarité humaine semblait inséparable de la piété envers Dieu. Quelques-unes de vos semblables, compagnes de leurs maris ou de leurs frères, apparaissent avec eux dans l’auréole des plus grands et des plus émouvants souvenirs de l’Histoire. Aujourd’hui, pour nos devoirs nouveaux, il nous faut de telles compagnes, nous encourageant au grand Œuvre et nous soutenant dans l’abnégation. Ces amies héroïques, soyez-les!

Dans ce site si profondément silencieux, endormeur du corps, éveilleur de l’esprit, je parle ainsi en rêve à des fantômes, que je nomme mes frères, que je nomme mes sœurs. Ma bouche ne rend aucun son, mon auditoire n’est qu’une illusion.

Et pourtant quelle intensité de vie, et, pour moi, quelle intensité de croyance!

Je vois si clairement la scène imaginaire sur

VIE SIMPLE

le théâtre de mon âme, et ses décors, et ses perspectives. Elle flotte séductrice dans une si belle et si vibrante atmosphère d’espérance et de foi.

Est-ce l’anticipation pressentie de l’avenir souhaité? Ou bien tout cela n’est-il que nuages? Et moi-même ne suis-je qu’un illuminé et un enfant ?

Qu’importe! « Parmi la tendance déclive et sur la pente où roulent les choses, quand partout s’élève une rumeur pour réclamer les matérialités utilitaires, une voie ferrée, une loi politique, pour prôner un candidat, pour célébrer un changement dans la mode, ne peut-on tolérer quelques voix solitaires, parlant d'idées et de principes, de ce subtil et de cet intangible qui ne se vend, ni ne s’achète, de biens immortels? Nos progrès et nos conventions seront dépassés si tôt. Nos modes, le souvenir en sera mort demain. Mortes demain nos vanités et leurs feuilles dispersées, végétation sans cesse renaissante pour la Mort à jamais avide. Mais les pensées que ces quelques solitaires proclament par leur silence autant que par leur parole, par leurs rêves plus peut-être que par leurs actions, demeurent en leur beauté forte ou naïve, pour se reformer inépuisablement dans la Nature, par delà le désaccord, les doutes ou les sar-

VIE SIMPLE

casmes d’aujourd’hui, dans l’harmonie du système universel qui ne meurt pas. »

Le soir vient. Calme et doux, voici le soir!

Est-ce toi, mélancolique et paisible Nature, qui, depuis l’aube, a mené en moi ce rêve aux serpentantes pensées? Ce rêve qui dissipe l’orage intérieur de mon âme. Ce rêve aux détours infinis qui m’a mené si haut, si loin, en de si claires ou de si vaporeuses espérances que j’essaie d’investir de la forme insuffisante des mots. Préparé par ton silence, épuré par ta beauté, bercé par tes couleurs caressantes et tes lignes harmonieuses, j’ai vécu, ce jour, de ta vie et j’ai senti plus forte en mon cœur cette solidarité de tout dont tu es l’expression suprême, ô fille du grand Pan! J’ai vu enfin cette grande lumière éclairant un si grand devoir. C’est près de toi, ô Mère, qu’il faut revenir pour s’apaiser et comprendre. Quoique muette, comme tu conseilles puissamment!

Voici que sur toi, et sur mes pensées, descend la coupole nocturne. A l’Occident a disparu le Soleil, surtout beau quand il meurt. Pourquoi maintenant ces ténèbres qui vont s’épaississant ?

VIE SIMPLE

Est-ce le signe du néant de mes pensées et de l’inutilité des humains efforts, jeu superflu qui ne laisse après lui que des ombres? Est-ce au contraire l’enveloppe sacrée que tu mets aux aspirations qui ont aujourd’hui sanctifié mon âme, et cette étoile tremblante qui tout à coup brille à l’Orient et m’attire, en est-elle le sceau?

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