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Invasions des Saxons, Danois, Normands

une reconnaissance platonique des droits de l'être humain ! Mordue par les Pastoureaux, les Jacques, les bourgeois, les montagnards suisses, la féodalité a toujours bonne griffe et bonne dent. A Lyon, à Londres, à Rome, en plein cœur du catholicisme, jusqu'à la fin du xiii* siècle, on vend des hommes, sous l'œil bienveillant des chefs de l'Eglise qui, plus que jamais, prêchent soumission et résignation. Et bientôt, l'esclavage ne suffit plus : la viande humaine rôtit sur les bûchers.

Quel plus puissant argument à jeter à ceux qui nient l'origine animale de l'homme pour en faire un dieu déchu, que ces mutilations barbares infligées à la chair : hommes châtrés, hommes brûlés, hommes roués!

Dans les yeux des mystiques disciples de Saint-Dominique, brille la volupté du tigre qui entend craquer les os et jicler le sang.

La différence est-elle plus grande du cerveau de l'anthropoïde à celui de l'homme primitif que de Torquemada à Darwin ?

L'humanité va-t-elle croupir dans son

abaissement? Va-t-elle retourner à l'animalité ? Non, car après Schwarz qui invente la poudre, Gutenberg invente l'imprimerie et Colomb découvre l'Amérique. Les idées longtemps comprimées jaillissent, des sciences inconnues s'ébauchent et, pendant que la vieille scolastique chancelle sur ses bases, des novateurs attaquent l'omnipotence du pape. Au nom de l'Evangile?.. Eh!

qu'importe ! l'esprit d'examen, de critique se révèle enfin. Aujourd'hui niant le pape, demain il niera le roi et il niera Dieu.

Comme toujours, hélas l les penseurs et les héros sont minorité. Combien de Sigismond pour un Ziska, de Borgia pour un Rabelais I Au prix de flots de sang, de minuscules libertés sont conquises par les bourgeois des villes, mais un despotisme n'est-il destiné à disparaître que pour" être remplacé par un autre? Dans l'air vicié, on ne respire qu'oppression: pontifes, seigneurs, rois, marchands, qui se succèdent, se gonflent d'or et de pourpre aux dépens de la masse.

Lamassejadisesclave, aujourd'hui serve, différence de mots qui n'est qu'apparente *, il faudra encore près de trois siècles pour lui donner l'émancipation... réelle? non, nominale. A la fin du dix-septième siècle, les paysans sont encore des animaux noirâtres, maigres et velus, déchirant le sol avec leurs mains pour se nourrir de racines 2. Et, si des pinceaux italiens et flamands multiplient des chefs-d'œuvre, si des phi^ losophes, laissant la scolastique aux moines, créent la science par l'observation, si des écrivains expriment lapensée dans une

1 . Eu effet, serf vient de servus, qui veut dire esclave, condamné à servir.

2. L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et, en effet, ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines... (La Bruyère. — Les Caractères.)

langue claire et brillante, la masse, elle, n'a point part à tout cela.

Le coup de tonnerre de 89-92 ne résout rien pour elle. Chassés les seigneurs, arrivent les bourgeois : la domination par l'hérédité fait place à la domination par les écus, c'est-à-dire à la fraude, à l'exploitation lâche. Comme au temps des Bagaudes, comme au temps des Jacques, un peuple innombrable travaille et souffre pour entretenir dans l'abondance une poignée de parasites. Certes, des patriciens ne jettent plus en pâture aux poissons de leurs viviers des hommes vivants *; des seigneurs n'attellent plus leurs vassaux à la charrue, — c'est un progrès dont peuvent jouir les philanthropes. L'ergastule n'est plus ni le donjon féodal ; mais, en place, se dressent le bagne, l'usine et le lupanar où s'entassent les êtres que la misère a marqués de sa griffe. La loiimpersonnelle, majestueuse,

1. Et encore ! H y a peu de temps, des chasseurs de crocodiles, dans l'Inde, n'amorçaient-ils pas leur gibier avec des êtres humains vivants !

souveraine partout, vulnérable nulle part, a remplacé la religion à laquelle oh ne croit plus, et, comme elle, crie : «Soumission! »

Soumission! ah! non! révolte! révolte tant qu'un homme sera chair à canon ! révolte tant qu'une femme sera chair à plaisir! Par la révolte contre le dogme, le croyant s'est fait penseur ; par la révolte contre l'autorité, le citoyen achèvera de se faire homme. Pourquoi donc les peuples, qui ont conquis le droit de penser, ne conquerraient-ils pas le droit de vivre ?

L'Europe et l'Amérique possèdent environ trois fois plus de produits agricoles et industriels que leurs habitants n'en pourraient consommer et partout la misère chasse les travailleurs des champs dans les villes et des villes dans les pays inconnus où, sous un mirage parfois brillant, les attendent de nouvelles déceptions. L'Asie renferme d'incalculables richesses qui se perdent faute de débouchés ou sont accaparées par un petit nombre de privilégiés, tandis que, chaque année, des millions d'ô-

-nr.

très humains se débattent dans les tortures de la faim.

Seule, la prise de possession des forces productrices et, avant tout, du sol, cette source primitive de toutes les richesses, donnera à l'humanité le bien-être, le développement physique de l'espèce, raffinement intellectuel, l'urbanité de mœurs.

Le bien-être et la liberté avaient fait des anciens Grecs une des races les mieux douées. Que l'on compare au Turc abruti par le despotisme l'Arabe indépendant, aux formes affinées, à l'esprit ouvert, propre à la fois à la poésie et au calcul.

Les sauvages communistes de Taïti et de la plupart des îles océaniennes étaient doux et hospitaliers; les habitants de la Terre de Feu, misérables et affamés, sont farouches.

Transporté sur le radeau de la Méduse, le meilleur homme du monde, au bout de six

jours, optera entre le suicide ou l'anthropophagie.

L'homme, on ne saurait se lasser de le répéter, est ce qu'en fait l'ambiant dans

lequel il vit : goitreux dans un pays de marais, sauvage au milieu des forêts, rêveur au bord de TOcéan.

Des différences profondes distinguent les races. Chez les septentrionaux, le caractère a quelque chose de la gravité de la nature hyperboréenne; chez les montagnards suisses et écossais, il reflète la sérénité des lacs et des glaciers. Chez les peuples du midi, où l'air pur enivre comme une liqueur, la respiration est intense, fréquente; Thomme absorbe la vie qui l'entoure, tend à se confondre avec la nature : aussi, est-il moins lui-même, plus mobile, plus impressionnable. De sa bouche grande ouverte, la parole s'échappe spontanément; il devient plus loquace que l'homme du Nord qui, dans son atmosphère de brume, en face de ses paysages monotones, desserre à peine les dents pour laisser pénétrer dans ses poumons un peu d'air glacé.

Peu àpeu, toutes ces différences s'atténue ront : par la science, par les relations internationales, par la diffusion des idées, notre

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globe est en train de s'unifier. Jusqu'à ce jour, un grand obstacle au progrès a été la difficulté pour les peuples d'échanger leurs idées. Frappés de cet inconvénient, certains savants se sont arrêtés à l'idée chimérique de ressusciter une langue morte; d'autres, poussés par l'orgueil national, luttent pour imposer au reste de l'humanité l'idiome de leur patrie ; quelques-uns, plus logiques, se sont arrêtés à l'idée de créer ce parler universel en y faisant entrer les racines des principales langues européennes, * invention qui, en dépit des railleries, pourra rendre d'inappréciables services mais qui, selon toute vraisemblance, demeurera toujours peu accessible aux masses. Or, pendant ce temps, s'ébauchaient trois dialectes appelés à jouer un grand rôle dans les transactions internationales et dont le développement nous montre ce que sera un jour la langue universelle.

1 . Le volapûk, langue artificielle, renferme des racines françaises, anglaises, allemandes et russes.

Le sabir i, mélange d'arabe, de français, d'espagnol, d'italien et de maltais, se parle sur toute la côte septentrionale de TAfrique. Le pidgeonenglish 2, mélange d'anglais, de portugais et de chinois, permet aux races indigènes et étrangères de communiquer entre elles d'un bout à l'autre du littoral sud de l'Asie. Le bichelamare ^ composé de mots français, anglais, espagnols, portugais et canaques, est destiné à régner définitivement sur toute rOcéanie.

Nés au contact de peuples différents, ces idiomes forment dans les pays où ils sont parlés la langue démocratique et internationale en opposition à la langue officielle des fonctionnaires. Qui sait s'ils ne sont pas destinés à se rencontrer et à fusionner pour devenir, pendant de longues années le vrai parler maritime de l'Afrique occidentale aux côtes du Pacifique ?

i . Sabir, mot qui signifie savoir.

2. Pidgeon, corruption du mot busines affaires. Pid geon english veut donc dire l'anglais d'affaires.

3. Bichelamare, langage des pêcheurs de rholoturie ou biche de mer^ très abondante eu Océanie.

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D'importants mouvements ethniques sont à prévoir avant peu ; la grande poussée libératrice qui se produira en Europe, à la fin de ce siècle, très vraisemblablement, jetant bas gouvernants et frontières, aura des répercussions profondes dans les autres parties du monde : souverains protégés, ambassadeurs, résidents, toute la kyrielle des parasites européens, disparaîtront, laissant, en maintes contrées, les populations, redevenues autonomes élaborer elles-mêmes les formes de leur vie sociale.

Les grands travaux exécutés à la surface de notre planète auront pour résultat d'en modifier considérablement l'aspect, les productions et même les climats. Le simple percement de l'isthme de Suez a, par l'évaporation de la mer, amené des nuages et, par suite, des pluies dans une région où, auparavant, il ne tombait pas une goutte d'eau. La dérivationdes glaces qui, pendant six mois de Tannée, obstruent l'embouchure du Saint -Laurent, mise plusieurs fois à l'ordre du jour, aura pour effet d'augmen-

ter la température sur un parcours de plusieurs centaines de raille. Qui peut dire que le courant chaud du Gulf Stream ne servira pas à revivifier les côtes de l'hémisphère boréal, tandis que la création d'une mer intérieure au Sahara tempérait les chaleurs de l'Afrique centrale? Le problème de la direction des aérostats, sinon résolu du moins bien près de l'être, réduira les explorations, aujourd'hui encore si périlleuses, à de simples promenades.

De la fusion de. tous les peuples, sortira vraisemblablement, dans un nombre de siècles qu'on ne peut déterminer, une race unijQée, résumant les principaux caractères de celles qui auront servi à la constituer. Cette race, qui sera la race humaine tout simplement, différera de nous plus encore que nous ne différons de nos sauvages ancêtres de l'âge de pierre. Nul ne peut assigner des • limites au progrès ; qui dit que l'humanité n'acquerra pas de nouveaux sens?

Bien plus, on peut se demander si, dès maintenant, un sixième sens n'est pas en

germe, tout au moins dans les cerveaux les plus affinés. Qu'est-ce que cette faculté de transmettre ou de recevoir la pensée sans le secours d'agents extérieurs, cette sorte de télégraphie sans fils, tour à tour exagérée par les simples, exploitée par les charlatans, raillée par les sceptiques, niée par les pontifes de la science sous le nom de magnétisme, admise aujourd'hui de tous sous le nom d'hypnotisme? On rit du pressentiment, on admet l'intuition : jusqu'à quel point, cependant. L'intuition différé-telle du pressentiment *?

1. Au fond, rien de merveilleux dans le pressentiment ou intuition. Etant donné que le hasard n'existe pas, que les faits réagissent les uns sur les autres, se déterminent, un cerveau assez vaste, assez affiné pour embrasser tout ce qui se fait, pourrait en déduire sûrement tout ce qui se fera : le résultat est donc tracé d'avance. U n'y a rien d'extravagant ù supposer que le cerveau des individus doués d'une nervosité excessive, saisissant des perceptions qui échappent à la masse, en tire spontanément, par un travail psychique, sorte d'opération algébrique, si prompte qu'elle leur échappe à eux-mêmes, des déductions qui déconcerlent les esprits superficiels, lï y a, dans l'or-

Tout en se défiant du merveilleux autant que des préjugés, n'est-on pas en droit d'avancer que le cerveau humain, qui se développe de plus en plus, tend à s'adapter à de nouvelles fonctions.

Nos cinq sens ne se résument-ils pas en un seul dont les autres sont dérivés : le toucher? Qu'est-ce que la vue? sinon le toucher par notre rétine des ondes lumineuses; l'ouïe? sinon le toucher par notre tympan des ondes sonores, le goût sinon le toucher par les papilles de la langue» l'odorat? sinon le toucher par la membrane pituitaire; — impressions transmises au cerveau par le toucher de la matière nerveuse. Aux premiers organismes, aux êtres qui occupentle bas del'échelle zoologique, il n'a été dévolu que ce sens unique; c'est encore celui qui s'éveille le premier chez l'enfant nouveau né.

Le progrès continue sa marche : nous voyons les races encore éparses qui compo-

dre psycho-physiologique tout un monde de faits mal définis, que Ton commence à peine à étudier.

sent notre humanité marcher d'un pas fent mais sûr à leur fusion et à la prise de possession du globe. Dans la vieille Europe, le groupement des peuples en trois ou quatre faisceaux distincts : latin, germain, slave et peut-être gréco-danubien, ne précédera que de peu la fédération de ces peuples aujourd'hui rivaux.

L'Amérique est mûre, peut-être plus que nous pour sa révolution sociale. Tandis que les expériences de colonisation socialiste, tentés sur divers points S répandent des idées et mieux que des idées, des exemples, l'arrivée d'une foule d'immigrants latins et saxons, introduit aux Etats-Unis et à la Plata des éléments intelligents et énergiques. La vie des forêts et des pampas déve-

1. Notamment au Texas et dans l'Illinois où Gabet fonda un centre communiste à Nauwoo. L'expérience, tentée sur des bases trop autoritaires, ne réussit pas mais les idées socialistes se répandirent de là dans la région.

A Diamenti, au Paraguay, une colonie de 3000 Russes fonctionne avec un plein succès sur des bases à peu près communistes anarchistes.

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loppe les lïKxmrs indépendantes; la révolution trouvera eu Amérique ses soldats les plus résolus.

Emancii)és politiquement et économiquement, ces régions, dont la population dépassera alors 150 millions d'habitants, acquerront au commencement du siècle prochain une importance prédominante. Très probablement la civilisation humaine y aura son principal foyer, les nations momentanément épuisées de l'Europe étant appelées à jouer par rapport à la jeune Amérique le rôle que, par rapport à elles-mêmes, jouent les peuples de l'Asie.

Et cependant l'Asie, n'est pas morte :

elle n'est qu'endormie. Ce grand réservoir de races qui a lancé successivement sur le vieux monde les Scythes, les Arabes, Içs Mongols et les Turcs, tient encore en réserve 500 millions d'êtres humains entassés dans la Chine, l'Indo-Chine et le Japon. Il y a là une éventualité redoutable. L'invasion de la race jaune, pour ne pas s'exercer violemment, n'en constitue pas moins un

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péril et si, d'ici à la fin de ce siècle, les travailleurs n'avaient repris à leurs maîtres le sol et les instruments de production pour les exploiter eux-mêmes, ils se trouveraient dépossédés de leurs maigres salaires et acculés au suicide par l'arrivée d'ouvriers chinois K Contre ceux-là, la résistance est impossible : une écuelle de riz et une pincée de thé, coût total 25 centimes par jour, voilà pour leur nourriture. Pour logement, un taudis où l'on s'entasse à quinze ou vingt. Pas de superfluités : théâtre, café, livres, journaux et... pas de femmes, ils se suffisent. Pour les plus raffinés, une pipe de cet opium qui empoisonne l'individu et atrophie la race.

Contre ce danger, quel est le remède !

Prohiberl'immigration chinoise qui, après

1 . Il ne serait même pas nécessaire pour affamer le prolétariat européen et américain, que les capitalistes fissent venir des ouvriers chinois; il suffirait qu'ils créassent dans l'Orient des fabriques et des usines qui, vu le bon marché invraisemblable de la main-d'œuvre, leur permettraient d'inonder le monde de leurs produits.

r Amérique et l'Australie, menace TEurope ?

Outre que ce palliatif est barbare, jamais les gouvernements capitalistes ne voudront perdre une belle occasion d'écraser le prolétariat, car les envahisseurs jaunes pourront servir, non seulement à peiner dans les usines, mais aussi àfusiller le peuple. Carthage, dans l'antiquité et les républiques, de marchands, au moyen-âge, n'avaientelles pas des mercenaires plus redoutables à la plèbe insoumise qu'aux ennemis du dehors ?

Les Etats-Unis ont essayé de la prohibition; n'empêche que les Etats de l'ouest pullulent de Chinois; nul doute, d'ailleurs, que les richissimes bourgeois qui composent le gouvernement de l'union ne prendront à un moment donné, prétexte des grèves ouvrières pour rapporter le décret.

Le remède souverain, le seul, est dans la révolution sociale. Quand les travailleurs auront exproprié leurs patrons, ils n'auront plus à craindre la concurrence des ouvriers chinois.

« Mais, pourra-t-on dire, une fois la révo- » lution accomplie, le contact d'une race » façonnée à la servitude, ayant des mœurs y> et une civilisation aussi différentes des » nôtres, cessera-t-il de constituer un dan- » ger? Ne sera-t-on pas obligé d'en venir à » des guerres d'extermination, de recom- » mencer l'éternel duel de l'Europe et de » l'Asie? »

Le danger existera encore ; seulement plus facile à conjurer : l'Orient barbare trouverait pour lui résister l'Europe unie et unie précisément par la destruction des patries qui la divisent en une vingtaine de nations ennemies les unes des autres. En outre, la race jaune, sortie de sa longue léthargie, commence actuellement l'apprentissage de la civilisation. Ces ouvriers chinois, qui font aux ouvriers européens et américains une si rude concurrence, subissent et rapportent chez eux quelques idées de progrès. Les voyages, les relations internationales sont autrement efficaces que les conquêtes qui dépravent vainqueurs et vaincus.

A Test de la Chine, se trouve un peuple de même race, les Japonais, mais jeune, vigoureux, plein de sève, doué d'affinité pour les mœurs européennes *. Les Japonais qui sont en quelque sorte les Français de l'Extrême-Orient, contribueront à désinfecter la vieille Asie de ses religions et de ses autocraties.

Car, il n'y a pas à s'y tromper, ce n'est que par une propagande incessante, une croisade pacifique que l'on pourra se délivrer définitivement du péril chinois en poussant la race jaune à s'affranchir. Une guerre d'extermination serait fatale aux Européens, même vainqueurs; elle nécessiterait la reconstitution d'armées permanentes et de tout l'attirail de l'Etat bourgeois ; au prix de flots de sang, les Asiatiques pourraient être matés, mais alors la

{. Ces lignes étaient écrites huit ans avant la guerre sino-japonaise. Les Japonais ont démontré leur vitalité : au point de vue industriel et maritime, ils ont devant eux un rôle considérable. Il est à souhaiter que l'esprit militaire et chauvin, momentanément développé par leurs victoires, ne les contamine pas (4897).

race blanche formerait tout entière une nouvelle bourgeoisie opprimant un immense prolétariat^ car c'est ainsi, par la conquête, que naissent les castes et les révoltes. Et ce

serait condamner l'humanité à de nouvelles luttes.

Outre la propagande, moyen moral, il existe une autre manière de parera l'invasion de la race chinoise ou, du moins, de la retarder jusqu'au moment où cette race, émancipée, cessera d'être dangereuse, c'est de la faire dévier sur l'Afrique K

Ce continent, merveilleusement fertile, trois fois plus étendu que l'Europe et trois fois moins peuplé, contient des richesses prêtes à être exploitées. Une immigration chinoise, consciencieusement entreprise, favorisée non plus par d'ignobles trafiquants mais par des groupements sérieux et honnêtes, pénétrés d'une haute idée de civilisa-

1. Le percement de l'isthme de Panama, rapprochant rExtrôme-0 rient de Tancien continent, rend encore plus imminente cette rencontre de peuples, grosse de conséquences économiques.

tion, stimulerait l'activité des populations nègres et, multipliant la main d'œuvre, porterait le coup mortel à l'esclavage. Le sang ardent des Africains revivifierait la race asiatique.

Nul doute que, pendant longtemps encore, l'initiative et la direction des grands mouvements sociaux, direction non plus égoïste, non plus autoritaire, mais morale, mais fraternelle, resteront aux Ariens, représentés surtout par les éléments latins, saxons et slaves. Deux ou trois siècles de relations et de croisements sont nécessaires pour amener des races que nous n'avons pas le droit d'assassiner, à se fondre sans péril dans l'unique race humaine.

Libre, désormais, pacifiée et unie, l'humanité poursuivra sa marche vers le progrès sans limites, comme pour justifier cette fière parole d'un philosophe : « Les hommes descendent des animaux et doivent devenir des dieux. »

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