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Philosophie de l'architecture en Grèce

Les quatre-vingts dernières années ont renouvelé toutes les parties de l’histoire, notamment celle qui a pour objet l’architecture. Au commencement du siècle on a exhumé les grandeurs de la vieille Égypte ; plus récemment, on a retrouvé le style gothi-> que, jusque-là masqué derrière les pompes monumentales du XVII* siècle ; on commence à entrevoir les richesses de l’Hindoustan ; on a découvert, enfin, les beautés jusqu’à ce jour aussi ignorées qu’admirées de la Grèce ancienne. Pendant des siècles on avait regardé Athènes à travers Borne ; on qualifiait de Grecs, avec une incroyable assurance, les débris d'architecture qui se dressaient encore sur le forum romain. A l’exemple des grands artistes de la Renaissance, on s’imagipail avoir, dans Vitruve, la bible de l’art hellénique,

à PHILOSOPHIE DE L’ARCHITECTURE EN GRÈCE.

et l’on tenait pour aulhenliqnes toutes les formes imaginées d’après le texte sacré. On ne doutait point que l’ordre du temple d’Hercule à Cora ou les ordres de Palladio, ne fussent aussi complètement typiques que les colonnes élevées parictinus etMnésiclès, Callicrate ou Libon. On pensait que la Madeleine et la Bourse n’eussent surpris ces hommes éminents que par leur grandeur, et qu’ils y eussent reconnu, non-seulement les dispositions générales du temple grec, mais les formes spéciales de chaque membre, et surtout cette entente des effets, ce sentiment de l’harmonie et des proportions, ces finesses du goût qui donnent au style le ton et le caractère.

Un regard jeté sur les monuments de la Grèce ellemême, par quelques voyageurs attentifs, a subitement dissipé l’illusion. Un seul exemplaire, vraiment authentique, a suffi pour montrer que ni les grands partis de la composition, ni les proportions, ni les profils d’un monument grec ne ressemblaient à ceux des monuments dont les ruines jonchent la surface du Latium. On s’est aperçu que l’art romain comparé à l’art grec avait le caractère de ces traductions « nobles et généreuses I) à la Dacier, qui ont pendant tant d’années défiguré le vieil Homère ; on a reconnu qu’on avait eu devant les yeux, non un manuscrit de première main, mais un parchemin surchargé qu’il aurait fallu gratter comme un palimpseste. Avec plus d’étude, on aurait vu que les ordres romains ne sont pas même une traduction directe, et qu’ils se rattachent, non au style monumental de l’Hellade pendant le siècle de Périclès, mais aux édifices de l’Orient hellénisé par Alexandre; si bien

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VUES GËNÉRALES.

que c’est à Pergame, à Cyzique, à Antioche, à Rhodes, à Alexandrie, plutôt qu’à Athènes, qu’il faut chercher les initiateurs de l’architecture Gréco-lutine, devenus plus d’une fois, par la suite, ses imitateurs. On s’aperçut enfin que Vilruve, dont les jugements étaient acceptés sans contrôle et selon le méthodisme le plus aveugle, n’.ivait connu que cette architecture gréco-oricnlale et qu’il ne l’avait connue que par les livres ; on pressentit dans le prince des architectes un compilateur léger des théoriciens d’Alexandrie. On s’étonna de lui entendre dire que les anciens n’ont pas employé l’ordre dorique pour les temples (1), quoique le Parlhénon soit un édifice dorique, — que les temples doivent être orientés de façon que la statue regarde l’ouest (2), quoique tous ceux qui ont été retrouvés dans l'Hellade proprement dite s’ouvrent au levant, sauf un qui à son

axe du midi au nord! etc Il fut évident que Vi-

trnve n’avait guère quitté son cabinet et sa bibliothèque, qu’il n’avait consulté que le texte d’Hermogèiie ou d’autres architectes postérieurs au siècle d’Alexandre; que pour connaître l’art grec de la belle époque, il était nécessaire, au moins pour un temps, d’écarter ce maladroit interprète, et d’aller étudier sur place celles des œuvres du vi' et du v“ siècle que le temps et les hommes avaient épargnées.

Des érudits, des artistes, entreprirent avec ardeur cette besogne diflicile. Nos pensionnaires de l’École de Rome n’ont cessé de la poursuivre avec talent et succès. Il faut citer au premier rang les travaux éminents de M. Rculé,

(1) Vitruve, liv. IV, ch. ni.

(2) Vitruve, liv. IV, ch. v,

les belles études de MM. Garnier et Paccard. Quand on consulte la liste des envois, on remarque que le premier monument vraiment grec qui ait fait l’objet d’une restauration est le temple de Minerve Poliade, étudié par Ballu en 1845. A partir de cette époque les travaux d’après les types monumentaux de l’HelIade se succèdent presque sans interruption jusqu’en 1854; les édifices gréco-latins semblent abandonnés, et si l’on y revient dans les restaurations plus récentes, c’est qu’en vérité, la Grèce elle-même est un champ presque épuisé. Tous les exemplaires connus de l’architecture proprement hellénique ont été en effet le sujet do travaux ‘ntelligents, dont quelques-uns même sont définitifs. On est donc tenté de reprendre les études ébauchées avant 1845 sur les monuments romains; car celles-ci sont à refaire d’après les vues plus hautes et plus précises de la critique contemporaine.

Dans cette nouvelle direction imprimée à la curiosité, on rencontre un autre courant, déterminé par les exigences générales du sens historique moderne. Aujourd’hui, l’historien d’une partie quelconque du développement humain sait qu’il ne doit pas isoler cette partie de l’ensemble. Il comprend qu’un monument n’est pas seulement l’œuvre du compas et de l’équerre, et que son style ne dépend pas seulement d’un certain goût spécial et professionnel. Derrière les instruments qui touchent immédiatement le marbre et la pierre, derrière l’instinct de l’homme de métier, il entrevoit une intelligence générale, des passions et des aptitudes de haut vol, des besoins largement ressentis qui impriment à l’architecture de chaque époque un carac-

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