‹ Philosophie de l'artChapitre 4 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pliquer aux arts particuliers et en apprécier les œuvres. La vraie méthode consiste dans la réunion de ces deux procédés, dans leur conciliation et leur emploi simultané. A la connaissance positive des œuvres de l’art, à la finesse et à la délicatesse du goût nécessaires pour les apprécier, doivent se joindre la réflexion philosophique et la capacité de saisir le beau en lui-même, d’en comprendre les caractères et les règles immuables.

Quelle est la nature de l'art ? La réponse à cette question ne peut être que la philosophie de l’art elle-même; et encore celle-ci n’est parfaitement comprise que dans son rapport avec les autres sciences philosophiques. On doit se borner ici à des réflexions générales et à la discussion des opinions reçues.

D’abord l’art est un produit de l’activité humaine, une création de l’esprit. Ce qui le distingue de la science, c’est qu’il est le fruit de l’inspiration, non de la réflexion. Sous ce rapport, il ne peut s’apprendre ni se transmettre, c’est un don du génie, rien ne saurait suppléer au talent dans les arts.

Gardons-nous cependant de croire que , comme les forces aveugles de la nature, l’artiste ne sait ce qu’il fait, que la réflexion n’a aucune part à ses œuvres, il y a d’abord dans les arts une partie technique qui doit s’apprendre, et une habileté qui s’acquiert par l’exercice. Ensuite, plus l’art s’élève, plus il exige une culture étendue et variée de l’esprit, l’étude des objets de la nature et la connaissance approfondie du cœur humain. Cela est vrai surtout des hautes sphères de l’art et de la poésie.

Si les œuvres de l’art sont des créations de l’esprit humain, elles ne sont pas pour cela inférieures à celles de la nature. Elles ne sont, il est vrai, vivantes qu’en apparence; mais le

DU BEAU DANS L’ART

but de l’art n’est pas de créer des êtres vivants , il veut offrir à l’esprit une image de la vie plus claire (pic la réalité. En cela il surpasse la nature. 11 y a aussi du divin dans l’homme, et Dieu ne tire pas moins d’honneur des œuvres de l’intelligence humaine que de ses propres ouvrages.

Or, quelle est la cause qui pousse l’homme à produire de telles œuvres? Est-ce un caprice, une fantaisie, ou un penchant sérieux, fondamental, de sa nature?

Ce principe est le même qui lui fait chercher dans la science un aliment pour son esprit, dans la vie publique un théâtre à son activité. Dans la science, il veut connaître la vérité pure et sans voiles ; dans l’art, la vérité lui apparaît non en ellemême, mais exprimée par des images qui frappent ses sens en même temps qu’elles parlent à son intelligence. Voilà le principe d’où l’art tire son origine, et qui lui assigne un si haut rang parmi les créations de l’esprit humain.

Si l’art s’adresse à la sensibilité, il n’a pourtant pas pour but direct d’exciter la sensation, et de faire naître le plaisir. La sensation est mobile, diverse, contradictoire ; elle ne représente que les divers états ou modifications de l’ûme. Si donc l’on considère seulement les impressions que l’art produit sur nous, on fait abstraction de la vérité qu’il nous révèle. Il devient même impossible de comprendre scs grands effets ; car les sentiments qu’il excite en nous ne s’expliquent que par les idées qui y sont attachées.

L’élément sensible, néanmoins, occupe une grande place dans l’art. Quel rôle faut-il lui assigner ? Il y a deux manières d’envisager les objets sensibles dans leur rapport avec notre esprit. Le premier est celui de la simple perception des objets par les sens. L’esprit alors ne saisit que leur côté individuel, leur forme particulière et concrète ; l’essence , la loi , la

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