‹ Philosophie de l'artChapitre 8 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

la souffrance et de la douleur. Le problème de l’art est donc distinct du problème moral. Le bien, c’est l’accord cherché; le beau, c’est l’harmonie réalisée. C’est ainsi qu'il faut comprendre la pensée de Hegel ; il ne fait ici que l’indiquer, mais elle sera développée dans l’ouvrage entier.

Le véritable but de l’art est donc de représenter le beau, de révéler celte harmonie. C’est la son unique destination. Tout autre but, la purification, l’amélioration morale, l’édification, sont des accessoires ou des conséquences. La contemplation du beau a pour effet de produire en nous une jouissance calme et pure, incompatible avec les plaisirs grossiers des sens ; elle élève l’âme au-dessus de la sphère habituelle de ses pensées, elle la prédispose aux résolutions nobles et aux actions géné reuses, par l’étroite affinité qui existe entre les trois sentiments et les trois idées du bien, du beau et du divin.

Telles sont les idées principales que contient cette introduction remarquable. Le reste, consacré à l’appréciation des travaux qui ont marqué le développement de la science esthétique en Allemagne depuis Kant, est peu susceptible d’analyse, et mérite moins de fixer notre attention.

La première partie de la science esthétique, que l’on pourrait appeler la métaphysique du beau, contient, avec l’analyse de l’idée du beau, les principes généraux communs à tous les arts. Ainsi, Hegel y traite : 1° de Vidée abstraite du beau; 2° du beau dans la nature ; 3° du beau dans Part , ou de l'idéal. Il termine par l’examen des qualités de l’artiste.

Mais avant d’aborder ces questions, il croit devoir marquer la place de l’art dans la vie humaine , et en particulier ses rapports avec la religion et la philosophie.

DU BEAU DANS L’ART

La destination de l’homme, la loi de sa nature, est de se développer incessamment, de tendre sans cesse vers l’infini. Il doit, en même temps, faire cesser l’opposition qu’il trouve en lui-même entre les éléments et les puissances de son être ; les mettre d’accord, en les réalisant et les développant au dehors. La vie physique est déjà une lutte entre des forces contraires, et l’être vivant ne se soutient qu’à cette condition de la lutte et du triomphe de la force qui le constitue. Chez l’homme, et dans l’ordre moral, cette lutte et cet affranchissement progressif se manifestent sous la forme de la liberté, qui est la plus haute destination de l’esprit. La liberté consiste à surmonter les obstacles qu’elle rencontre au dedans et au dehors, à écarter les limites, à effacer toute contradiction, à vaincre le mal et la douleur, pour se mettre en harmonie avec le monde et avec elle même. Dans la vie réelle, l’homme cherche à détruire cette opposition par la satisfaction de ses besoins physiques. 11 appelle à son secours l’industrie et les arts utiles ; mais il n’obtient ainsi que des jouissances bornées, relatives, passagères. Il trouve un plaisir plus noble dans la science, qui fournit un aliment à son ardente curiosité, lui promet de lui faire découvrir les lois de la nature et de lui dévoiler les secrets de l’univers. La vie civile ouvre une autre carrière à son activité : il brûle d’y réaliser ses conceptions; il marche à la conquête du droit , et poursuit l’idéal de justice qu'il porte en lui-même. 11 s’efforce de réaliser dans la société civile son instinct de sociabilité, qui est aussi la loi de son être et un des penchants fondamentaux de sa nature morale.

Mais là encore il ne rencontre qu’un bonheur imparfait, des bornes et des obstacles qu’il ne peut surmonter, et contre lesquels sa volonté se brise. 11 ne peut obtenir la réalisation parfaite de ses idées, atteindre l’idéal que rêve son esprit et

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