About, La Grèce contemporaine
LA RAGE
A cet égard il est curieux de les voir à Athènes en été.
« Les gourmets se partagent entre sept ou huit une tête (( de mouton de six sous. Les hommes sobres achètent * « une tranche de pastèque ou un gros concombre qu’ils « mordent à belles dents comme une pomme. » Point' d’ivrognes : ils sont grands buveurs, mais d’eau pure, a S’ils entrent dans un cabaret, c’est pour jaser; » au café, « ils demandent une tasse de café d’un sou, un « verre d’eau, du feu pour allumer leurs cigarettes, un « journal et un jeu de dominos : voilà de quoi les occu- « per toute la journée. » Un tel régime n’est pas fait pour alourdir l’esprit; en diminuant les exigences du ventre, il augmente celles de l’intelligence. Les anciens avaient déjà remarqué les contrastes correspondants de la Béotie et de l’Attique, du Béotien et de l’Athénién : l’un, nourri dans des plaines grasses et au milieu d’un air épais, habitué à la grosse nourriture et aux anguilles du lac Copaïs, était mangeur, buveur, épais d’intelligence ; l’autre, né sur le plus mauvais sol de la Grèce, content d’une tête de poisson, d’un oignon, de quelques olives, élevé dans un air léger, transparent, lumineux, montrait dès sa naissance une finesse et une vivacité d’esprit singulières, inventait, goûtait, sentait, entreprenait sans relâche, ne se souciait point d’autre chose « et semblait n’avoir en propre que sa pensée » *.
D’autre part, si la Grèce est un pays de montagnes, elle est aussi un pays de côtes. Quoique moindre que le
!, Thucydide , liv. Iar, ch. ixi*
Portugal, elle en a plus que toute l’Espagne. La mer y entre par une infinité de golfes, d’anfractuosités, de creux, de dentelures; si vous regardez les vues que rapportent les voyageurs, une fois sur deux, même dans l’intérieur des terres, vous apercevrez sa bande bleue, son triangle ou son demi-cercle lumineux à l’horizon Le plus souvent, elle est encadrée de rocs qui avancent, ou d’îles qui se rapprochent et font un port' naturel. — Une pareille situation pousse à la vie maritime, surtout quand le sol pauvre et les côtes rocheuses ne suffisent pas à nourrir les habitants. Aux époques primitives, il n’y a qu’une sorte de navigation, le cabotage, et aucune mer n’est mieux faite pour y inviter ses riverains. Chaque matin, le vent du nord se lève pour conduire les barques d’Athènes aux Cyclades; chaque soir, le vent contraire les ramène au port. De la Grèce à l’Asie Mineure, les îles sont posées comme des pierres sur un gué; par un temps clair, un navire qui fait ce trajet a toujours la côte en vue. De Corcyre, on voit l’Italie; du eapMalée, les cimes de la Crète ; de la Crète, les montagnes de Rhodes; de Rhodes, l’Asie Mineure; deux jours de navigation conduisent de la Crète à Cyrène ; il n’en faut que trois pour passer de la Crète en Égypte. Aujourd’hui encore1, « il y a dans chaque Grec « l’étoffe d’un marin»2. Dans ce pays, qui n’a que neuf