‹ Philosophie de l'art (volume 2)Chapitre 3 sur 64 · II. - l · texte numérisé non relu

II. - l

PHILOSOPHIE DK L’iRT.

PHILOSOPHIE DE L’ART imaginaires, comme les formes vivantes, sont à la fois les produits et les indices de leur milieu.

La première période de l’art dure environ un siècle et demi et s’étend depuis Hubert Van Eyck jusqu’à Quentin Massys 4. Elle a pour cause une renaissance, c’està-dire un grand développement de la prospérité, de la richesse et de l’esprit. Ici, comme en Italie, les cités se sont trouvées de bonne heure florissantes et presque libres. Je vous ai dit qu’au xiu* siècle le servage était aboli en Flandre, et que les Ghildes, pour faire du sel, « pour mettre en culture les terrains marécageux », remontent jusqu’à l’époque romaine. Dès le vne et le ixe siècle, Bruges, Anvers et Gand sont « des ports » ou marchés munis de privilèges; on y fait le grand commerce; les habitants vont pêcher la baleine; c’est l’entrepôt du Midi et du Nord. Des gens riches, bien munis d’armes et de provisions, habitués, par l’association et l’action, à la prévoyance et aux entreprises, sont plus capables de se défendre que de misérables serfs, épars dans des bourgades ouvertes. Leurs grandes villes populeuses, leurs rues étroites, leur campagne détrempée, coupée de canaux profonds, ne sont point un bon terrain pour la cavalerie des barons*. C’est pourquoi le rets féodal, si serré et si pesant sur toute l’Europe, a dû, en Flandre, élargir ses mailles. Le comte a beau appeler à son aide le roi de France son suzerain, ou pousser contre les cités toute sa chevalerie bourguignonne ; vaincues à

Page 1