Bataille de Courtray
Mons-en-Puelle, à Cassel, à Rosebecque, à Othée, à Gavre, à Brusthem, à Liège, elles se redressent toujours, et, de révolte en révolte, elles conservent la meilleure partie de leurs libertés, jusque sous les princes de la maison d’Autriche. Le xive siècle est l’époque héroïque et tragique de la Flandre. Elle a des brasseurs, les Artevelt, qui sont tribuns, dictateurs, capitaines et finissent sur le champ de bataille ou par l’assassinat ; la guerre civile s’y mêle à la guerre étrangère ; on se bat de cité à cité, de métier à métier, d’homme à homme; en un an, on compte quatorze cents meurtres à Gand ; l’énergie est si vivace qu’elle survit à tous les maux et fournit à tous les efforts. Ils se font tuer par vingtaines de mille, et meurent en tas, sous les lances, sans reculer d’un pas. « N’ayez nulle espérance de retourner, sinon « à votre honneur, » disaient les Gantois aux cinq mille volontaires de Philippe Artevelt; car, « sitôt que nous « ouïrons nouvelles que vous êtes morts ou déconfits, « nous bouterons le feu en la ville et nous détruirons « nous mêmes1. » En 1384, dans le pays des Quatre- Métiers, les prisonniers refusaient la vie, disant qu’après leur mort leurs os se lèveront contre les Français. Cinquante ans plus tard, autour de Gand révolté, les paysans « aimaient mieux mourir que crier merci, disant « qu’ils mouraient à bonne querelle et comme martyrs » . Dans ces fourmilières tumultueuses, l’abondance de la nourriture et l’habitude de l’action personnelle entre-
1 Froissart.
* PHILOSOPHIE DE L’AlVT
tiennent le courage, la turbulence, l’audace, l’insolence même, tous les excès de la force énorme et brutale; sous ces tisserands, il y a des hommes, et, quand on trouve des hommes, on peut s’attendre à trouver bientôt des arts.
11 suffit alors d’un moment de prospérité; sous ce rayon de soleil, l’éclosion préparée s’achève. A la fin du xive siècle, la Flandre est, avec l’Italie, la contrée la plus industrieuse, la plus riche, la plus florissante de l’Europe1. — En 1570, il y a 3200 métiers de laine à Malines et sur son territoire. Un négociant de la ville fait un commerce immense avec Damas et Alexandrie. Un autre, marchand à Valenciennes, étant à la foire de Paris, achète, pour faire parade de son opulence, toutes les denrées qu’on y expose. Gand, en 1389, a 189000 hommes portant armes; les drapiers seuls fournissent 18 000 hommes dans une révolte; les tisserands forment vingt-sept quartiers, et, au son de la grosse cloche, on voit accourir sur la place du marché les cinquante-deux États sous leurs bannières. En 1380, les orfèvres de Bruges sont si nombreux qu’ils peuvent former, en temps de guerre, un corps d’armée. Un peu plus tard, Æneas Sylvius dit qu’elle est une des trois plus belles villes du monde; un canal de quatre lieues et demie l’unit à la mer; il y entre cent bâtiments par jour; elle est alors ce que Londres est aujourd’hui. — En même temps, l’état politique atteint une sorte d’équilibre. Le duc de Bourgogne, en 1384, se trouve, par