Platon
versel des dieux et, comme le veut Hésiode, l'auteur de tout ordre et toute harmonie dans le monde. Selon d’autres, il est le plus jeune des dieux, car la vieillesse exclut l’amour; il est le plus délicat, car il marche et se repose sur les choses les plus tendres, les cœurs, et seulement sur ceux qui sont tendres ; il est d’une essence liquide et subtile, car il entre dans les âmes et en sort sans qu’on s’en doute; il a le teint d’une fleur, car il vit parmi les parfums et les fleurs. Selon d’autres enfin, l’Amour, étant le désir et, partant, le manque de quelque chose, est un fils de la Pauvreté, maigre, malpropre, sans chaussure, couchant à la belle étoile, mais avide du beau, et, partant, hardi, actif, industrieux, persévérant, philosophe. Le mythe renaît ainsi de luimême et ondoie à travers vingt formes entre les mains de Platon. — Entre celles d’Aristophane, on voit les nuées devenir pour un instant des divinités presque vraisemblables. Si l’on suit dans la théogonie d’Hésiode la confusion demi-réfléchie, demi-involontaire qu’il établit entre les personnages divins et les éléments physiques1, si l’on remarque qu’il compte « trente mille « dieux gardiens sur la terre nourricière » , si l’on se souvient que Thalès, le premier physicien et le premier philosophe, disait que tout est né de l’humide, et, en môme temps, que tout est plein de dieux, on comprendra le profond sentiment qui soutenait alors la religion
1. Voyez surtout la génération des divers dieux dans la Théogonie. Sa pensée flotte partout entre la cosmologie et la mythologie.
LES INSTITUTIONS
grecque, l’émotion sublime, l’admiration, la vénération avec laquelle le Grec devinait les forces infinies de la nature vivante sous les images de ses dieux.
A la vérité, tous n’étaient pas au même degré incorporés aux choses. Il y en avait, et c’étaient justement les plus populaires, que le travail plus énergique de la légende avait détachés et érigés en personnages distincts. — On peut comparer l’Olympe grec à un olivier vers la fin de l’été. Selon la place et la hauteur des rameaux, les fruits sont plus ou moins avancés; les uns, à peine formés, ne sont guère qu’un pistil grossi, et appartiennent étroitement à l’arbre; les autres, déjà murs, tiennent pourtant encore à leur tige ; les autres enfin, dont l’élaboration est complète, sont tombés, et il faut quelque attention pour reconnaître le pédoncule qui les a portés. — Tel l’Olympe grec, selon le degré de la transformation qui a humanisé les forces naturelles, présente, à ses divers étages, des divinités où le caractère physique prime la figure personnelle, d’autres en qui les deux faces sont égales, d’autres enfin où le dieu, devenu homme, ne se relie plus que par des fils, parfois par un seul fil à peine visible, au phénomène élémentaire d’où il est issu. Il s’y relie pourtant. Zeus qu? dans Y Iliade est un chef de famille impérieux, et dan' Prométhée un roi usurpateur et tyrannique, demeun néanmoins, par beaucoup de traits, ce qu’il a d’abord été, le ciel pluvieux et foudroyant ; des épithètes consacrées, de vieilles locutions, indiquent sa nature originelle; les fleuves « tombent de lui », « Zeus pleut ;>•