lierkôps
LES INSTITUTIONS
nudités de l’imagination enfantine qui exprimait naïvement et bizarrement sa naissance, son nom qui signifie le Sol fertile, le nom de ses filles qui sont l’Air clair, la Rosée et la grande Rosée, laissent percer l’idée de la Terre sèche, fécondée par l’humidité nocturne. Vingt détails du culte achèvent d’en dégager le sens. Les jeunes filles qui ont brodé le voile s’appellent Errhéphores, porteuses de rosée ; ce sont les symboles de la rosée qu’elles vont chercher la nuit dans une caverne près du temple d’Aphrodite. Thallo, la saison des fleurs, Karpo, la saison des fruits, honorées près de là, sont encore des noms de dieux agricoles. Tous ces noms expressifs enfonçaient leur sens dans l’esprit de l’ Athénien ; il y sentait, enveloppée et indistincte, l’histoire de sa race ; persuadé que les mânes de ses fondateurs et de ses ancêtres continuaient à vivre autour du tombeau et prolongeaient leur protection sur ceux qui honoraient leur sépulture, il leur apportait des gâteaux, du miel, du vin, et, déposant ses offrandes, il embrassait d’un regard, en arrière et en avant, la longue prospérité de sa ville, et reliait en espérance son avenir à son passé.
Au sortir du sanctuaire antique, où la Pallas primitive siégeait sous le même toit qu’Érechthée, il voyait presque en face de lui le nouveau temple bâti par Ictinus, où elle habitait seule et où tout parlait de sa gloire. Ce quelle avait été aux temps primitifs, il ne le sentait qu’à peine ; ses origines physiques s’étaient effacées sous le développement de sa personne morale ;
mais l'enthousiasme est une divination pénétrante, et des fragments de légendes, des attributs consacrés, des épithètes de tradition conduisaient le regard vers les lointains d’où elle était sortie. On la savait fdîe de Zeus, le Ciel foudroyant, née de lui seul ; elle s’était élancée de son front, au milieu des éclairs et du tumulte des éléments ; Hélios s’était arrêté ; la Terre et l’Olympe avaient tremblé, la mer s’était soulevée; une pluie d’or, de rayons lumineux, s’était répandue sur la Terre. Sans doute, les premiers hommes avaient d’abord adoré sous son nom la sérénité de l’air éclairci ; devant cette subite blancheur virginale, ils étaient tombés à genoux, tout pénétrés par la fraîcheur fortifiante qui suit Forage; ils l’avaient comparée à une jeune fille énergique1, et l’avaient nommée Pallas. Mais, dans cette Attique où la transparence et la gloire de l’éther immaculé sont plus pures qu’ailleurs, elle était devenue Athéné, F Athénienne. Un autre de ses plus vieux surnoms, Tritogénie, née des eaux, rappelait aussi qu’elle était née des eaux célestes, ou faisait penser au miroitement lumineux des flots. D’autres traces de son origine étaient la couleur de ses yeux glauques et le choix de son oiseau, le hibou, dont les prunelles, la nuit, sont des lumières clairvoyantes. Par degrés, sa figure s’était dessinée et son histoire s’était accrue. Sa naissance orageuse l’avait faite guerrière, armée, terrible, compagne de Zeus dans les combats contre les Titans révoltés.