‹ Philosophie de l'art (volume 5)Chapitre 21 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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rattentioD humaine cesse de consid^er les énergies du corps pour se tourner vers les émoUoDS du cœur.

Si maintenant vous regardez les grandes écoles étrangères, vous trouverez que leur floraison et leur excellence ont eu pour conditions la domination du même caractère, et que le même sentiment de la vie physique a suscité, au delà des monts et en Italie, les chefs-d'œuvre de Part. Ce qui distingue les écoles entre elles, c'est que chacune représente un tempérament, le tempérament de son climat et de son pays. Le génie des maîtres consiste à faire une race de corps ; à ce titre, ils sont physiologistes comme les écrivains sont psychologues; ils montrent toutes les conséquences et toutes les variétés du tempérament bilieux, lymphatique, nerveux ou sanguin, comme les grands romanciers et les grands dramatistes montrent tous les contre-coups et toutes les diversités de Tàme imaginalive, raisonneuse, civilisée ou inculte. — Vous avez vu, chez les artistes florentins, le type allongé, élancé, musculeux, aux instincts nobles, aux aptitude; gymnastiques, tel qu'il peut se dégager dans un 2 race sobre, élégante, active, d'esprit fin, et dans un pays sec. Je vous ai montré dans les artistes vénitiens les formes arrondies, onduleuses el régulièrement épanouies, la chair ample el

blanche, les cheveux roux ou blonds, le type sensuel, spirituel, heureux, tel qu'il peut se dégager dans un pays lumineux et humide, parmi des Italiens que leur climat rapproche des Flamands, et qui sont poètes en matière de volupté. Vous pouvez voir, dans Rubens, le Germain blanc ou blafard, rosé ou rougeaud, lymphatique, sanguin, carnassier, grand mangeur, Fhomme de la contrée septentrionale et aquatique, grandement taillé, mais non dégrossi, de forme irrégulière et débordante, plantureux de chair, brutal et débridé d'instincts, dont la pulpe flasque rougit subitement par Tafflux des émotions, s'altère aisément au contact des intempéries et se défait horriblement sous la main de la mort. Les peintres espagnols mettront devant vos yeux le type de leur race, l'animal sec, nerveux, aux muscles fermes, durci par la bise de ses sierras et la brûlure de son soleil, tenace et indomptable, tout bouillonnant de passions comprimées, tout ardent d'un feu intérieur, noir, austère et séché, parmi des tons heurtés d'étoffes sombres et de fumées charbonneuses, qui tout d'un coup s'entr'ouvrent, pour laisser voir un rose délicieux, une pourpre vive de jeunesse, de beauté, d'amour, d'enthousiasme, épanouie sur des joues en fleur. — Plus l'artiste est grand, plus il manifeste profondément le tempérament de sa race ; sans s'en

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douter, il fournit, comme le poète, les plus fructueux documents à Tbistoire ; il extrait et ampliGe /' Fessentiel de Têtre physique, comme Tautre \ extrait et amplifie Tessentiel de Tétre moral, et l'historien démêle,par les tableaux, la structure et les instincts corporels d'un peuple, comme ii démêle, par les lettres, la structure et les aptitudes spirituelles d'une civilisation.

La concordance est donc complète, et les caractères apportent avec eux dans l'œuvre d'art la valeur qu'ils ont déjà dans la nature. Selon qu'ils possèdent par eux-mêmes une valeur plus ou moins grande, ils communiquent à l'œuvre une valeur plus ou moins grande. Quand ils traversent l'intelligence de Técrivain ou de l'artiste pour passer du monde réel dans le monde idéal, ils ne perdent rien de ce qu'ils sont; ils se retrouvent après le voyage les mêmes qu'avant le voyage; ils sont, comme auparavant^des forces plus ou moins grandes, plus ou moins résistantes à l'attaque, capables d'effets plus ou moins vastes et profonds. On comprend maintenant pourquoi la

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hiérarchie des œavres d'art répète leur hiérarchie. Au sommet de la natare sont des puissances sauYeraines qui maîtrisent les autres ; au sommet de Tart sont des chefs-d'œuvre qui dépassent les autres ; les deux cimes sont de niyeau, et les puissances souveraines de la nature s'expriment par les chefs-d'œuvre de l'art

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