‹ Philosophie de l'art (volume 5)Chapitre 20 sur 41 · S06 DB L*IDÉAL DANS L'ABT · texte numérisé non relu

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par deux puissances, Tamour exalté^qui est alors le roi de la vie humaine,et la théologie exacte,qui est alors la reine de la pensée spéculative ; son rêve, tour à tour horrible et sublime, est Tballucination mystique, qui semble alors l'état parfait de Fesprit humain. Le poème de Goethe est la peinture de l'homme qui, promené à travers la science et la vie, s'y meurtrit, s'en dégoûte, erre et tâtonne, s'établit enfin avec résignation dans l'action pratique, sans que jamais, parmi tant d'expériences douloureuses et de curiosités inassouvies, il cesse d'entrevoir, sous son voile légendaire, ce royaume supérieur des formes idéales et des forces incorporelles au seuil duquel la pensée s'arrête et que les divinations du cœur peuvent seules pénétrer. — Entre tant d'œuvres accom- / plies qui manifestent le caractère essentiel d'une / époque ou d'une race, il en est qui, par une rencontre rare, expriment en outre quelque sentiment, quelque type commun à presque tous les ' groupes de l'humanité; tels sont les Psaumes hébreux, qui mettent l'homme monothéiste en face du Dieu tout-puissant, roi et justicier ; X Imitation ■ qui montre l'entretien de l'âme tendre avec le j' Dieu affectueux et consolateur ; les poèmes d'floj mère et les Dialogues de Platon, qui représentent la jeunesse héroïque de l'homme agissant ou la charmante adolescence de l'homme pensant ;

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presque toute cette littérature grecque, qui eut le privilège de représenter les sentiments sains et simples; Shakspeare enfin, le plus grand des créateurs d'âmes, le plus profond des observateurs de rhomme, le plus clairvoyant de tous ceux qui ont compris le mécanisme des passions humaines, les fermentations sourdes et les explosions violentes de la cervelle imaginative, les détraquements imprévus de l'équilibre intérieur, les tyrannies de la chair et du sang, les fatalités du caractère et les causes obscures de notre folie ou de notre raison. Don Quichotte^ Candide^ Robinson Crusoé, sont des livres d'une portée pareille. Les œuvres de cette espèce survivent au siècle et au peuple qui les ont produites. Elles débordent au delà des limites ordinaires du temps et de l'espace ; partout où se trouve un esprit qui pense, elles sont comprises; leur popularité est indestructible et leur durée indéfinie. Dernière preuve de la correspondance qui lie les valeurs morales aux valeurs littéraires, et du principe qui ordonne les œuvres d'art au-dessous ou audessus les unes des autres, suivant l'importance, la stabilité, la profondeur du caractère historique ou psychologique qu'elles ont exprimé.

Il nous reste à construire une échelle semblable pour l'homme physique et pour les arts qui le représentent, j'entends la sculpture et notamment la peinture ; selon la même méthode, nous chercherons d'abord quels sont, dans rhomme physique, les caractères les plus stables, puisque ce sont les plus importants»

11 est clair d'abord que Thabit à la mode est un caractère fort secondaire ; il change tous les deux ans, ou tout au moins tous les dix ans. Il en est de même du vêtement pris en général; c'est un dehors et un décor ; on peut Tôter en un tour de main; Tessentiel, daus^Ie corps vivant, c'est le corps vivant lui-même : le reste est accessoire et

artificiel. — D'autres caractères, qui, cette fois, appartiennent au corps lui-même, sont aussi d'importance médiocre ; ce sont les particularités de profession et de métier. Un forgeron a d'autres bras qu'un avocat; un officier marche autrement qu'un prêtre ; un villageois qui travaille tout le jour a d'autres muscles, une autre couleur de peau, une autre courbure d'échiné, un autre plissement de front, une autre allure qu'un homme de la ville, enfermé dans ses salons ou dans ses bureaux. Sans doute ces caractères ont une certaine solidité ; l'homme les garde toute sa vie ; une fois contracté, le pli persiste ; mais un accident très léger a suffi pour les produire, et un autre accident non moins léger eût suffi pour les ôter. Ils ont pour unique cause un hasard de naissance et d'éducation ; changez l'homme de condition et de milieu, vous trouverez en lui des particularités contraires ; le citadin élevé en paysan aura la tournure d'un paysan, et le paysan élevé en citadin la tournure d'un citadin. La marque d'origine, qui subsistera après trente ans d'éducation, ne sera visible, si elle subsiste, qu'au psychologue et au moraliste; le corps n'en gardera que des traits imperceptibles, et les caractères intimes et stables, qui sont son essence, composent une couche bien plus profonde, que ces causes passagères n'atteignent pas.

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D'autres influences qui sont prépondérantes sur rame ne laissent qu'une faible empreinte sur le corps ; je veux parler des époques historiques. Le système des idées et des sentiments qui occupaient une tète humaine sous Louis XIY était tout autre qu'aujourd'hui, mais la charpente corporelle ne différait guère ; tout au plus, en consultant les portraits, les statues et les estampes, vous pouvez découvrir alors une habitude plus grande des attitudes mesurées et nobles. Ce qui varie le plus, c'est le visage ; une figure de la Renaissance, telle que nous la voyons dans les portraits du Bronzino ou de Yan Dyck, est plus énergique et plus simple qu'une figure moderne; depuis trois siècles, la multitude des idées nuancées et changeantes dont nous sommes remplis, la complication de nos goûts, l'inquiétude fiévreuse de la pensée, Texagération de la vie cérébrale, la tyrannie du travail continu, ont affiné, troublé et tourmenté l'expression et le regard. Enfin, si Ton prend des périodes longues, on pourra découvrir une certaine altération de la tête elle-même ; les physiologistes qui ont mesuré des crânes du xu'' siècle leur ont trouvé une capacité moindre qu'aux nôtres. Mais Tliistoire, qui tient un registre si exact des variations morales, ne constate qu'en bloc et très impaifaitement les variations physiques. C'est que la même altération

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de ranimai humain, énorme au moral, est très mince au physique; une imperceptible modification du cerveau fait un fou, un imbécile ou un homme de génie ; une révolution sociale, qui, au bout de deux ou trois siècles, renouvelle tous les ressorts de l'esprit et de la volonté, ne fait qu'effleurer les organes, et l'histoire, qui nous fournit les moyens de subordonner les uns aux autres les caractères de l'âme, ne nous fournit pas les moyens de subordonner les uns aux autres les caractères du corps.

Il nous faut donc prendre une autre voie, et, ici encore, c'est le principe de subordination des caractères qui nous conduit. Vous avez vu que lorsqu'un caractère est plus stable, c'est qu'il est plus élémentaire ; sa durée a pour cause sa profondeur. Cherchons donc dans le corps vivant les caractères propres aux éléments, et pour cela rappelez-vous un modèle tel que vous en avez sous les yeux dans vos salles d'étude. Yoilà un homme nu ; qu'y a-t-il de commun dans toutes les portions de cette surface animée? Quel est l'élément qui, répété et diversifié, se trouve dans chaque fragment de l'ensemble? — Au point de vue de la forme, c'est un os muni de tendons et revêtu de mui^des, ici l'omoplate et la clavicule, là le fémur et l'os des hanches; plus haut, la colonne des vertèbres et le crâne, chacun avec ses articula-

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lions, ses creux, ses saillies, son aptitade à senâr lie point d'appui ou de levier, et ces torsades de chair rétractiles qui tour à tour se relâchent et se lendent^pour lui communiquer ses différentes politions et ses divers mouvements. Un squelette articulé et un revêtement de muscles, tous logiquement enchatnés, superbe et savante machine d'action et d'effort : voilà le fond de l'homme visible. Si maintenant vous tenez compte, en le considérant, des modifications que la' race, le climat et le tempérament y introduisent, mollesse ou dureté des muscles, proportions diverses des parties, élancement ou rentassement de la tailla et des membres, vous aurez en main toute la charpente intime du corps, telle que la saisit la sculpture ou le dessin. — Sur l'écorché s'étend une seconde enveloppe, commune aussi à toutes les parties, la peau à papilles frémissantes, vaguement bleuie par le lacis des petites veines, vaguement jaunie par l'affleurement des gaines tendineuses, vaguement rougie par l'afflux du sang, nacrée au contact des aponévroses, tantôt lisse et tantôt striée, d'une richesse et d'une variété incomparables de tons, lumineuse dans Tombre, toute palpitante à la lumière, trahissant, par sa sensibilité nerveuse,les délicatesses de la pulpe molle et le renouvellement de la chair coulante dont elle est le voile transparent. Si, outre cela.

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VOUS remarqaez les diversités que la race, le climaty le tempérament y apportent; si vous notez comment, chez le lymphatique, le bilieux ou le sanguin, elle se trouve tantôt tendre, flasque, rosée, blanche, blafarde, tantôt ferme, consistante, ambrée, ferrugineuse, vous tiendrez le second élément de la vie visible, celui qui est le domaine du peintre et que le coloriste seul peut exprimer. Ce sont là les caractères intimes et proronds de Thomme pUjiique, et je n'ai pas besoin de montrer qu'ils sont stables, puisqu'ils sont inséparables de l'individu vivant.

A cette échelle de valeurs physiques correspond, échelon par échelon, une échelle de valeurs plastiques. Toutes choses égales d'ailleurs, selon que le caractère aiis en lumière par un tableau ou une statue est plus ou moins important, ce tableau et cette statue sont plus ou moins beaux. C*est pourquoi, au plus bas rang, vous trouvez ces dessins, ces aquarelles, ces pastels, ces statuettes qui, dans l'homme, peignent^ non pas rhomme, mais le vêtement, surtout le vétetement du jour. Les Revues illustrées en sont pleines; ce sont presque des gravures de mode; le costume s'y étale dans toutes ses exagérations : tailles de guêpe, jupes monstrueuses, coiffures

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surchargées et fantastiques ; l'artiste ne tient pas compte de la déformation du corps humain; ce qui lui platt, c'est l'élégance du moment, le luisant des étoffes, la correction des gants, la perfection du chignon. A côté des journalistes de la plume, il est le journaliste du crayon ; il peut avoir beaucoup de talent et d'esprit, mais il ne s'adresse qu'à un goût passager ; dans vingt ans, ses habits seront démodés. Beaucoup d'esquisses de ce genre qui, en 1830, étaient vivantes, ne sont plus aujourd'hui qu'historiques ou grotesques. Nombre de portraits, dans nos expositions annuelles ne sont que le portrait d'une robe, et, à côté des peintres de l'homme, il y a les peintres de la moire antique et du satin.

D'autres peintres, quoique supérieurs à ceuxci^ restent encore sur les degrés inférieurs de l'art; ou plutôt, ils ont du talent à côté de leur art; ce sont des observateurs dépaysés, nés pour faire des romans et des études de mœurs, et qui, au lieu d'une plume, ont un pinceau à la main. Ce qui les frappe, ce sont les particularités de métier, de profession, d'éducation, l'empreinte du vice ou de la vertu, de la passion ou de l'habitude; Hogarth, Wilkie, Mulready, quantité de peintres anglais ont eu ce don si peu pittoresque et siUttéraire. Dans l'homme physique, ils ne voient que l'homme moral ; chez eux la couleur,

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le dessin, la vérité et la beauté du corps vivant sont subordonnés. II s'agit poar eux de représenter, avec des formes, des attitudes et des couleurs, tantôt la frivolité d'une dame à la mode, tantôt la douleur honnête d'un vieil intendant, tantôt l'avilissement d'un joueur, vingt petits drames ou comédies de la vie réelle, tous instructifs ou divertissants, presque tous destinés à inspirer de bons sentiments ou à corriger des travers. A proprement parler, ils ne peignent que des âmes, des esprits, des émotions ; ils appuient si fort de ce côté, qu'ils outrent ou raidissent la forme ; maintes fois leurs tableaux sont des caricatures, et toujours ce sont des illustrations, les illustrations d'une idylle de village ou d'un roman d'intérieur, que Burns, Fielding ou Dickens auraient dû écrire. Les mêmes préoccupations les suivent quand ils traitent des sujets historiques ; ils les traitent, non en peintres, mais en historiens, pour montrer les sentiments moraux d'un personnage et d'une époque, le regard de lady Russell qui voit son mari condamné à mort recevoir pieusement l'hostie, le désespoir d'Edith au cou de cygne qui retrouve Harold parmi les morts d'Hastings. Composée de renseignements archéologiques et de documents psychologiques, leur œuvre ne s'adresse qu'à des archéologues et à des psychologues, ou du moins à des curieux et à des

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philosophes. Tout au plus, elle fait l'office d'une satire ou d'un drame; le spectateur est tenté de rire ou de pleurer, comme au cinquième acte d'une pièce de théâtre. Mais, visiblement, il n'y a là qu'un genre excentrique ; c*est un empiétement de la peinture sur la littérature, ou plutôt une invasion de la littérature dans la peinture. Nos artistes de 1830, Delarocbe au premier rang, sont tombés, quoique / moins gravement, dans la même erreur. La beauté ^ d'une œuvre plastique est avant tout plastique, et toujours un art s'abaisse quand, laissant de côté les moyens d'intéresser qui lui sont propres, il emprunte ceux d'un autre art.

J'arrive au grand exemple qui réunit en lui tous les autres : il s'agit de l'histoire générale de la peinture, et d'abord de la peinture italienne. Une suite d'épreuves et de contre-épreuves y montreni, pendant cinq cents années, Timportance pittoresque de ce caractère que la théorie pose comme l'essence de l'homme physique. A un cer- , tain moment, l'animal humain, la charpente os- 1 seuse revêtue de muscles, la chair et la peau co- ; lorées et sensibles ont été comprises et aimées ; pour elles-mêmes et au-dessus du reste : c'est la / grande époque; les œuvres qu'elle nous a' laissées passent, au jugement de tous, pour les plus belles ; toutes les écoles y vont chercher des modèles et des enseignements. A d'autres

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époqoeSy le sentiment du corps est, tantôt insuffisant, tantôt mêlé d'autres préoccupations, subordonné à d'autres préférences : ce sont les époques d'enfance, d'altération ou de décadence. Si bien doués que soient les artistes, ils ne font alors que des œuvres inféneures ou secondaires ; leur talent s'applique mai, ils n'ont pas saisi ou ils ont mal saisi le caractère fondamental de rhomme visible. Ainsi, partout la valeur de l'œuvre est proportionnelle à la domination de ce caractère ; avant tout, pour l'écrivain, il s'agit de faire des âmes vivantes ; avant tout, pour le sculpteur et le peintre, il s'agit de faire des corps vivants. C'est d'après ce principe que vous avez vu se classer les périodes successives de l'art. — De Cimabué à Masaccio, le peintre ignore la perspective le modelé, l'anatomie ; il n'entrevoit le corps palpable et solide qu'a travers un voile ; la consistance, la vitalité, la structure active, les muscles agissants du tronc et des membres ne l'intéressent pas; les personnages, chez lui, sont des contours et des ombres d'hommes, parfois des âmes glorifiées et incorporelles. Le sentiment religieux prime l'instinct plastique; il figure aux yeux des symboles théologiques chez Taddeo Gaddi, des moralités chez Orcagna, des visions séraphiques chez Beato Angelico. Le peintre, arrêté par l'esprit du moyen âge, demeure et

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tâtonne longtemps à la porte du grand art. — Quand il y entre, c'est par la découverte de la perspective, par la recherche du relief, par l'étude de ranatomiey par l'emploi de l'huile, avec Paolo Uccello, Masaccio, Fra Filippo Lippi, An tonio Pollaiolo, Verocchio, Ghirlandajo, Antonello de Messine, presque tous élevés dans une boutique d'orfèvre, amis ou successeurs de Donatello, Ghiberti et des autres grands sculpteurs du temps, tous passionnés pour l'étude du corps humain, tous admirateurs païens des muscles et de l'énergie animale, si pénétrés par le sentiment de la vie physique que leurs œuvres, quoique frustes, raides et entachées d'imitation littérale, leur assignent une place unique, et, aujourd'hui encore,gardent tout leur prix. Les maîtres qui les ont surpassés n'ont fait que développer leur principe ; la glorieuse école de la renaissance florentine les reconnaît pour ses fondateurs. Andréa del Sarto, Fra Bartolomeo, Michel-Ange, sont leurs élèves ; Raphaël est venu éludier chez eux, et la moitié de son génie leur appartient. — Là est le centre de l'art italien et du grand art. L'idée maîtresse de tous ces maîtres est celle du corps vivant, sain, énergique, actif, doué de toutes les aptitudes athlétiques et animales. « Le point « important dans l'art du dessin, dit Cellini, est <c de bien faire un homme et une femme nus. »

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Et il parle a^ee enthonsiaffliie « des admirables c< os de la tête ; des omoplates qui, lorsque le bras «i fait on effort, dessineiit des traits d*im magnia fique effet; des cinq fausses côtes qui, lorsque (c le torse se penche en ayant ou &l arrière, (c forment autour du nombril des creux et des (c reliefs merveilleux. » « Tu desan^'as, dit-il, Tos <c qui est placé entre les deux hanches, il est très <c beau et s'appelle croupion ou sacrum. » Un des élèves de Yerocchio, Nanni Grosso, mourant à rhôpital, refusa un crucifix ordinaire qu'on lui présentait et s'en fit apporter un de Donatello, disant que « sinon, il mourrait désespéré, tant a lui déplaisaieut les ouvrages mal faits de son c< art. » Luca Signorelli, ayant perdu un fils bienaimé, fit dépouiller le cadavre et en dessina minutieusement tous les muscles ; ils étaient pour lui Tessentiel de Thomme, et il imprimait dans sa mémoire ceux de son enfant. — A ce moment, un seul pas reste encore à faire pour achever Thomœe physique : il faut insister davantage sur Tenveloppe de récorché, sur la mollesse et le ton de la peau vivante sur la vitalité délicate et variée de la chair sensible : Corrège et les Vénitiens font ce dernier pas, et Tart s'arrête. Désonnais sa floraison est complète ; le sentiment du corps humain a trouvé toute son expression. — Il faiblit peu à peu ; on le voit s'amoindrir, perdre une

portion de sa sincérité et de son sérieux sous Jules Romain, le Rosso, le Primatice, puis dégénérer en convention d'école, en tradition d'académie, en recette d'atelier. A partir de ce moment, malgré la bonne volonté studieuse des Carrache, Tari s'altère ; il devient moins plastique et plus littéraire. Les trois Carrache, leurs élèves ou leurs successeurs, Dominiquin, Guide, Guerchin, le Barocbe, cherchent les effeta dramatiques les martyres sanglants, les scènes attendrissantes, les expressions sentimentales. Les fadeurs du sigisbéisme et de la dévotion se mêlent aux réminiscences du style héroïque. Sur des corps athlétiques et des musculatures agitées, vous voyez des tètes gracieuses et des sourires béats. Les airs et les mièvreries du monde percent dans les Madones rêveuses, dans les jolies Hérodiades, dans les séduisantes Madeleines que commande le goût du jour. La peinture qui décline essaye de rendre des nuances que l'opéra naissant va exprimer. L'Albane est un peintre de boudoir ; Dolci, Cigoli, Sassoferrato, sont des âmes délicates, presque modernes. Avec Pietro de Cortone et Luca Giordano, les grandes scènes de la légende chrétienne ou païenne se changent en agréables mascarades de salon ; l'artiste n'est plus qu'un improvisateur brillant, amusant, à la mode, et la peinture finit en

même temps que la musique commence, quand

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