‹ Philosophie de l'art (volume 5)Chapitre 28 sur 41 · DE L*IDÉAL DANS L*ABT · texte numérisé non relu

DE L*IDÉAL DANS L*ABT

sonnage, ces épreuves sont diverses ; on peut donc les disposer de façon à les rendre toujours plus fortes : c'est là le crescendo de tous les écrivains ; ils remploient dans chaque fragment de Faction comme dans Fensemble, et aboutissent ainsi à quelque éclat ou à quelque chute suprême. — Vous voyez que la loi s'applique dans les détails comme dans les masses. On groupe les portions d'une scène en vue d'un certain effet ; on groupe tous les effets en vue d'un dénoûment; on construit l'histoire entière en vue des âmes que l'on veut mettre en scène. La convergence du caractère total et des situations successives manifeste le caractère jusqu'au fond et jusqu'au terme, en le conduisant au triomphe définitif ou à l'écrasement final (1).

Il reste un dernier élément, le style. A vrai dire, i c'est le seul visible ; les deux autres ne sont que . ses dessous ; il les revêt et se trouve seul à la surface. — Un livre n'est qu'une suite de phrases que l'auteur prononce ou fait prononcer à ses personnages; les yeux et les oreilles de la tête n'y saisissent rien d'autre, et tout ce que l'ouïe et la vue intérieures y apercevront de plus ne leur sera dévoilé que par l'entremise de ces mêmes phrases.

(1) Voyez sur le principe des convergences La Fontaine et ses fables, par H. Taine, 3« partie.

Voilà donc un troisième élément d'importance supérieure, et dont l'effet doit concorder avec l'effet des autres pour que l'impression totale soit la plus grande possible. — Mais une phrase prise en ellemême est capable de diverses formes et, partant, de divers effets. Elle peut être un vers suivi d'autres vers ; elle peut comprendre des vers de longueur égale ou de longueur inégale, des rythmes et rimes diversement disposés ; làdessus voyez toutes les richesses de la métrique. D'autre part, elle peut former une ligne de prose suivie d'autres lignes de prose ; et ces lignes, tantôt s'enchaînent en une période, tantôt com* posent tour à tour des périodes et des phrases courtes ; voyez là-dessus toutes les richesses de la syntaxe. — Enfin les mots qui composent les phrases ont par eux-mêmes un caractère ; selon leur origine et leur usage ordinaire, ils sont généraux et nobles, ou techniques et secs, ou familiers et frappants, ou abstraits et ternes, ou éclatants et colorés. Bref, une phrase prononcée est un ensemble de puissances qui remue à la fois dans le lecteur l'instinct logique, les aptitudes musicales, les acquisitions de la mémoire, les ressorts de l'imagination, et qui, par les nerfs, les sens, les habitudes, ébranle tout l'homme. — Il faut donc que le style s'accommode au reste de l'œuvre; il y a là une dernière convergence, et, sur ce terrain,

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