Philosophie de l'économie politique [microform]
Il y a dans l’histoire de la pensée humaine de surprenants retours. Tandis que nous parlons du développement des sciences et des certitudes que donne l’expérience des hommes et des choses, que nous vantons nos progrès sociaux et politiques, que nous ne cessons d’évoquer les grands principes de l’existence économique des Etats et de leurs civilisations, nous ne cessons pas non plus de faire l’expérience de nos fausses doctrines, de nos illusions décevantes : et cette expérience ramène notre science, à notre insu, des siècles en arrière.
En 1651, Hohhes, dans Léviathan , soutint que l’état naturel des hommes était la lutte de tous contre tous et que la loi, le droit, les institutions, politiques ne provenaient que de la volonté des plus forts les imposant aux plus faibles. En 167^,
VI ÉCONOMIE POLITIQUE
Pufendorf réfuta, dans son Traité de la nature et aes gens, la doctrine de Hobbes, et démontra que les hommes étant des êtres moraux, leur état de nature était la liberté, l’égalité, la fraternité,, et que leurs institutions publiques avaient pour fondemeut une espèce de contrat convenu entre eux. En 1740, Wolf reprit et développa sa doctrine dans son Droit de la nature et des gens. En 1758, Foi mey fit paraître un extrait de ce dernier ouvrage, et, en 1762, J. -J. Rousseau, initié à la doctrine de Pu:Fendorf et ami de Formey, publia le Contrat soc'al. Pendant la même période fut fondée à Sienne l’Académie dei fisiocyûtici, dont le présider t adressa un mémoire au grand duc de Toscane pour lui prouver que la prospérité ne pouvait être rendue aux maremmes siennoises que par la liberté du commerce des grains. De tout cela sortirent nos philosophes et amis delà nature de la seconde moitié du xviii® siècle, dont les opinions, reprises et développées par Adam Smith, à son tour, donné] ent naissance à la grande école des économistes modernes. L’homme est bon par nature et chacun est le meilleur juge de ses intérêts propres ; laissez donc faire, laissez passer; ni monopoles ni privilèges: la loi de l’ofire et de la demande règle d’£ utant mieux les échanges qu’ils sont plus libres; et l’afiranchissement et la division du travail, la puissance du capital, les bienfaits de la concur-