ANTAGONISME DE LA CIVILISATION ET DE LA NATURE
Nous avons déjà fait ressortir que l’utile est chose relative et non pas absolue. On ne peut donc pas dire que la nature, dans son ensemble, est utile, pas plus qu’on ne peut dire qu’elle est belle; mais — ce qui est ditrérent — toutes les choses dans la nature peuvent être rendues utiles, de même que certaines parties peuvent paraître belles à l’homme.
L’utilité comme la beauté sont subjectives.
On a beaucoup abusé de certaines affirmations qu’on peut trouver pour le moins très hasardées. On a dit que l’homme était par sa destination le maître de la terre, le roi de la création. Parce que l’homme était un être doué de raison, parce qu’il parvenait à connaître Jusqu’à un certain point la terre et la nature, on faisait de lui le point culminant, le but final de la création ; tout lui était soumis.
Au point de vue de Péconomie politique, le seul
fl
qu nous préoccupe, il est nécessaire d’insister sur 1 aitagonisme de l’homme et de l’univers, de la civilis ition et de la nature.
M l’homme exerce, par le fait de la civilisation, un 3 royauté sur la nature, ce n’est que par des efforts redoublés qu’il la maintient. Partout la lutte est engagé«î entre l’homme et la nature ; si l’homme l’emporte pendant une période, la nature finit toujours par avoir la /ictoire définitive. '
Idhomme n’a pas encore créé de capital, si petit ou si étendu qu’il fût, qui ait pu résister à Paction destructive du temps. D immenses plaines, couvertes jadis de peuples innombrables sont retournées à leur état le plus simple ; elles sont redevenues des déserts. Le.s pays les plus prospères, les contrées les plus civilisées ont été transformées par l’action du temps en lieux de misère et de désolation.
La nature combat l’homme dans les plus petites ch( ses comme dans les plus grandes. Les agents natur3ls les plus utiles à l’homme peuvent devenir en
un clin d’œil les plus dangereux (par exemple le feu ).
L’homme n’a rien et ne peut rien sans le travail, sans un effort continu. La civilisation, le progrès, sont des positions péniblement conquises et défendues coips à corps contre la nature. Cependant, aucune civilisation ne s est perpétuée, aucun progrès