PREFACE IX
contrarier l’instinct, celui-ci agira après comme avant. Quant à l’espace et le temps, ils sont tout ce qui est etendu et tout ce qui dure. L’homme n’a aucune action sur eux ; ils constituent la fatalité. Or, la résultante de la raison, de l’instinct et de la fatalité, c est le droit de la force. L’homme, à tout moment de sa vie, exerce ou subit le droit de la force. L’homme exerce le droit de la force lorsque sa raison est d’accord avec l’acte qu’il pose. L homme subit le droit de la force lorsque ses instincts le poussent ou lorsque l’action des hommes ou des choses le contraint, en dépit de sa volonté, à poser cet acte. Une nation dans son ensemble n’a ni conscience, ni énergie, ni volonté, car elle n’a pas la raison. Entre un peuple qui se révolte et un fleuve qui déborde, il n’y a pas d’autre différence que celle qui existe entre l’action des instincts et 1 action de la pesanteur. Dans les deux cas l’acte est inconscient, forcé, fatal. L’Internationale ou l’association universelle de tous les travailleurs peut arriver à constituer en Etat, comme toutes les nations, en se donnant une direction, un gouvernement, des lois, et un pouvoir exécutif. Et toutes les nations sans distinction disparaissent dès que l’instinct de production s’affaiblit et que l’instinct de reproduction disparaîb que la volonté des individus s émousse, qu’ils s’abandonnent à l’action du milieu factice dans lequel ils vivent. »
X ÉCONOMIE POLITIQUE
Felle est la doctrine : notre rôle n’est pas de prendre parti pour ou contre. Nous n’avons qu’à constater, qu’étant donné notre état économique et soldai actuel, la lutte des ouvriers contre les patrons, des patrons contrôles ouvriers, celle des classes entre elles, aussi bien que la lutte des nations les unes contre les autres, peu importe les principes et les doctrines que tous évoquent, est le retour à la doctrine de Hobbes. Il n en pouvait être autrement. Hobbes, en n’observant que les instincts égoïstes des hommes, oublia leurs instincts d’abnégation et de dévouement, et concljt à la lutte de tous contre tous. Puffendorf et ses successeurs, en faisant de la liberté, de l’égalilé et de la fraternité les fondements des relations humaines, méconnurent de meme les instincts égoïstes. Et rancienne société, en dépit de la doctr ne de Hobbes, a continué à se maintenir et à se d( velopper, grâce à ses sentiments d’abnégation et de dévouement, tandis que la société nouvelle, malgré ses théories de liberté, d’égalité et de fraternité, se voit débordée par les manifestations les plus brutales de l’égoïsme. La lutte pour la vie est devenue la loi de notre existence sociale.
Tel est le sort de toutes les doctrines et de toutes les idées incomplètes. Nous avons beau rdsonner et agir en suivant des doctrines ou des idées insuffisantes, la vérité s’impose à nous dans
prép^age
ses conditions et ses forces entières par l’expérience douloureuse que nous faisons de nos erreurs et nous ramène à notre point de départ. Hobbes conduit à Puffendorf et à ses disciples, et ceux-ci nous ramènent à Hobbes. Il en est de ce genre de spéculations sociales et politiques comme du premier faux calcul venu. Voici deux hommes, dont l’un prétend que 5 et 3 font 10, et dont l’autre soutient que 6, 3 et 1 font 12: ils se trompent tous deux de la même quantité et commettent la même erreur. Pour eux, le livre de M. Hamélius est une admirable leçon de calcul.
Th. Fungk-Brentano.