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CHAPITRE XXII

LA MACHINE

h outil est toute chose dont l’iiomme se sert pendent son travail et qui supporte la plus grande partie d( l’effet nuisible, de la réaction.

L’outil augmente bien la puissance de l’homme, mais il n’augmente pas sa force; il modifie la qualité du travail, mais non pas, d’une façon appréciable,

la quantité. L’outil sert l’homme, mais ne peut pas le remplacer.

La machine, au contraire, est l’outil qui multiplie la f'orcede l' homme , qui augmente la quantité de son Irt vail et qui peut remplacer la force de V homme.

premières machines dont l’homme se soit sei vi sont sans doute les animaux domestiques. Un ch(5val peut transporter de plus grands fardeaux qu 3 1 homme ; il peut les transporter plus rapidement; pour transporter un fardeau, un cheval peut remplacer plusieurs hommes ; le cheval augmente

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donc la quantité de travail

est une machine.

Les animaux domestiques sont des produits de l’industrie agricole ; presque tous peuvent devenir des machines à produire de la force motrice.

La « machine » par excellence, la locomotive dirigée sur les rails, peut transporter plus de marchandises que des milliers d’hommes, elle peut les

transporter dix et vingt fois plus vite et plus souvent.

Les métiers sont à la fois machine et outil. Une infinité de travaux assez compliqués sont faits par les métiers, sous la direction d’un seul homme ou d un petit nombre d’hommes.

Somme toute, le but de la machine la plus simple

est de faire un travail très simple de l’homme, de

le faire vite et souvent; enfin, de remplacer la force

de l’homme par toute autre force fournie par la nature.

Deux machines simples étant trouvées, l’homme est arrivé à les combiner en une troisième qui pouvait faire un travail plus compliqué de l’homme dans les mêmes conditions.

La conséquence de la multiplication et du perfectionnement des machines a été d’abord de modifier les associations industrielles et la divi<inn an

p roduction étant arrivée à suffire aux besoins momentanés de la consommation intérieure et exté-

Heure, la eonséquence a été de rendre superflu un grand nombre de travailleurs que les machines remp acent.

Toute nouvelle machine a pour effet immédiat d enrichir un petit nombre d’individus et d’appaiivrir un plus grand -nombre d’autres. Toute introduction de machine nouvelle a pour conséquence la diminution de la troisième catégorie et l’augmentati)n de la première et de la quatrième catégories des h)mmes. L’expérience prouve la vérité de cette aTirmation. C’est dans les contrées industrielles qi’il y a le plus de capitalistes et le plus de pmvres.

Le résultat final et continu de ^introduction des n achines est l’augmentation des oisifs riches et pauvres. Il ri'est nullement vrai [ni en théorie ni è'ii pratique) que les machines augmentent indéfinin ent la production.

Les hommes dont le travail a été rendu inutile pir l’introduction des machines ne recommencent pus tous le travail dans une autre industrie ou une autre branche de l’industrie en question; les uns n en ont pas besoin ; les autres n’en trouvent pas.

D’autre part, il se fait sur terre beaucoup d’actions improductives qui ne sont pas des travaux (et

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le nombre en augmente de plus en plus dans les pays civilisés); il se fait même beaucoup de 'travaux (surtout en temps de crise) dont l’utilité est très contestable. On ne peut donc pas dire que le travail et la production augmentent indéfiniment par la multiplication des machines.

Il est également faux de prétendre, parce qu’o/2 soustrait d’une façon continue un certain nombre d’individus à leurs occupations, que la production totale soit forcément diminuée et que la nation éprouve nécessairement, de ce chef, une perte.

Voiei, par exemple, un raisonnement qu’on fait tous les jours. Si la France n’avait pas un budget de la guerre qui se monte, supposons, à 700 millions, elle ne ferait pas tous les ans une perte de 700 millions.

Si la France licenciait les 400,000 hommes qu’elle a sous les armes, ces 400,000 hommes pourraient gagner, à raison de 1,000 francs par an; 400 millions (400 -h 700 = 1,100).

La France perd done tous les ans plus d’un milliard ; elle s’appauvrit tous les ans d’un milliard. On peut en dire autant de toute l’Europe qui s’appauvrit ainsi tous les ans de 10 milliards. Donc les armées permanentes ruinent l’Europe. Cependant l’expérience prouve que, en prenant seulement les dix dernières années, l’Europe et principalement la plus grande

puissance militaire de TEurope se sont enrichies.

LS raisonnement ci-dessus est donc faux, et la dt monstration en est facile. Un pays qui lève 700 millions d’impôts et dépense 700 millions ne change rien à l’ensemble des richesses ; il modifie simplem3nt la répartition. Donc les 700 millions du budget de la guerre ne constituent pas une perte pour le puys.

Ensuite, on peut dire qu’un certain nombre des 400,000 hommes avaient de la fortune et auraient élé des oisifs s’ils n’avaient été militaires, et même que leurs occupations professionnelles les empêchent do dépenser tous leurs revenus improductivement. 0 1 peut dire encore qu’une partie des 400,000hommes n'aurait pas pu produire, ou n’aurait pas trouvé de travail ; enfin que les machines remplacent avanîûgeusement des milliers d'hommes et que, finalement, le travail probable et rendu impossible des 400,000 hommes n’est pas une perte dans les condiii )ns actuelles de la nation.

La force armée favorise d’ailleurs la production ; elle sert à procurer la sécurité. Elle a encore des r{ isons d’être dans les instincts de la nation.

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