CHAPITRE XXIIl
l’instinct de CONNAITRE, l’iNSTRUCTION
L’instinct de connaître est une variété de l’instinct de possession. En effet, connaître une chose, c’est posséder toutes les idées des propriétés que cette chose renferme. L’instinct de savoir tient également de l’instinct de production sur lequel il a une grande influence. Il est impossible qu’un homme ait l’instinct de création très développé, s’il n’a pas l’instinct de connaître.
V instruction de C individu, de la nation, n’est pas un élément négligeable pour l’économie politique.
L’homme, avant de pouvoir pénétrer les propriétés des choses, devait tenir à les posséder. Le besoin de connaître ne s’est manifesté que le jour où l’instinct de possession commençait à être satisfait. Avant d’avoir le besoin de savoir, f homme sent la nécessité d’agir. Chez les peuples primitifs, le savoir est forcément négligé en faveur de l’action.
L’instinct de connaître grandit avee la civilisation.
Lci. sciences, les lettres ne sont cultivées que par les peuples et les individus arrivés à une période avi.ncée de la civilisation. Et l’instinct de savoir finit souvent par se substituer aux instincts qui demandent
l’ailion musculaire. Ea force du corps diminue et cede de l’esprit augmente. Chez une nation la trop grande tendance à l’étude est un signe de décadence.
u6S fins de civilisations sont toujours marquées par une multitude de poètes, littérateurs, orateurs,
législateurs, d’artistes et de penseurs.
Cependant l’instinct de production va de pair, jusqu’à un certain point, avec l’instinct de connaître,
l’i istruction.
L’homme qui travaille agit ; pour agir utilement, il est nécessaire de connaître plus ou 'moins le& cl oses sur lesquelles va se porter l’action ; le degré d( connaissance est déterminé par le genre de produit à obtenir.
La production, dans son ensemble, comprend une irfinité d’arts différents, plus ou moins élevés, plusou moins faciles. Et à chaque art correspondent des rusultats d’une ou de plusieurs sciences qu un iDinmepeut connaître instinctivement ou qu’il peut
a oprendre.
Au point de vue de l’économie politique il y a donc
un enseigiiemenl qui est préférable aux autres ; il
V a des connaissances générales qu’il faut donner à «
l’instinct de CONN.VITRE, l’iNSTRUCTION 89
tous les individus ; il y en a d’autres qu’il ne faut
donner qu’à une partie de la nation.
L’instinct de connaître est utile à l’instinct de
création, mais il peut lui être nuisible s’il se déve-
loppe aux dépens de celui-ci.
A tout apprendre, l’homme n’a plus le temps de
rien produire.
L’instruction générale influe sur la production, la circulation, la répartition et la consommation des richesses, mais son innuence n’est pas nécessairement ni toujours salutaire; et c’est une grosse erreur de croire que la diffusion de toutes les connaissances humaines augmentera la prospérité économique d’une nation.
La connaissance d’une chose eSt utile d une façon ^én gtciIg •
1» Lorsqu’elle est utile à un grand nombre
d’hommes, dans beaucoup de circonstances;
2° Lorsqu’elle est utile à elle-même, qu’elle sert à augmenter le fonds des connaissances humaines.
Prenons pour exemple la chimie, une science utile s’il en fut jamais, et prenons un produit tel que le savon à la création duquel la chimie a une certaine
part.
Pour apprendre à un homme l’usage et l’utilité du savon, il n’est pas nécessaire de lui enseigner la chimie; pour apprendre à l’ouvrier savonnier la
yO ECONOMIE POLITIQUE
fab’ication du savon, il est bon de lui donner quelques notions de chimie ; enfin l’inventeur de savon doit nécessairement connaître une partie de la 3liimie ; et le chimiste qui voudra augmenter le fonts des connaissances humaines dans sa science, le professeur, chargé de l’enseigner, doivent la connaîi re intimement et dans toutes ses parties.
L’instruction doit donc être graduée dans le temps et dans l’espace, suivant la profession et l’âge de l’hcmme. Pour ne pas nuire à la production, elle ne doit pas absorber toutes les forces de l’homme pendant trop de temps; elle ne doit pas tendre à donner à tous les individus le môme fonds de connaissan :es.
L'instruction esf donc une chose d’utilité relative. U/u nation d ignorants et une ?iation de savants se troi veraient toutes deux dans de mauvaises conditions au point de vue de la production.