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CHAPITRE XXVIl

CONCURRENCE ET MONOPOLE

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Nous avons essayé, au début de cette étude, de montrer que riiomme peut avoir, dans un petit nombre de cas, la liberté d’agir, mais qu’en règle générale il ne l’a pas. L’homme n’est pas libre, en sa qualité d’étre doué de raison, d’agir comme il veut, pai‘ce que sa volonté est considérablement restreinte par ses instincts et par la fatalité, l’action du temps et de Lespace.

bans le sens absolu du mot, l’homme n’est pas libre de travailler, de posséder, de ])rodiiire, d’échanger, de consommer. L’homme n’est pas libre d’exercer la profession qu’il veut, ni de régler la valeur, le prix de ses produits, ni dérégler son salaire, en un mot, il n’est pas libre de vivre comme il /eut.

D’individu à individu, d’individu à nation, de nation à nation, des hommes aux choses, la lutte existe : chacun veut travailler le moins (prendre le

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moins de peine) ; chacun veut produire le plus; chacun veut consommer le plus; chacun veut dominer; chacun veut tirer le plus de parti des hommes et des choses. Chacun dépend donc de sa force de volonté, de la force de ses instincts et de la force des choses, de la force du milieu.

Cette tiitte iiniver selle s’exerce dans les plus grandes choses comme dans les plus petites. Elle est faite d’une infinité de compétitions entre individus, familles, nations, races, et le résultat de ces compétitions, en un moment donné, en un lieu donné et pour un fait donné, est la victoire du plus fort, du plus favorisé.

La lutte universelle pour l’existence peut être la lutte ouverte, la guerre, ou la lutte pacifique et économique, la concurrence .

La concurrence existe dans la production, dans la circulation et la consommation.

Si nous n’en avons pas parlé plus tôt, c’est parce que la concurrence se fait principalement sentir pendant faction d’échanger, dans la circulation des richesses ; elle trouve sa véritable expression dans l'offre et la demande.

La concurrence est comme la guerre, dont elle n’est qu’une autre forme, un fait nécessaire, fatal, dont l'homme peut limiter l’action, mais qu’il ne peut pas détruire.

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La concurrence est un effet de la force ; la force f eut la limiter.

A la fin de chacune des innombrables compétitions, i'. y a un vainqueur, le plus fort, le plus heureux qui se constitue alors un monopole vis-à-vis de celui ou c e ceux qui étaient engagés dans la lutte ; mais ce nonopole n’a qu’une étendue limitée dans l’espace €t dans le temps; d’autres veulent acquérir le même nonopole, et la lutte recommence.

Toute concurrence est donc la compétition de plusieurs monopoles vers un autre monopole plus ( tendu.

11 suit de là que la concurrence est toute relative (t qu’un monopole n’est jamais absolu.

Ce qui est en concurrence ici est hors concurlence, est monopole plus loin ; ce qui est monopole aujourd’hui peut être en concurrence demain.

Un monopole peut limiter d’une façon naturelle, latale, la concurrence; dans ce cas, il est dit monopole naturel. Ou eneore, un monopole peut limiter la concurrence légalement; il est appelé alors monopole légal. Enfin, un monopole peut être à la fois naturel et légal.

Tel grand magasin de Paris possède un monopole vis-à-vis de beaucoup de petits magasins, trop faibles j)our lutter avec lui; mais ce même grand magasin -ist en concurrence avec tel autre du même genre.

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La régie du tabac et des allumettes possède en France un monopole légal, mais à l’Étranger elle se trouve en concurrence avec d’autres fabricants

de tabac ou d’allumettes.

La Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée possède le monopole du transport, par le chemin le plus court et le plus rapide,

I de Paris à Marseille.

Ce monopole est légal, parce qu’il faudrait d’abord l’autorisation du Gouvernement et des Chambres pour construire une ligne parallèle (si la chose était matériellement possible) à la ligne Paris-Lyon-Méditerranée.

Mais pour d’autres parcours, par exemple de Paris à Venise, la ligne Paris-Lyon-Méditerranée peut se trouver en concurrence avec la Compagnie de l’Est et la ligne du Saint-Gothard.

11 n’existe donc pas un seul monopole universel ou absolu. En revanche, ii existe une infinité de petits monopoles naturels.

^ La concurrence est faite de la lutte de beaueoup

de petits monopoles et elle est limitée par d’autres monopoles.

Il ne faut donc pas s’exagérer les bienfaits de la concurrence, parce quelle n’est pas si développée • qu’on pourrait le croire.

I En revanche, il ne faut pas trop s’exagérer les

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c inséquences funestes des monopoles, parce que l(ur nombre est plus grand qu’on ne le suppose.

Les douanes donnent lieu à des monopoles intér eurs en diminuant la concurrence étrangère.

Les impôts créent des monopoles au profit de l’Hranger, en facilitant la concurrence du dehors.

Toutes les charges vénales (de notaire, huissier, a^ent de change, avoué), toutes les fonctions P Libliques constituent des monopoles légaux vis-à-vis d J public, mais se trouvent ou peuvent se trouver en cincnrrence entre charges et fonctions congénères.

En général, toute position acquise, quand il s’agit d’un homme, toute position privilégiée, quand ü s'agit d’une chose, constituent des monopoles nat irels.

L’ouvrier le plus intelligent, le plus fort, le plus heureux d’un atelier possède un monopole vis-à-vis de ses camarades, mais il peut se trouver en concarrence avec tel ouvrier d’un autre atelier.

En général, un homme de talent possède un monopole vis-à-vis d’un homme moins doué, moins heur3ux et il peut se trouver en concurrence avec d’autres aussi bien doués que lui.

Une pièce de terre, une maison, une rue, une ville, une contrée, un territoire entier peut avoir un monopole vis-à-vis d’une' autre pièce de terre, d’une maisin, d’une rue, d’une ville, d’une contrée, d’un ter-

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ritoire, et peut se trouver en concurrence avec des congénères.

Le monopole est tout avantage de forme ou de place, momentané ou durable, plus ou moins étendu, gu un homme possède directement ou indirectement [par l'intermédiaire d'une chose) sur d'autres hommes.

Le monopole, de quelque nature qu’il soit, donne lieu à un revenu spécial, appelé la rente.

Le monopole résultant de la situation d’une chose, d’un avantage matériel, produit la renie du capital.

Le monopole résultant de la position d’un homme, d’un avantage moral, produit la rente du travail.

La concurrence, c’est la lutte : elle est dans la nature des hommes et des choses ; elle a toujours existé et existera toujours. La concurrence est un fait nécessaire ; il est donc inutile de s’appesantir sur ses avantages et ses désavantages. La force peut poser des limites à la concurrence, mais ne peut pas l’empêcher de s’exercer entre ces limites et ne peut jamais la détruire.

La concurrence est une des formes de la lutte pour Uexistence ; la guerre en est l’autre.

De même, le monopole naturel est un fait fatal, nécessaire; il n’est ni juste ni injuste. Tous les monopoles sont un résultat de la force. Le monopole

légal est établi par le Gouvernement ; il est condamnable, quand il n’a pas pour but un intérêt public qu’il est difficile, sinon impossible, d’obtenir par une autre voie. Certains monopoles légaux, tels que le monopole du tabac, celui des allumettes, sont des impôts.

Le monopole d’un chemin de fer, par exemple de Parts-Lyon-Méditerranée, est plutôt naturel que légal. Le Gouvernement autoriserait la création d’une ligne parallèle qu’il ne trouverait peut-être pas de Compagnie pour la construire.

Si cette deuxième ligne existait, la concurrence serait possible, mais rien ne prouve qu’elle serait réelle, car rien n'empêcherait les Compagnies rivales de s’entendre et de transformer la concurrence, ruineuse pour elles, en un nouveau monopole.

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