RESPONSABILITÉ DE DIEU ET RESPONSABILITÉ DE LA NATURE
Je dois quelques explications au lecteur de ce volume l)Our lui faire connaître les mobiles qui m'ont pousse à récrire, les conditions dans lesquelles il a été composé, et les idées directrices qui en ont été l'inspiration.
Il n'est peut être pas de condition plus propice à provoquer la réflexion, et à encourager la pensée, que l'étude des sciences naturelles. Le contact avec la nature et avec la vie est pour l'esprit un stimulant puissant qui le met constamment en face des problèmes les plus attachants et les plus graves. Pour résister à l'attrait exercé par ce milieu peuplé d'énigmes, et pour se borner à la satisfaction de les apercevoir et de les formuler, il faudrait être bardé d'une indifférence incomparable ou d'un scepticisme extraordinaire. Je n'ai pas éprouvé ce calme dilettantisme, auquel la joie d'entrevoir les questions et de jouer agréablement avec elles est un bonheur suflîsant ; et tout en promenant le scapel sur les organes, tout en fixant mon œil sur l'objectif du microscope, je me suis toujours demandé où devaient nous conduire cette étude patiente et prolongée, et ce labeur infatigable.
Aurions-nous obtenu satisfaction pour avoir définitivement constaté que tel muscle s'insère bien exactement sur telle apophyse de tel os ; que telle glande sécrète un liquide dont la composition et les propriétés sont bien définies ; que telle
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l>llll,OSOI>lin: DK L KFFORT
cellule renferme dos granulations de Iclle forme et de telle composition chimique ; que tel organe comprend des éléments de telle et telle espèce groupés suivant telle ou telle disposition ? Non, évidemment non ! 11 y a là des satisfactions de chercheur, de collectionneur de faits, de dresseur de statistiques. Mais on ne saurait y trouver une nourriture intégrale pour l'être pensant et surtout pour Tétre moral. J'étais bien certainement dans la vérité le jour où, à un homme de science me demandant à quoi pouvait bien me servir de tirer de mes observations d'anatomiste et de naturaliste des déductions d'ordre moral ou métaphysique, le jour, dis-je, où à cette question je répondis simplement : (( Cela me sert à vivre. » Je pense encore, en effet, que nous sommes icibas pour vivre, c'est-à-dire pour vivre de la vie affective et morale, qui est la vie par excellence, et que la science, c'està-dire l'activité intellectuelle proprement dite, n'a réellement d'autre valeur que de nous aider à réaliser cette vie agissante pour l'amour et pour la justice.
L'aide de la science n'est pas illusoire. Elle est réelle. Une saine appréciation des choses le veut ainsi. Quelles que soient les apparences, quoi qu'on en ait dit, et quoi qu'en pense une dogmatique mal informée, la nature, objet de la science, est au fond bonne, belle et vraie. Le Créateur a déposé en elle un germe de beauté, de logique, de droiture, de justice et de bonté qui, pour être masqué sous des apparences très complexes et souvent même contraires, et pour être imparfaitement accessible à nos regards voilés, n'en est pas moins le dépositaire de précieuses et d'admirables puissances.
La nature est belle, et d'une beauté incomparable, pour quiconque s'efforce de pénétrer dans son intimité. « Aux vieux temps de l'Egypte, dit le très éminent professeur Williams Crookes', une inscription bien connue était gravée au-dessus du portail du temple d'Isis : Je suis tout ce qui a été, est, ou sera, et nul homme n'a encore soulevé mon
I. Williams Crookes, Discours présidentiel prononcé au Congrès de l'Association britannirpie pour l'avancement des Sciences, Bristol, 1808.
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voile. Ce n'est pas ainsi qu'aux 'chercheurs modernes de la vérité apparaît la nature, mot par lequel nous désignons l'ensemhle des mystères déroutants de l'univers. Fermement, sans lléchir, nous nous eirorrons de pénétrer au cœur même de celle nature, de savoir ce qu'elle a été, et de prévoir ce qu'elle sera. Nous avons déjà soulevé hien des voiles ; et avec chaque voile qui tombe, sa face nous apparaît plus belle, plus auguste, plus merveilleuse. »
A cet hommage rendu à la beauté et à l'éclat merveilleux, de la nature, je crois devoir joindre d'autres hommages et d'autres louanges. La nature est non seulement belle, mais elle est intelligente et profondément intelligente. Elleest aussi morale et profondément morale ; car si elle n'est pas le bien parfait, elle tend avec persévérance, avec énergie, vers cette perfection ; et c'est là ce qui lui confère la dignité morale. C'est vers cet idéal qu'elle évolue ; et quand dans notre ignorance nous l'appelons aveugle, brutale, cruelle, immorale, nous agissons en juges inconsidérés et même iniques, qui s'empressent de condamner sans avoir instruit la cause. Pour une lumière suffisante et pour un jugement équitable, il faut que l'enquête soit opiniâtrement poursuivie; et l'on peut certainement entrevoir quel sera le verdict définitif. C'est la science de la nature qui est chargée de l'instruction ; et elle a été assez souvent amenée à réformer des jugements injustes ou sévères, et à rendre des arrêts plus consolants.
Combien seraient renversés nos jugements, si nous pouvions pénétrer au fond des processus de la nature et dévoiler ses secrets ! Combien de fois Irouverions-nous logique, sage et bienfaisant tel fait naturel que nous qualifions sévèrement, si nous pouvions pénétrer dans les profondeurs des conditions et des motifs, et si nous étions capables de situer les phénomènes dans leur milieu complet et intégral entre tous leurs antécédents rationnels et toutes leurs conséquences logiques et heureuses ! Mais au lieu de cette clarté nécessaire pour justifier et dicter un verdict équitable, nous rencontrons une obscurité trompeuse, obscurité souvent complète et absolue, toujours plus ou moins épaisse et
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déroutante ; et nous [)rélcndons dans ces ténèbres déterminer exactement les points cardinaux de l'horizon. Pour citer cjuelques exemples, la doidenr, la souffrance que nous accablons de nos malédictions les plus violentes, mérite-t-elle cette réprobation ? N'est-ollc pas la grande éducatrice des êtres animés, et n'a-t-elle pas joué le rôle le plus admirable et le plus efficace dans la marche progressive de l'évolution et dans le perfectionnement des êtres vivants ? Je suis arrivé sous ce rapport à une conclusion très affirmative, et je le dois à l'élude de la nature. C'est elle qui m'a montré la nature en travail, accumulant efîort sur ellbrt pour fuir la souffrance, pour échapper à la douleur, soit physique soit morale, et bénéficiant ainsi de ce que l'effort répété apporte de perfectionnements durables dans les organismes et dans les mentalités.
Et la mort en elle-même est-elle un mal? est-elle une malédiction ? est-elle la plus cruelle des souffrances ?
Oui, si l'on regarde à ce qui n'est plus la natvue, à ce qui est la nature altérée et viciée soit par l'ignorance et par un mauvais usage de la liberté, soit par des conditions imparfaites qui attendent et qui obtiendront d'être remplacées par des conditions meilleures. Oui, si l'on regarde à l'humanité telle qu'elle est actuellement, avec les conséquences funestes de ses excès, de ses vices, de ses folies, de son mépris de l'ordre et de l'hygiène, de ses défis jetés à la morale et à la sobriété. Mais est-ce bien la nature qui est coupable des douleurs et des angoisses de la mort, des tristesses qui l'accompagnent et des regrets qui déchirent souvent celui qui se voit mourir? Oui, la mort prématurée, celle qui tranche le fd d'une existence encore utile, encore sensible, encore active, et pleine de la volonté de vivre, oui, cette mort est une scène lamentable. Mais est-ce bien là la mort naturelle, celle qu'a voulu instituer la nature et que la liberté et la volonté humaines sont venues troubler et rendre redoutable ? Est-ce la faute de la nature si l'alcoolisme, si la syphilis, si les maladies contagieuses et infectieuses provoquées et aggravées par le mépris de l'hygiène, si l'organisme afl'aibli et rendu très vulnérable par les excès ou par la misère, si les peines
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morales résultant dii dérèglement et des violations de la justice, ont l'ait pleuvoir sur l'humanité la maladie, la douleur, la misère et le chagrin, artisans de morts douloureuses, tragiques, prématurées et par conséquent haïssables et redoutables ? La mort naturelle revêt-elle ces caractères dans le règne animal et même chez l'homme, alors qu'elle est le terme réel et naturel d'une existence justement remplie par une saine activité déployée dans la santé et dans la sérénité morale ? Non, évidemment ; pour l'animal la mort naturelle est l'entrée dans un doux sommeil qu'un réveil n'interrompra plus ; et pour Tliomme chargé d'ans, parvenu au terme de son activité physiologique, ayant dépensé sagement tout son capital de vie, et ayant épuisé la somme de ses virtualités, la mort naturelle n'est certainement qu'un paisible acheminement vers un repos désiré, et dont les aspects, plutôt mélancoliques que déchirants, sont même voilés et adoucis par l'apaisement de la sensibilité et par l'impression bienfaisante du repos succédant à la lassitude. Les exemples de ce f^iit ne sont certainement pas rares ; et c'est sous l'inspiration de ces données que j'écrivais en 1887 les lignes suivantes auxquelles je n'ai rien à changer :
« La douleur est souvent associée à la mort, mais elle n'en est pas le compagnon nécessaire. Bien loin de là, elle est le plus souvent appelée à prévenir contre les dangers mortels, et à les faire éviter. La mort naturelle arrivant après une durée normale de la vie, et résultant de l'usure et de l'affaiblissement progressif des organes, ne se présente pas à l'observation comme un douloureux et terrible déchirement au point de vue physique. Quiconque a vu s'éteindre doucement un de ces viellards chargés d'ans, sans lésion d'organes, par une lente et paisible diminution du mouvement vital, quiconque, dis-je, a assisté à ce spectacle qui n'a, pour ainsi dire, rien de sanglant, a pu s'apercevoir de ce qu'il y avait d'indolore et de calme dans cette extinction progressive de la vie corporelle. Ce genre de mort qui est à proprement parler la mort naturelle, n'est point rare parmi les hommes ; mais clic Test bien moins parmi les animaux. Quand on a l'habitude d'observer ces derniers, on est frappé de voir,
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combien pour eux, la morl, se [)ro(luisanl au lermc normal de l'existence, après raccomplissement de leur cycle vital, a peu les caractères d'une agonie et ressemble plutôt à la paisible entrée dans un profond sonmieil '. »
Je ne me dissimule pas que les considérations qui précèdent paraîtront à l)eaucoup d'un optimisme exagéré et trop souvent contredit par le spectacle attentif de la nature. Ils abondent certainement au sein de la nature les faits qui peuvent justement, nous semble-t-il, être inculpés d'inutilité, de maladresse, d'illogisme, de déviation fâcheuse, d'injustice, de cruauté même, et qui sembleraient être la négation des tendances logiques, saines, justes et bonnes que j'ai prêtées à la nature.
Je suis loin de nier ces faits qui semblent s'élever si rationnellement contre une appréciation trop favorable de la direction imprimée ou suivie par la nature. Il faudrait être bien aveugle et bien partial pour les nier et pour en méconnaître l'éloquence devant le tribunal de l'observation et de la raison. Mais la question n'est pas de savoir si tout est bien dans la nature, mais si dans la marche de ce grand empire oi*! s'associent et se combattent tant d'influences diverses, la somme des dispositions heureuses, des prévisions et des précautions sages et bienfaisantes, l'ensemble des résultats favorables, ne l'emportent pas de beaucoup sur les dispositions, les événements et les résultats d'un caractère opposé. Sur ce point capital et qui importe seul au fond, des jugements opposés sont, certainement, possibles. Mais il ne faut pas oublier que dans un procès si colossal et si insuffisamment instruit, l'équation personnelle des juges acquiert une valeur considérable. Si nous voulons être impartiaux, nous devons l>ien penser que dans une question où nous nous trouvons si réellement juge et partie, nous sommes grandement exposés à être plus frappes par la vue du mal que par celle du bien. Il est incontestable que l'homme est infi-
I. ('riliijiie pliilosoplilque, de Renouvier, des 3i décembre 1886 et 3i jan\ier 1887.
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niment plus disposé à pâlir et à se plaindre de ses maux, qu'à jouir et à être reconnaissant de ses joies. La voix de la douleur est autrement vibrante et pénétrante que celle du bonheur. Si bien que tout jugement humain, qui tendrait à reconnaître dans la nature une balance égale entre la somme de ce qui est louable et de ce qui est condamnable, devrait, en toute justice, être a priori mis au bénéfice d'une appréciation optimiste de la nature.
Mais il est un fait capital qui domine le débat, et qui me paraît comporter forcément un jugement optimiste ; je veux dire le spectacle de l'ensemble, et la constatation du progrès dans révolution naturelle. S'il y a progrès, si le progrès est réel, si nous reconnaissons (et comment ne pas le faire) que la nature a été le lieu et le champ d'un progrès qui l'a conduite de l'état inférieur de matière cosmique à l'état élevé et merveilleux d'être spirituel et de conscience morale ; si l'être homogène et inconscient, si la mentalité sourde et diffuse ont atteint la stature de la personnalité sachant penser et aimer, il faut bien reconnaître aussi que la somme des processus intelligents et logiques, la somme des dispositions heureuses, l'a emporté de beaucoup sur les dispositions et les processus contraires, pour aboutir à un si colossal et si merveilleux résultat.
Mais en outre et sans nier les faits malheureux, les inconséquences possibles, les démarches inutiles, les douleurs, les chocs inopportuns, etc., nous sommes tenus, en présence de cette œuvre si admirable de l'évolution, et en constatant rimmensité de notre ignorance et les pièges qu'elle tend sans cesse à nos jugements, nous sommes tenus, dis-je, de reconnaître que nous devons ne prêter à ces derniers qu'un crédit relatif, quand ils tendent à incriminer une marche de la nature qui, en définitive, se trouve avoir abouti à une fin si haute et si auguste.
Mais si la nature nous donne si souvent le spectacle de défaillances et d'erreurs, faudrait-il lui appliquer cet aphorisme abominable qui justifie les moyens par la fin ? En aucune manière. Une règle qui est si violemment et si absolument repoussée par le sens moral de l'humanité, quand il n'a
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été ni altéré, ni déformé, ni corrompu, ne saurait révéler la direction normale de cette nature, dont le sens moral est le plus bel épanouissement. Non, la fin ne justifie pas les moyens : mais les moyens sont, non justifies, mais expliqués par la nature même de la nature, c'est-à-dire par l'état moral de la nature.
Le jugement que Ton peut porter sur la nature dépend à un très fiaut degré de la conception que l'on se fait de la nature. On peut concevoir le monde ou la nature de bien des manières ; mais il y a trois points de vue principaux auxquels peuvent, me semble-t-ii, être ramenés tous les autres ; et c'est à les considérer que je vais m'appliquer.
Quelc{ues-uns considèrent le monde comme un grand assemblage, comme une vaste machine due au hasard et livrée à l'anarchie, machine déréglée, où le mal a sa place au même titre que le bien, et ou le bien est aussi étonnant que le mal. A ce domaine de l'anarchie et de la désespérance peuvent être adressées avec une égale indifférence les louanges et les critiques ; ou, pour être plus rationnel, il n'y a lieu d'adresser ni louanges, ni critiques, car, si tout y est possible, rien n'y est pensé, ni voulu. Ce monde du hasard n'a droit qu'à l'indifférence et au silence. Il n'est ni bon, ni mauvais ; il est ce qu'il est, la négation d'une norme et d'un idéal.
Une seconde conception du monde est celle du panthéisme plus ou moins mystique, noyant dans un grand tout un Dieu inconscient et sans liberté.
Dans ce monde où le bien et le mal sont les conséquences logiques et inévitables de l'application de lois immuables, les grandes et éternelles lois d'airain de Gœthe, et d'où la liberté est radicalement exclue, on chercherait en vain l'être à qui remonte la responsabilité du bien et du mal, de la justice et de l'injustice, de la douleur et du plaisir, des tristesses et des joies. Dieu, éternel comme le monde dont il est inséparable, et qui n'est que sa représentation sensible, n'est ni libre, ni volontaire. Dans cet ensemble de réflexes et de mécanisme aveugles, il n'y a pas d'auteur responsable ; et la nature, n'étant éternellement qu'une activité qui se dépense
INTHODUCTION f)
sans relâclic au service criin déterminisme absolu, il y a lieu, non (le la juger, mais do courber la lètc devant son implacable nécessité.
Dans la troisième conception de la nature, c'est-à-dire dans celle qui la distingue comme la fille d'un Créateur libre et volontaire, la question prend un aspect tout différent.
Si en effet le monde est l'œuvre d'un créateur, s'il est donc ce que l'a lait son auteur, il semble que celui-ci soit responsable du bien et du mal qu'il y a dans l'œuvre, et c'est à Dieu que paraissent devoir s'adresser les louanges et les murmures inspirés par le bien et par le mal manifestés dans la nature. Cette manière de raisonner paraît être dans tous les cas d'une logique rigoureuse. Et pourtant, il n'en est rien. La responsabilité d'un créateur peut être à la vérité complète et réelle : mais elle peut n'être que circonscrite et relative. Tout dépend, en effet, de la relation que le créateur a voulu établir entre lui et la créature ; tout dépend aussi de la signification et de la genèse de l'univers créé. Si l'on pouvait concevoir que Dieu eût projeté le monde comme un être absolument différent de lui-même, n'ayant d'autre rapport avec lui que d'être un produit de sa volonté, sans constituer un être participant en quelque mesure de sa nature morale, si le monde n'était qu'un ensemble immuable, inconscient et brutal, où la répartition du bonheur et du malheur ne fût en rien reliée et rattachée à une vie mentale et morale contenue en lui-même, et qui lui fut propre, la responsabilité du Créateur resterait entière, et on aurait le droit de lui demander compte des imperfections de l'œuvre, des lacunes qui la déparent et en particulier des douleurs physiques et morales qui couvrent si souvent d'un voile attristé les domaines même les plus élevés, ou les moins imparfaits de la nature.
Mais il est certes une conception plus heureuse, plus baute, plus vraie, plus conforme à la raison, plus fortifiante et plus consolante des relations de Celui qui a créé et de ce qui a été créé. C'est celle que j'ai à maintes reprises exposée dans le cours de ces Essais, et que je [)uis me borner ici à
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formuler en quelques mois pour en déduire les conséquences relatives à la responsabilité divine. La nature est la fdle du Créateur, le monde est né d'une parcelle détachée de l'énergie divine comme im germe appelé à évoluer dans une direction ascendante qui le rapproche du Père. Mais si Dieu est le père de l'univers dans toute la profondeur et dans toute la signification que comporte le lait d'une réelle paternité, l'enfant doit nécessairement recueillir le bénéfice des privilèges que Dieu a solidement attachés dans la nature au fait même de l'hérédité.
Le monde n'est donc pas ime masse inerte, indifférente, sans spontanéité et sans vie. Il y a en lui, comme dans tout embryon, les virtualités ou les rudiments des attributs qui caractérisent l'ascendant. Aussi le monde est-il un vaste organisme où se manifestent et s'épanouissent les mouvements et les qualités de la vie. Dans le monde il y a partout une mentalité plus ou moins humble ou brillante, une volonté, une pensée, une fin comme objectif d'une direction morale. Mais s'il y a tout cela, il y a donc aussi une liberté. « Le but de ce monde, a dit fort bien Renan, est le développement de l'esprit ; et la première condition du développement de l'esprit, c'est la liberté. » Et puisque nous ne pouvons douter de la réalité du développement de l'esprit, nous ne pouvons douter davantage de la présence de la liberté. Le monde, c'est-à-dire la nature, n'est donc point simplement un esclave, un instrument exécutant des ordres qu'il n'est pas plus capable de penser que de juger.
11 est une parcelle de l'énergie qui pense, qui sent et qui veut ; il a un idéal, et il aspire à le réaliser. Comme tout être appelé à évoluer, il n'est ni parfait, ni infaillible, mais il tend vers la perfection. Il veut, mais il talonne, il hésite, il se trompe, il s'essaie et il s'arrête, il avance, il recule, et ses progrès ne sont acquis qu'à travers des tâtonnements, des tentatives hésitantes, des erreurs, des déviations et des rectifications, des torsions et des redressements. De là des oscillations incessantes, de là des dispositions variables et de valeurs contraires ; de là, à côté d'actes heureux et louables, des actes et des conditions déplorables et funestes. De là
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rorrour à colé de la vérité, la justice côtoyant riiijustice, la ciuaiité manifestée près de la niiséricoi'de, l'égoïsme atroce alternant avec Taniour. S'eflbrçant vers l'idéal, éclairé par des lumières directrices insuffisantes, n'étant ni infaillible, ni parfait, mais étant capable de liberté, il ne saurait choisir toujoiu's le bon chemin, el il progresse tantôt dans la direction normale, tanlôt dans les voies tortueuses de Terreur et du mal. Comme Tliomme, qui en est pour ainsi dire la floraison terrestre, l'univers est une intelligence qui évolue, qui sort peu à peu des langes de Tenfance, et une volonté appelée ci se déterminer elle-même, parce qu'il y a en elle les privilèges et les périls de la liberté.
Aussi, comme l'homme qui en est Tépanouissement terrestre, la nature est-elle tantôt hésitante et timide, tantôt sujette à des élans imprudents et excessifs. Dominée au fond par les appels de Tidéal, qui est le perfectionnement de l'esprit à travers le développement de l'espèce minérale ou animée, à côté de nobles et magnifiques transports vers ce f[ui est meilleur, elle a des éblouissements qui l'égarent et la dévient, et si le plus souvent elle a droit à fadmiration, elle parait mériter parfois la réprobation et le mépris. La nature est donc un être relativement responsable, parce que le Créateur a placé devant elle un idéal à atteindre, et en elle une mesure suffisante de liberté et de volonté pour lui permettre cette œuvre capitale.
La marche évolutive de l'univers nous fournit donc une explication satisfaisante des incohérences et des contrastes déroutants qui se rencontrent dans la nature ; et les reproches adressés de ce chef au Créateur n'atteignent pas le vrai coupable. Ce n'est pas le Dieu créateur distinct de la nature qu'on pourrait logiquement rendre responsable des fautes et des erreurs de la nature ; mais il serait logique d'en accuser le Dieu du panthéisme, qui, confondu avec la nature, serait, s'il était capable de responsabilité, le véritable auteur et finspirateur des crimes qui déparent cette dernière.
Mais, dira-t-on, le Créateur n'eût-il pas pu épargner à la nature les luttes dont elle est le cluunp, et la placer dès le début dans une voie sûre el inoubliable qui la conduisît
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dircclemcnl vers ridcal ? Cctlc question i)eul donner lieu à bien des réflexions. Quelques-unes me suffiront. Et d'abord avons-nous le droit de juger la manière dont le Créateur a organisé l'évolulion de l'univers ? Que savons-nous qui nous permette d'apprécier les motifs qui ont inspiré la volonté divine et de soupçonner que telle ou telle manière de réaliser la création ou de disposer l'évolution eût été meilleure que telle autre ? Ce n'est certes pas trop faire que de convenir que sur ce point notre ignorance est à la hauteur de la gravité et de la difficulté du problème à résoudre.
Toutefois, nous pouvons proposer quelques considérations rationnelles qui sont de nature à disculper encore une fois le Créateur. Un monde parfait et infaillible, dès le jour de sa naissance, n'eût pas pu nécessairement être le lieu et l'objet de l'évolution. Mais ce n'est pas un être de prime abord parfait et infaillible que le Créateur a jugé bon de former. Son dessein s'est rapporté à une élaboration tenant une large place dans le déroulement des siècles et ayant pour fin dernière la perfection. Aussi a-t-il imposé à son œuvre le travail immense et prolongé de l'évolution.
Pourquoi le Créateur a-t-il imposé l'évolution comme processus de formation et d'organisation du monde ? Nous ne le savons pas et nous ne le saurons probablement pas. Sa volonté a certainement obéi à des raisons puissantes et sages. Toutefois, la science actuelle croit pouvoir affirmer que c'est par voie d'évolution que l'univers a acquis progressivement la majestueuse et puissante organisation que nous nous efforçons d'étudier et de connaître. Le germe et l'embryon du monde ont reçu certainement les virtualités dont l'épanouissement et l'activité étaient capables d'enfanter les merveilles futures, mais il ne pouvait être pour eux question d'une perfection qui devait être le fruit d'un très long labeur et l'œuvre d'un avenir colossalement prolongé.
Mais parmi les raisons qui ont déterminé la puissance et la sagesse suprêmes à imposer au monde le labeur d'une évolution perennc et laborieuse, il n'est peut-être pas défendu de placer la considération suivante qui nous semble posséder
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la valeur d'un molif supérioiir. Il pourrait se faire que la réalisation même de Tètre moral, de la personnalité morale, fin par excellence de Tunivers, ne fût possible que dans l'évolution et par l'évolution. Pour acquérir toute sa valeur, l'être moral devait, semble-t-il, avoir une large part de collaboration dans l'édification de lui-même et dans la construction de sa personnalité.
Si nous en jugeons (et il me semble que nous avons quelque droit de le faire) par les processus qui président actuellement à la constitution de la personnalité morale, l'être moral futur avait par la gymnastique de la lutte et de TefTort à développer et à perfectionner les virtualités qu'il tenait de son origine et à les transformer en puissances actives et en facultés caractérisées et supérieures. Il fallait surtout que, par des agrégations successives et, de plus en plus compréhensives, par des combinaisons et des coordinations harmonieuses, les groupements définis et individuels succédassent à l'indétermination et à la simplicité massive du germe total primitif, pour donner naissance à des individus et à des personnalités de plus en plus élevées. Il fallait que dans le labeur de l'évolution le germe unique fût morcelé en centres harmonisés et synergiques par le renforcement des liens intérieurs et par le relâchement relatif et proportionnel des attaches extérieures. C'étaient là les labeurs nécessaires à la conquête de l'autonomie et de la personnalité, terres promises de l'évolution ; et ces labeurs, semble-t-il bien, ne [)ouvaient être efficacement effectués que par le conquérant lui-même, c'est-à-dire parle monde créé. Il en est, en effet, des conquêtes intellectuelles, et surtout morales, comme de l'expérience (qui fait d'ailleurs partie de ces conquêtes) ; elles ne sauraient appartenir réellement qu'à celui qui a porté le poids de la lutte, qui a soullert des sacrifices qu'elle impose, et qui a rougi de son sang le chanq) de bataille.
C'est d'ailleurs là un processus si général dans la nature qu'il doit éveiller en nous cette conviction que son choix repose sur le discernement infaillible d'une sagesse incomparable. Cette évolution du grand univers ne se retrou ve-t-elle pas dans l'évolution de tous les êlres animés, et en particu-
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lier dans révolulion de rindnidii liiiiiiain, ce petit monde que l'on a plus de raisons que Ton ne croit de comparer au grand monde? Le germe de Thomme futur, impersonnel, et pour ainsi dire indéleriuiné tant qu'il reste comme une simple cellule attachée à l'organisme maternel, ne parvient à son dévelop[)ement et à sa suprême stature comme être terrestre, c'est-à-dire comme personnalité morale, qu'à travers un long labeur et une lutte sans trêve, où il doit conquérir lui-même ses parchemins et sa couronne. La constatation d'un fait si général, si universel et si sagement réglé dans la destinée du monde, me paraît de nature à nous dicter cette conclusion :
L'organisation de l'univers s'est opérée par la voie laborieuse de l'évolution parce que c'était pour lui le meilleur et peut-être l'unique mo^^en de réaliser sa fin, c'est-à-dire la libération et le perfectionnement de l'esprit par la constitution de la personnalité.
Cette conclusion s'accorde d'ailleurs exactement avec cette conviction intuitive, qu'il est de toute logique et de toute justice que l'impersonnel et l'indéterminable, pour acquérir l'autonomie personnelle, c'est-à-dire la liberté et la volonté, soit tenu de s'affirmer lui-même, comme sujet libre et volontaire. Or toute affirmation est un travail, et comme tel demande un eff'ort : et tout effort renouvelé équivaut à un labeur d'évolution.
Le développement de l'être moral, c'est-à-dire de la plus haute manifestation de l'esprit, exige plusieurs conditions nécessaires. L'être moral doit connaître l'idéal à réaliser. Cet idéal doit exercer sur lui une attraction réelle capable de développer en lui une vraie tendance, un désir positif. Mais il faut que l'être moral, sous peine de perdre son caractère, c'est-à-dire de devenir un instrument aveugle, soit libre d'obéir à cette tendance ou de lui résister. Et c'est l'usage même de cette liberté qui se produisant à des degrés très variés dans la marche évolutive de Tunivers et dans des conditions d'imperfection relative, à la clarté vacillante et matinale de lumières naissantes, c'est, dis-je, l'usage de cette liberté qui entraîne à la fois les oscillations, les tâtonne-
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iiicnts, les inccrlitiides et les cluites donl la iialmc n\'s\ (|iie trop souvent le théâtre. Mais s'il y a lieu d'être attristé de ce déficit considérable dans l'inventaire du bien et du bonheur, il y a aussi lieu de se consoler en considérant que c'est par la lutte et par l'effort qu'entraînent précisément les incertitudes et les difficultés de la voie, que la liberté se développe et se fortilie, que le mal moral est vaincu par la volonté, et que progresse l'élévation de l'univers.
Je ne crois pas me tromper en trouvant dans les considérations rationnelles qui précèdent des raisons de disculper le Créateur de tout ce qui dans la nature représente Tinjustice, la cruauté, le mal physique et le mal moral.
Et par là s'effondre l'objection sur laquelle s'appuie avec le plus de confiance et le plus d'assurance l'athéisme, et aussi sous laquelle succombent douloureusenient tant d'àmes avides d'une foi en un Dieu personnel, et aux yeux desquelles l'existence du mal dans le monde constitue un obstacle insurmontable. Non ! l'existence des formes nombreuses du mal n'implique point la négation de la personnalité divine et l'absence d'un Dieu de bonté et de justice, car non seulement Dieu n'est pas l'auteur du mal, mais il n'eût pu le supprimer qu'en supprimant la liberté, c'est-à-dire le caractère moral et la dignité du monde.
Mais d'un autre côté une part proportionnelle tout au moins cle ce qui correspond au bien, doit être inscrite à l'actif de Dieu dans les annales de la nature, puisque c'est lui qui a posé devant elle l'idéal moral, qui lui a insufllé le désir de l'atteindre et qui l'a pourvue des facultés mentales et morales (pensée, sensibilité, volonté et liberté) qui devaient constituer ses armes offensives et défensives dans cette grande lutte, où la nature était appelée à combattre pour la vie et pour l'honneur.
Dans les maux dont la nature est le théâtre, il faut donc voir l'imperfection et l'impuissance relatives de la nature luttant contre les obstacles qui ralentissent sa marche vers l'idéal. Mais on ne saurait les reprocher au Créateur pas plus qu'on n'a le droit de faire monter jusqu'à lui la respon-
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sabilité des crimes commis par les hommes. La nalnre est à sa manière et dans sa mesure un être moral et responsable ; et c'est ce qui fait en vérité sa grandeur et sa dignité.
C'est là un fait et une condition qui ne vont pas sans entraîner des conséquences douloureuses, mais dont au fond il faut se réjouir.
Le mal peut bien résulter, et il résulte en elîct parfois et trop souvent de l'usage de la liberté par un être imparfait et faillible ; mais s'il convient de s'attrister de ces conséquences malheureuses, il faut d'autre part se réjouir de ce qu'il y a dans la nature une vraie responsabilité morale qui est la meilleure garantie de sa capacité de s'élever par la volonté et par l'effort. C'est là une source intarissable et consolante d'espérance et de réconfort ; et l'on peut avec quelque raison y trouver la promesse du triomphe définitif (quoique relégué dans un bien lointain avenir) de l'être spirituel et moral, triomphe qui couronnera dignement la destinée du monde et de la nature.
Si j'ai dans cette préface introduit les considérations qui précèdent c'est qu'elles m'ont paru propres à manifester aux yeux du lecteur des Essais qui composent ce volume, l'état d'esprit dans lequel ils ont été écrits. Ils sortent de la plume d'un homme qui a appris à admirer et à aimer la nature et à être pour elle bienveillant et juste, parce que son étude lui a révélé des trésors de logique, de sagesse, de justice et de puissance qui lui paraissent avoir été bien injustement méconnus, et tout ensemble une dépense infatigable d'efforts et un déploiement merveilleux de vaillance et de bravoure dans la lutte pour une condition meilleure et pour la réalisation de l'idéal. Des observations et des réflexions que mon attention a recueillies il est résulté pour moi l'évidence dans la nature d'un principe animateur intelligent et libre, d'une mentalité humble ou éclatante, d'une idée directrice, tantôt discrète, tantôt puissante, et d'une tendance au service de laquelle agit une volonté soit inconsciente, soit consciente, qui réalise des fins utiles. Il m'a semblé rencontrer partout un grand effort, résultant d'une activité imma-
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nente clans la nature, et accumulant des actes et des résultats dont la fin est l'évolution progressive générale.
Ainsi sont nées les idées fondamentales qui dominent dans ces Essais et qui forment les liens de leur unité. Ces idées fondamentales peuvent être ainsi formulées :
Il y a dans la nature un idéal qui peut être défini le développement et le perfectionnement de l'esprit sous la forme d'individualités de plus en plus fortement constituées, de personnalités de plus en plus hautes.
Il y a dans la nature une tendance évidente à la poursuite et à la réalisation de cet idéal, et une volonté qui correspond à cette tendance.
Cette tendance évolutive constitue un sentiment d'obligation biologique immanent à la nature. L'eflbrt est la conséquence de cette tendance. Il représente l'activité déployée par la nature et la satisfaction donnée à celte volonté pour aboutir à la réalisation de l'idéal. L'effort est partout ; et il est le promoteur par excellence de l'évolution ascendante de r univers.
Cet idéal moral donné comme fin à la nature, les aspirations qu'il y a en elle de le réaliser et les puissances capables de satisfaire à ces aspirations, la nature les doit à son origine divine en ce sens qu'elle est précisément le résultat de l'évolution d'un germe détaché du Créateur, c'est-à-dire de la suprême sagesse et du suprême amour, comme parcelle de l'énergie divine.
Partout dans cette série d'Essais se retrouveront ces jalons directeurs, et c'est ce qui fera de leur ensemble et malgré la diversité des sujets, une œuvre cohérente et convergente.
Chacun de ces Essais est en effet un travail indépendant et qui peut être lu et étudié pour lui-même. Chacun a la prétention de se suffire. Aussi ne faudra-t-il pas s'étonner des répétitions et des citations réciproques que l'on pourra rencontrer en eux. Par là chaque Essaient devenu pour ainsi dire une étude complète et autonome ; mais les éléments communs ou similaires serviront de liaisons utiles entre les parties variées de l'ensemble.
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SI d^aillcurs ces Essais doivcnl pour se compléter avoir recours à des cilalions de leurs voisins et de leurs contemporains, ils feront appel également à leurs devanciers dont les principaux sont YEssai sur la i>ie et la morl\ V Essai sur l'immortalité au point de vue du naturalisme évolutiste^, des articles publiés dans la (j'iti(juc philosophi/jue du 3i décembre 1886 et 3i janvier 1S87 sur la Création, le Mcd physique, le Mal moral et la Mort, et d'autres Essais publiés dans diverses revues, dont quelques-uns ont été mis en tète de ce recueil, et auxquels on a tenu à conserver leur forme primitive.
J'aurais voulu y joindre un Essai sur Voriqinc. la nature et la destinée de rame, qui a fait le sujet d'une conférence à l'Association générale des étudiants de Montpellier. Le temps m'a manqué pour la rédiger, et j'ai dû réserver ce travail pour une publication future. Mais cette lacune est d'autant moins à regretter ici, que les idées et les conceptions développées dans cette conférence se retrouvent plus ou moins formulées et répandues dans VEssai sur l'immortalité et dans la plupart des Essais du présent volume.
Je ne saurais clore celte introduction sans demander au lecteur une dose suffisante de bienveillance pour un philosophe d'occasion, qui a tenté, peut-être à tort, de raisonner comme les vrais philosophes.
I . Armand Sabatier, Essai sur la vie et In mort (Bibliothèque évolulioniste, t. IV); Paris, Vigot frères, 1892.
3. Armand Salialicr, Essai sur VimmorlaliJé au point de vue (tu naturalisme évolutiste; Paris, Fischbachor, iSgô.