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DE L'ORIENTATION DE LA MÉTHODE EN É\ OLLTIONISME

La méthode générale de recherche pour les sciences d'observation ne saurait être foncièrement modifiée par l'adoption d'une conception théorique, d'une idée générale directrice, d'une hypothèse acceptée comme fd conducteur. Non, la méthode reste la même au fond, c'est toujours l'observation avec ses lois, avec ses conditions de rigueur, de discernement ; c'est toujours Fenregistrement de faits bien notés dans leurs conditions intrinsèques et extrinsèques, puis judicieusement comparés, rapprochés et réunis dans ce qu'ils présentent de semblable, séparés dans ce qui les distingue, et aboutissant, par voie légitime d'induction et de déduction, à des données plus générales, qui embrassent les faits semblables, et qui permettent de formuler soit des idées générales, soit ce que nous appelons des lois naturelles. Quelle que soit l'hypothèse directrice, quelle que soit la théorie admise par le chercheur, la méthode scientifique reste donc la même comme méthode, comme processus intellectuel ; mais ce qui peut et doit varier, et ce qui varie en effet sous l'influence d'une conception acceptée, c'est Torientation dans la recherche, c'est l'angle sous lequel les laits sont considérés, c'est l'ordre même attribué à ces faits, c'est leur caractère, c'est la signification et l'inipurlancc qu'on y attache. Cela est si vrai que, selon la conception scientifique à hupielle se rattachera l'observateur, il sera non seulement enclin, mais entraîné à

I. Revue de Mélajjhysiqiie et de Morale, l. III, n" i, janvier iSgS.

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ajouter grande importance à lel fait, à telle forme, à telle condition d'un fait, à tel caractère, à telle nuance, qu'un autre esprit, obéissant à des tendances di (Té rentes, considérera comme de faible valeur, ou comme d'une signilication négligeable. Mais non seulement la valeur des faits ou leur signi fication subiront, suivant la doctrine adoptée, des diflérences considérables d'appréciation ; mais l'influence du courant scientilîque pourra revêtir une importance autrement grande, et aller jusqu'à la méconnaissance complète de faits ou de caractères qui, dans des conditions de tendance contraire, seront jugés capables de servir à l'établissement d'une conviction scientifique.

Ce sont là des vérités que je n'ai pas la prétention de présenter ici comme entièrement inédites ; elles ont certainement attiré l'attention des hommes qui se préoccupent non seulement des faits considérés en eux-mêmes, mais encore de la marche des idées et du mécanisme qui préside à l'édification de la science. Il n'y aurait donc pas lieu d'y revenir, si l'introduction de l'évolutionisme dans le domaine scientifique n'avait fourni une occasion aussi brillante qu'opportune de réfléchir sur les modifications qu'un si remarc|uable changement dans l'orientation de la science devait amener, et a en effet amenées dans la méthode des recherches et dans les habitudes de travail des observateurs. Pour moi, qui ai, presque dès le début, considéré avec faveur cette conception nouvelle des rapports des choses, et qui ai eu, par suite, de très nombreuses occasions de croiser le fer avec des hommes hostiles (de très bonne foi d'ailleurs) à cette explication théorique de l'origine des formes et de leurs relations, j'ai toujours été frappé de la distance que l'adoption et le rejet de l'hypothèse évolutloniste établissaient dès l'abord entre les savants au point de vue de l'orientation imprimée à leur attention et à leur discernement.

Je vais sur ce sujet donner quelques éclaircissements.

Les naturalistes ont de très bonne heure éprouvé le besoin, et compris la nécessité de classer les objets de leurs études, et, pour cela, de les grouper d'après leurs ressemblances et de les séparer d'après leurs différences. Les caractères de

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