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CRÉATION — ROLES DE LA MATIÈRE — IMMORTALITÉ

Les considérations que j'ai présentées en laveur de la croyance à un Dieu transcendant, distinct de la création, ne suppriment certes pas la difïiculté résultant de la queslion de l'origine de Dieu ; mais cette difficulté ne constitue pas pour la transcendance une condition d'infériorité, puisqu'elle ne subsiste pas moins dans l'hypothèse de Timmanence.

Dans son discours sur le Monisme ", Féminent naturaliste d'Iéna a complaisamment allégé le monisme panthéiste de cette difficulté de l'origine de Dieu, pour en réserver le monopole à la croyance en un Dieu indépendant du monde et créateur. C'est là un procédé commode pour se débarrasser d'une question gênante et pour en jeter tout le poids sur l'adversaire. Mais on peut répondre à Haeckel que pour le Dieu du monisme aussi bien que pour celui du théisme peut se poser la question : ce Dieu d'oi^i vient-il ? Car aucun système ne peut se soustraire à la question insoluble pour nous, de l'origine première de l'être ; et peut être est-il moins difficile pour notre raison de concevoir que l'être parlait et tout puissant ait été sa propre cause, c'est-à-dire n'ait tenu Têtre que de lui-même, et ait été la cause des causes, que de reconnaître une telle puissance au Dieu rudimentaire et embryonnaire du monisme panthéiste.

Je ne sais si c'est une tendance, une impression qui me

I. Haeckel, Le Monisme, lien entre la reliijion et la science. Profession de foi d'un Naturaliste, traduction française ; Paris, Reiuwald,

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soient personnelles, mais l'éternité de l'être parfait, l'éternité de la pensée, de la volonté et de l'amour suprêmes, rencontre en moi moins d'objections que celle d'un rudiment indifférencié qui n'est le fils de rien. Le premier répond en moi à l'idée de l'être, de tout l'être, de l'être dans sa plénitude. Je puis concevoir que l'être même ait toujours été. On ne peut en effet demander à l'être même un commencement pas plus qu'au temps et à l'étendue. L'être a toujours été, car nous ne pouvons concevoir un temps où il n'était pas, et oii il n'y avait que le non-être. Au contraire l'éternité du germe, de l'embryon, qui n'ont ni antécédent, ni ascendant, cboque violemment mes conceptions de naturaliste, sans doute ; mais en outre elle me met en présence d'un non-être possible qui aurait précédé l'apparition de ce rudiment de l'être, c'est-à-dire d'une création dans le sens absolu du mot, à laquelle ma raison refuse d'adliérer. Cette seconde conception correspond en quelque sorte à un conséquent logique auquel l'antécédent fait défaut.

Dans la première conception au contraire, le consécpient est à lui-même son propre antécédent, car l'être absolu est à la fois antécédent et conséquent, il est le commencement qui n'a pas commencé, l'antécédent de tous les commencements.

Dans l'une et l'autre conception, on proclame Dieu éternel; on le dit la cause des causes ; il n'a pu être créé puisqu'il est la source de toutes choses et que rien ne l'a précédé. Dieu est au commencement de toutes choses. Mais le Dieu transcendant n'est pas astreint à une évolution progressive et n'a pas eu nécessairement le passé rudimentaire, le passé plein d'indétermination, passé de vie sourde et inconsciente qu'a dû subir le Dieu de Timmanence enchaîné à la vie de la matière dont il constitue le principe animateur, et dont il a nécessairement partagé les phases initiales pendant lesquelles l'univers matériel se trouvait plongé dans l'homogène et dans l'indifférent. Le Dieu de la transcendance a été Dieu, c'està-dire l'être personnel puissant et infini, de toute éternité. Il ne peut être expliqué ; mais sa conception n'est pas contradictoire de l'idée d'infini, de puissance, de sagesse, de volonté, de justice, tandis que le Dieu du monisme évolu-

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tionniste a été pendant des périodes incalculables du passé, et reste encore dans une certaine mesure, sourd, aveugle, insensible, inconscient el impulsif. Il a agi presque comme en état d'hypnose ou de subconscience, et a obéi à TimpulsiC et à rinstinctif plutôt cpi'à la raison. Il ne sera jamais entièrement autre, puisqu'il est éternel, et éternellement appelé à évoluer vers Fidéal. C'est un Dieu d'aspirations et d'espélanccs, plutôt qu'un Dieu de certitudes et de réalités. Le Dieu de la transcendance a été ce qu'il est de toute éternité; il a toujours eu en lui la dignité divine dans toute sa plénitude. 11 a été capable de concevoir l'univers et de le créer. 11 représente vraiment un commencement, un être initial ; il sufîit pleinement à l'idée de cause ; il est un point de départ rationnel pour la création. Il est l'être, l'être proprement dit, et il a eu comme tel toutes les facultés et toutes les puissances de l'être. Il a été et il est éternellement pensée, conscience, sensibité, volonté. Il a pu vouloir et exécuter une œuvre bien ordonnée et grandiose suivant de sages desseins. Source infinie d'énergie, il a pu détacher de lui une somme d'énergie destinée à former le germe de l'univers. A ce germe qui avait participé de son éternité tant qu'il faisait partie de luimême, il a ordonné de s'élever par degrés de l'état rudimentaire et imparfait à l'état de plus en plus supérieur et parfait. A ce germe d'essence éternelle comme lui, il a donné cependant un commencement, qui a été le moment où, le détachant de lui-même, il lui a imposé une forme, une figure. Ce germe, d'abord pure énergie, il l'a en effet revêtu d'une forme ; et cette forme, c'est la matière ; et ce germe est ainsi devenu univers sensible, c'est-à-dire énergie capable d'être sentie (lumière, chaleur, magnétisme, électricité, gravitation, etc.).

Il est bon de remarquer en eil'et que le Créateur étant esprit, étant pensée, volonté, sensibilité, conscience, avait devant lui un germe dans lequel ces attributs et ces facultés étaient pour la plupart, soit en puissance, soit à l'état de rudiments diffus et impersonnels. Ln entretien entre le Dieu personnel et conscient, et ce rudiment impersonnel et inconscient, ne pouvait répondre efficacement au besoin d'aimer inhérent à

la nature divine, et ne pouvant être satisfait que dans l'amour du semblable. L'œuvre divine devait donc avoir pour dessein de placer ce germe dans des conditions telles qu'il put réaliser et épanouir ses virtualités originelles et devenir semblable à Dieu.

En revêtant l'énergie d'une forme sensible, le Créateur a satisfait aux conditions essentielles des relations qu'il voulait établir entre Lui et la créature. Le germe de l'univers, esprit pur, ou énergie pure comme l'être suprême dont il émanait, ne pouvait rester vis-à-vis du Créateur distinct et autonome. Encore impersonnel, sans détermination, il ne serait pas resté séparé de Dieu, et aurait immédiatement fait retour à sa source première pour se dissoudre dans son sein. C'est là une affirmation dont l'observation psychologique démontre la justesse.

On ne peut nier, en effet, que lésâmes, même constituées en faisceaux, en systèmes personnels à cohésion plus ou moins puissante, ne soient susceptibles de pénétration réciproque, et que malgré les délimitations corporelles et les liens de la personnalité, elles ne présentent parfois l'image d'une pénétration, d'une communion, d'une fusion même qui aboutiraient fatalement à l'unité, si les délimitations matérielles n'y mettaient obstacles. Mais le germe spirituel qu'on a le droit de considérer comme privé encore des effets du travail évolutif destiné à le délimiter, à le morceler, à le disposer en faisceaux, en systèmes doués d'une force de cohésion suffisante, à le différencier en un mot sous une figure ou forme spéciale, n'eût point été capable de maintenir entre lui et la source suprême dont il avait été une partie, le plan de séparation destiné à perpétuer son indépendance et fût immédiatement redevenu partie intégrante de cette dernière. La créature restée proprement spirituelle, serait immédiatement revenue à sa source première, car logiquement tout l'y invitait, penchants et aptitudes, et elle n'eût pas acquis l'autonomie cjui devait lui permettre de constituer des personnalités.

La forme matière, dont Dieu a revêtu ce germe spirituel, a établi et maintenu entre le Créateur, énergie pure, et la

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créature, énergie figurée, la distinction nécessaire, et a permis à celle ci de parcourir toutes les phases d'une évolution qui devait la ramener à Tétat d'esprit pur, mais sous la formo dégroupements ou systèmes d'énergie, savamment et solidement liés, capables par cela même de résister à la désagrégation et à la dissolution.

La forme matérielle a donc joué un premier rôle indispensable ; car elle a séparé et distingué la créature du Créateur, et a maintenu son aulotioniic l']||c lui a permis d'être vis à-vis de Dieu, un être ca[)able de devenir relativement semblable à Dieu, mais autre rpie Dieu: elle a permis, au sein de la création, la constitution de la personnalité psychique, image extrêmement réduite de la personnalité divine. Mais, en outre, la créature étant ainsi maintenue par sa forme matérielle, distincte et relativement indépendante visà-vis de Dieu, devait répondre à des conditions spéciales conformes au but que lui imposaient la nature et la volonté du Créateur. Dieu étant activité et amour devait trouver dans la créature un champ d'activité et un objet à aimer. La forme matérielle a permis de réaliser cette double condition. Les longues étapes qu'à du parcourir le germe de l'univers daiis son ascension évolutive ont, en eflet, constitué pour le Créateur des occasions sans cesse renouvelées d'agir et d'aimer.

L'esprit, devenu figuré sous forme des manifestations si diverses de l'énergie, a eu à vaincre les résistances matérielles qui ont modéré et réglé sa marche vers l'état divin ; la forme a multiplié les obstacles et les résistances ; elle a été une possibilité et une occasion constantes de frottements qui ont pour ainsi dire façonné, poli et alfmé l'énergie, et l'ont ramenée peu à peu à l'état d'esprit et d'esprit personnel.

La matière, forme de l'énergie et de l'esprit, a donc servi à la marche évolutive de frein modérateur et de frein nécessaire : car si elle a ralenti la marche et les progrès de l'esprit, elle les a du moins assurés et régularisés. La résistance a inqiosé à l'esprit l'obligation de l'elïort; et c'est par l'effort continu, incessant, opiniâtre, que l'esprit a conquis sa suprématie et gravi les sommets. C'est l'elforl tantôt conscient,

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ôôc' rini.osopiiiE DE I- F.i roirr

lantol inconscient ou plus justement subconscient, qui a engendré les tàlonnemenls et les variations qui ont permis et préparé les transformations heureuses ou uiallieureuses. C'est encore FelTort (jui a donné au\ variations heureuses la persistance et la victoire ; cVst Teflort aussi qui a trionqilié des causes de stationnement et de recul, des déviations et des perturbations. C'est par la gymnastique de l'efTort, en un mot, que l'esprit fortifié et organisé s'est soumis la forme matérielle, qu'il l'a façonnée de manière à transformer de plus en auxiliaire cette forme qui s'était présentée d'abord comme un obstacle et un danger. ^

La matière a donc reculé Téchéance du triomphe imposé comme but à la marche évolutive, et a donné forcément au cycle évolutif une durée considérable qui fît de lui une haction notable de l'éternité. On a dit de Dieu qu'il était patient parce qu'il était éternel. Dans l'œuvre créatrice, la patience du Créateur, c'est-à-dire la durée qu'il a voulue pour l'évolution de la créature, doit être regardée comm/un acte de sagesse et de prévoyance. Quoique Dieu soit éternel, et quoiqu'on veuille systématiquement le placer en dehors du temps, et anéantir pour lui la durée, l'histoire de l'univers, hisioire conçue et voulue par Dieu démontre sulïisamment que la puissance de Dieu tient compte du temps et de la durée, et qu'ils entrent comme condition et comme facteur de son œuvre.

C'est par l'efTort que l'esprit s'est concentré sous forme de groupements ou faisceaux psychiques, dont les éléments, reliés et coordonnés, ont constitué les individualités psychiques et les personnalités conscientes. C'est dans ce but et pour cette fin, que, par l'effort encore, l'esprit a perfectionné sa forme matérielle de manière à en faire YcchafaudaijC et l'instrument de Taccunudation et de la coordination de l'esprit en groupements ou systèiues de divers ordres, depuis les mentalités inférieures et rudimentaires jusqu'aux personnalités les plus élevées, jusqu'aux âmes ayant atteint une cohésion suffisante et des liaisons assez puissantes pour les défendre contre la dissolution et leur conserver l'immortahté personnelle, alors même qu'elles seraient finalement recueil-

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lies dans le sein de Dieu. Car si le germe jniniitir, restant esprit pur, énergie pure, se lut fatalement fondu dans la source su[)rrme de rèlre et de Tesjjril, parce qu'il «'lait non délcrminé, sans dillerenciation et sans cohésion spéciales capables d'assurer son indépendance et sa durée; il n'en est certes pas de même des Ames (pii produites par le long travail évolutif de l'univers et a^ant acquis dans ce fructueux labeur la cobésion beureuse de leurs éléments, se sont mises ainsi à Tabri de la désagrégation cl de la mort. Ces âmes, formées d'une essence di\ine, l'espril, et devenues personnalités divines par la solidité et Ibarmonie de leur structure, |)euvent subsister dans la société et la communion de l'àme divine. Il peut y avoir et il y a certainement entre elles et Dieu, communion et pénétration. Puisqu'il y a harmonie de pensée, de volonté, de sentiment, on doit logiquement penser qu'il y a entre elles et Dieu communion et pénétration sans (|u'elles trouvent dans le sein du Créateur absorption complète et dissolution.

Sur cette inunortalité des âmes conditionnées par leuiévo- I 11 lion normale en faisceau.v ou en systèmes reliés par de solides éléments de cobésion dus au travail de l'elTort, je me suis suUisamment expliqué dans mon Essai sur rimniortalité au point de vue du inatérialisine eoolulionisLe ' et je m'abstientlrai d\ revenir longuement ici. Sans m'étendre sur cette doctrine, qui a certainement pour elle des raisons d'ordre intellectuel et d'ordre moral qui ne le cèdent en rien à celles sur lesquelles s'appuient les conceptions du monisme panthéiste, je veux seulement formuler en quelques lignes ma conception de V immorlalilé acquise.

L'immortalité n'appartient, selon moi, qu'aux édifices spirituels, qu'aux systèmes de forces psychiques qui ont acquis par l'eflort, par le labeur, un degré sulTisant de cobésion et de coordination harmonieuse qui les élève à la dignité de personnalités immortelles.

Par cette édification d(^ la personnalité, l'esprit s'est

I. A. Salialicr, Es&ai sur VlininorlalUé un iiolnl île vue du naturalisme évoluliciiiste ; Paris, Fischbaclier, i8tj5.

[\\o IMIlI.OSnplIlK DE L EFFORT

;ip[)ii}é sur la l'orme malériellc qu'elle a perfectionnée sous l'orme de corps organisés. Or, ces derniers sont proprement des accumulateurs et des organisateurs de Ténergie ou de l'esprit. La forme matérielle s'élevant de l'état de matière brute à l'état de protoplasme, et donnant à certaines portions de celui-ci, l'état de substance nerveuse et d'éléments nerveux, a constitué par là un échafaiiflorje sur lequel se sont groupés et cimentés, dans un ordre remarquable, les éléments psycbiques diffus répandus parlout comme énergie organisatrice générale de l'univers. J'emploie volontiers ce ternie d'écliafaudage, car, comme comparaison et comme représentation, il répond, selon moi, mieux que tout autre, à une conception logique de l'immortalité de l'être spirituel après la disparition ou la dislocation de la structure organique qui a servi de point d'appui à la construction de la personn^ilité psycbique. L'Ame personnelle peut, en effet, être comprise comme im groupement savant de pierres convenablement taillées et savamment agencées, de manière à fournir les unes aux autres des conditions d'appui et de solidité qui assurent la perpétuité de l'édifice. C'est une voûte où les règles de la géométrie et de la dynamique ont trouvé une si parfaite application, qu'une fois tous les éléments mis en place, le soutien passager et grossier qui constituait la cliarpcnle peut être disloqué et supprimé, non seulement sans cnlrainer l'écroulement de la voûte, mais en laissant à celle-ci plus de solidité, plus de légèreté et plus d'indépendance. Retrancber en effet l'appui artificiel qui avail une part dans la sormnc des frottements et des pressions des pierres de l'édifice, c'est permettre à ces dernières de prendre des contacts réciproques plus étendus, plus directs, des relations plus étroites et plus précises, et c'est donner aux forces qui assurent leurs situations respectives une application plus directe et un effet plus assuré. Ainsi l'àme personnelle, dégagée de l'échalaudage organique sur lequel elle s'est appuiée et édifiée, peut-elle braver le temps et entrer dans l'immortalité, car elle est faite d'éléments indestructibles, rapprocbés et disposés conformément à une géométrie supérieure, et cimentés par la volonté et et l'effurt.

cnKvnoN — uotES nr. \,\ m\tii;he — imm^u r\r,rn; ,V| i

Mais on conroil iinssi qno r.Miic clic/ laf|iicllc rdiuil u ûlû insullisanl pour élever à la l'ois un échafaudage savant et une voùle impeccable, i)uissent, conuue tout édifice imparfait, subir les atteintes du temps, et s'elïbndier dans la dislocation et la dissolution.

Ainsi donc la malière, forme ou fi^Mue de Ténergie, a fait de la création un é(re dislinct' de Dieu, uni à lui par des liens filiaux, et objet de sa dileclidn et de son activilé paternelle. La tendance, la volonté de la ciéature d'obéir à la voix de riiérétlité et à l'impulsion de l'atavisme et de revenir vers la source de l'énergie par une évolution ascendante, a donc pu se réaliser progressivement dans le cours des temps, jusqu'à ce que la créature émanci[)ée de la forme matérielle et devenue personnalité consciente et immortelle regagnât le sein de TÈtre éternel. Et en attendant, la matière ou forme de l'esprit aura permis à l'altruisme divin de se manifester et de se satisfaire jiendant une période de l'éternité assez longue pour représenter une vibration du rythme de la vie de l'univers. On peut croire en efîet que cette vibration répondant au cycle vital d'une création a été précédée et sera rythmiquenient suivie de vibrations semblables, vouées à la même destinée et répondant à la même lin, car Dieu étant éternel, son activité et son amour le sont également, et ne sauraient rester sans objet.

Ainsi donc, l'Ame, conscience morale pure, le faisceau [)eisonnel émancipé de la forme matérielle, mais assez solidement et harmoniquement constitué pour résister à la désagrégation, semble appelé à clore le cycle de son évolution par un retour dans le sein de l'esprit suprême du Dieu créateur d'oi^i elle a été tirée.

Mais dans ce rapprochement complet de la créature et du Créateur, ce dernier reste la puissance et la volonté infinies vis-à-vis de la puissance et de la volonté finies dévolues à la créature. \ous pouvons croire, et cela importe beaucoup, (|ue les Ames ne sont pas anéanties, et comme ensevelies et dissoutes dans l'infini divin. Comme le dit Spinoza ce sont des êtres véritables, et elles ne se perdent pas dans TAnie divine, parce cpie chacune d'elles y conserve le caractère

3/|îi PHILOSOPHIE DE l'effort

|)n»i>io (|ii(' lui a acquis le travail de sa propre volonté. On ne eoniiireiiilrait pas, en ellel, qu'une œuvre si considérable, appliquée à construire ces édifices spirituels, aboutit à un anéanlissenient complet. Ce serait là un couronnement indifrne de l'activité divine imprimée à révolution, et on serait en droit de ne pas y reconnaître l'œuvre delà suprême sagesse. Toutefois, dans cette pénétration profonde et intime de ràmc créatrice et de Tàme créée, les sentiments, les ^ol(llltés, les activités se rencontrent dans une })arlaitc barinonic : et la ciéatviK', avant atteint Tapogée de son évolulioi), iTa plus un aussi impérieux besoin du concours du Créateur, car entre lui et elle Tabîme moral est comblé ; et Dieu, n'ayant plus devant lui qu'un être à aimer, doit trouver un cluinq) nouveau à son activité. Il le trouve dans une création et une évolution nouvelles.

\ ceux qui jugeront ces pensées téméraires et arbitraires, je répondrai en les plaçant en Oice de l'éternité. Si l'insecte ('pliémère ne peut rien préjuger des longues années de la vie de l'bomme, ce dernier se distingue de l'insecte fugace, en ce que sa pensée peut sélancer à toute volée dans l'espace et dans le temps; ses conceptions, dépassant le présent et les limites de sa perception sensible, peuvent bien ne pas ren contrer la réalité ; mais tout au moins sont-elles légitimes ; car ce qu'il nous esl doiuii' de voir est une partie si imperceptible de la durée et de l'espace, qu'il ne saurait s'imposer à notre esprit comme répondant à la stabilité et à la permanence absolues, et comme probibant les envolées de la faculté d'imaginer et de prévoir des pbases nouvelles dans le déroulement de l'éternité.

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