‹ Philosophie de l'expérience [microform]Chapitre 9 sur 58 · L*IDÉALISME MONISTE · texte numérisé non relu

L*IDÉALISME MONISTE

qu'ils ont occupé une chaire de philosophie dans la plupart des universités du royaume. Il n'est pas jusqu'aux adversaires attitrés de l'idéalisme qui ne soient, en majorité, des idéalistes à leur façon. Et quand ils ne le sont pas, ils s'occupent en général de réfuter l'idéalisme plutôt que de construire une théorie qui vaille mieux. A raison de la situation que leur confère leur autorité académique, — cette raison fût-elle la seule, — l'idéalisme exerce une influence, qu'il serait difficile de mesurer, sur la jeunesse de notre pays, — c'est-àdire sur ceux que les facilités dont ils jouissent par leur éducation appellent naturellement à devenir les guides de ce pays pour la pensée et pour l'action... Si malaisé qu'il soit de mesurer les forces en jeu..., on ne saurait guère nier que le rôle joué par Bentham et par Fécole utilitaire a, que ce soit un bien ou que ce soit un mal, passé aux mains des idéalistes... »

(( L'eau du Rhin a pénétré dans la Tamise ! — tel est le cri d'alarme poussé par M. Hobhouse. Cette eau, c'est Carlyle qui Ta fait pénétrer en l'amenant jusqu'à Chelsea. Ensuite Jowett et Thomas Hill Green, William Wallace, et Lewis Nettleship, et Arnold Toynbee, et David Ritchie, — pour ne nommer que les maîtres dont la voix est maintenant silencieuse, — ont guidé les flots de manière à leur faire atteindre cette partie supérieure c\)nnue sous le nom local d'Isis. John

et Edward Caird leur ont fait remonter la Glyde; Hutchison Stirling, le Firth de Forth. Ces flots ont rencontré la Mersey, remonté la Severn, remonté la Dee et le Don. Elles contaminent la baie de Saint-André et grossissent les eaux du Cam; elles se sont, n'importe comment, insinuées par voie de terrejusque dans Birmingham. Le courant de l'idéaisme allemand s'est répandu d'un bout à l'autre du monde universitaire de la Grande- Bretagne. C'est un désastre universel! »

Évidemment, si le poids de l'autorité était tout, la vérité de l'absolutisme serait ainsi définitivement établie. Mais considérons d'abord la manière générale dont cette philosophie argumente.

Telle que je la comprends, son moyen favori de combattre le pluralisme et l'empirisme est une réduction à l'absurde, construite à peu près de la manière suivante. Vous prétendez, dit-elle au pluraliste, que les choses, quoique liées à certains égards, sont, à d'autres égards, indépendantes, de sorte qu'elles ne sont pas les éléments d'un seul et unique fait individuel qui embrasserait tout. Eh bien ! votre position est absurde sur l'un et l'autre point. Admettez en fait le plus faible degré d'indépendance, et vous verrez, pour peu que vous y songiez attentivement, que vous devrez en admettre un degré de plus en plus élevé, si bien qu'il finit par ne plus vous rester dans les mains qu'un absolu chaos, ou qu'il ne vous reste plus

L IDEALISME MONISTB

qu'à reconnaître l'impossibilité d'un lien quel conque entre les parties de l'univers. Admettez, d'un autre côté, le plus faible minimum initial de relation entre deux choses quelconques; et, de nouveau, il vous est impossible de vous arrêter jusqu'à ce que vous reconnaissiez que l'unité absolue de toutes choses s'y trouve impliquée.

Si nous commençons par cette seconde réduction à l'absurde, nous en trouvons un bon spécimen dans la preuve bien connue qu'en faveur du monisme, Lolze tire du fait d'une interaction entre les choses finies. Supposez, dit Lotze, que plusieurs êtres distincts a, b, c, etc., existent indépendamment l'un de l'autre : est-ce que, en pareil cas, a peut' jamais agir sur b?

Qu'est-ce qu'agir? N'est-ce pas exercer une influence? Est-ce que l'influence se détache de a pour aller trouver ô? S'il en est ainsi, c'est là ua troisième fait, et la question n'est pas de savoir comment a agit, mais comment son influence agit sur b. Est-ce, peut-être, par une autre influence? Mais comment la série des influences finit-elle par rencontrer b plutôt que c, sinon parce que b se trouve, d'une manière ou d'une autre, préfiguré d'abord dans la série? Et quand ces influences ont rencontré b, comment se fait-il que b y réponde, si b n'a rien de commun avec elles? Pourquoi ne passent-elles point par b directement ? Le changement qui s'effectue en b est une réponse, due à la

capacité pour b de subir l'influence de a; et voilà encore qui semble prouver que la nature de b est, d'une façon ou d'une autre, adaptée d'avance à la

nature de a.

Bref, a et 6 ne sont pas réellement aussi distincts que nous l'avions supposé d'abord; ils ne sont pas j séparés par un vide. Autrement, ils seraient im-i pénétrables l'un pour l'autre, ou du moins n'auraient entre eux aucun rapport. Ils formeraient deux univers, dont chacun vivrait isolément, sans que de Tun résultât une difTérence pour l'autre, et sans que l'un reçût rien de l'autre, à peu près de même que l'univers dont vous rêvez en plein jour ne reçoit rien de ma rêverie à moi. Ainsi, a et b doivent être liés par avance, être déjà impliqués l'un dans l'autre, et ils doivent, par leur nature, se rapporter l'un à l'autre dès l'origine.

Voici comment Lotze résout le problème. Les choses multiples et indépendantes que l'on suppose ne peuvent pas être réelles sous cette forme; mais il faut les regarder toutes, si une action réciproque doit être possible entre elles, comme les parties d'un seul être réel, M. Le pluralisme, par lequel notre conception avait commencé, doit faire place à un monisme ; et l'interaction transitive étant inintelligible comme telle, doit se comprendre comme une opération immanente*.

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