Mctaphysic, sec. 69 sq
l'idéalisme MONISTE
Les mots opération immanente semblent signifier ici que l'être réel unique, M, duquel a et ô font partie, est la seule chose qui change, et que, quand elle vient à changer, elle change tout de suite intérieurement et de fond en comble. Par conséquent, quand la partie a change, la partie b doit changer aussi; mais sans le changement du tout M, rien ne changerait ni en a ni en b.
Démonstration élégante, mais purement verbale, j'en ai peur. Appelez distincts votre a et votre ô, l'interaction est impossible; appelez-les un, elle devient possible. Pris abstraitement et sans aucun qualificatif, les mots distinct et indépendant ne suggèrent, en efi'et, qu'un manque de liaison. Si c'est bien là la seule propriété de votre a et de votre 6, — comme c'est bien la seule qu'implique votre façon de parler, — alors, puisque vous ne pouvez pas, de cette propriété, déduire leur influence réciproque, vous ne pouvez trouver aucune raison pour expliquer qu'un changement se produise en eux. Votre simple mot séparé, contredisant votre simple mot joint, semble exclure tout lien.
Le remède trouvé par Lotze à l'impossibilité ainsi constatée verbalement, est de remplacer le premier de ces deux mots. Si, au lieu d'appeler indépendants a et 6, nous les appelons maintenant mterdépendants, unis, ou si nous disons qu'ils ne font qu'w77, dif-il, ces derniers mois ne seront en
contradiction avec l'idée d'aucune espèce d'influence mutuelle. Si a et 6 sont « un ^) et que cet « un » change, il faut évidemment qu'un changement corrélatif se fasse en a et en 6. Ce qu'ils ne pouvaient faire sous le premier nom, il leur est maintenant permis de le faire sous ce nom nouveau. Mais, moi, je vous demande si le fait d'appeler « un » le « plusieurs » primitif, nous fait réellement un peu mieux comprendre la manière dont s'effectue l'interaction. Nous avons maintenant donné à ces « plusieurs » la permission de changer tous ensemble, s'ils le peuvent-, nous avons écarté une impossibilité verbale en lui substituant une possibilité verbale; mais le nouveau nom, la possibilité qu'il suggère, ne nous dit rien du processus réel par lequel les choses réelles, qui font cet « un », peuvent changer et changent en effet, à un degré quelconque. En fait, l'unité abstraite comme telle ne change pas, et elle n'a point de parties, -— pas plus que l'indépendance abstraite comme telle ne connaît aucune interaction. Mais alors, ni l'unité abstraite ni Tindépendance abstraite n'existe : seules existent des choses réelles et concrètes qui, à ces qualités, en ajoutent d'autres qu'elles possèdent en propre pour parfaire ce que nous appelons leur nature totale. Interpréter n'importe lequel de leurs noms abstraits, comme rendant impossible cette nature totale des choses, c'est faire un mauvais usage de l'opération qui
PHILOSOPHIE DE L*EXPÉRIENCB
consiste à nommer. Le vrai moyen d'échapper aux conséquences abstraites d'un certain nom, n'est pas de se jeter sur un nom opposé, également abstrait; mais plutôt de corriger le premier par des adjectifs qualificatifs qui restituent quelque chose de concret au terme en question.
Ne prenez donc pas votre « indépendance » simpliciter, c'est-à-dire dans le sens le plus abstrait de ce mot, comme le fait Lotze : prenez-la secundum quid, c'est-à-dire en déterminant la compréhension de ce terme. C'est seulement quand nous savons en quoi consiste, au sens littéral du mot et au point de vue concret, le processus d'interaction, que nous pouvons dire si une interaction est possible ou non pour - des êtres indépendants à certains égards et d'une manière définie, — distincts, par exemple, quanta leur origine; séparés quant au lieu ; difi'érents quant à l'espèce, etc.
Considérer un nom comme excluant du fait nommé ce que la définition de ce nom n'est pas susceptible de renfermer positivement, c'est ce que j' appelle un « intellectualisme vicieux ». Je reviendrai plus tard sur cet intellectualisme; mais je ne crois guère possible de ne pas admettre que l'argumentation de Lotze en est infectée. On pourrait tout aussi bien prétendre, — pour me servir d'un exemple fourni par Sigvvart, — qu'un homme, une fois appelé un « cavalier », est par là même rendu pour jamais incapable ^d'aller à pied!
l'idéalisme moniste 5*
Il me semble que je devrais presque m'excuser de discuter des arguments si subtils, dans des leçons aussi rapides que celles-ci. La discussion est forcément abstraite comme les arguments, et, en mettant en lumière leur manque de réalité, elle prend elle-même un air d'une telle irréalité qu'un auditeur non habitué à l'atmosphère intellectualiste ne sait plus de quel côté diriger ses accusations. « Mais le vin est versé : il faut le boire » S et je dois citer encore deux exemples avant de m'arrêter.
Si nous sommes empiristes, et si nous allons des parties aux touts, nous croyons que les êtres peuvent d'abord exister, se nourrir, pour ainsi dire, de leur propre substance, et n'arriver que subsidiairement à se connaître les uns les autres. Mais les philosophes de l'absolu nous disent qu'une telle indépendance d'un être à l'égard de celui qui le connaît, désintégrerait l'univers, si elle était admise, au point de détruire pour lui tout espoir d'amélioration. Cet argument est une des preuves que le professeur Royce invoque, pour affirmer que la seule alternative que nous ayons, est de choisir entre la complète séparation de toutes choses et leur complète union dans VUn absolu.
Prenez, par exemple, le proverbe anglais : « un chat regarde bien un roi », et adoptez la conception