‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 120 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quest-ce que le climat? quel influence a-t-il sur l'ensemble de l'homme, sur l'âme, sur le corps?

Les deux points- les plus fixes de notre globe sont les pôles ; sans eux la rotation, la sphère elle-même étaient impossibles. Si nous connaissions la genèse des pôles et Tinfluence du magnétisme terrestre sur les divers corps, n'aurions-nous pas trouvé ainsi la marche fondamentale, suivie par la nature, pour la formation des êtres au moyen des forces diverses ? Comme, malgré de belles et nombreuses recherches (1), nous ne possédons encore que peu de notions à cet égard, nous ne pouvons prendre pour point de départ des climats, la région polaire. Peut-être qu'un jour le magnétisme nous présentera dans le domaine des forces physiques, le même phénomène qu'il nous offre déjà sur terre et sur mer.

La rotation de notre globe sur lui-même et autour du soleil nous indique déjà une première division des climats ; mais ici encore l'application de principes généraux est trompeuse et

(1) Brngmdinn, Sur le magnétisme f p. 24-31.

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très difficile. La division en zones des anciens n*a pas été con* firmëe par la découverte de nouvelles terres ; considérée au point de vue physique elle n'avait été bâtie que sur Tignorance de ces terres. Même observation sur la température élevée ou basse, calculée d*après la quantité et Tinclinaison des rayons solaires. En mathématique les observations ont été soigneusement faites ; mais le mathématicien lui-même avouerait qu*on abuse de ses observations si l'historien philosophe du genre humain adoptait ces règles sans exception (1). Ici le voisinage de la mer, là les vents, ici le niveau bas ou élevé du pays, dans un quatrième endroit la présence des montagnes , enfin dans un autre les pluies et les émanations apportent à la règle générale des modifications telles que souvent deux endroits qui se touchent présentent les climats les plus opposés. Du reste, des observations récentes démontrent que chaque être absorbe et renvoie la chaleur d'après un mode spécial , et môme, que plus ht structure d'un être devient organique, et plus sa force intérieure est grande, plus aussi ce corps a de force pour produire relativement du froid ou de la chaleur (2). La vieille proposition, que l'homme ne pourrait vivre que dans un climat doni la température ne surpasse pas celle du sang, est démentie par Texpérience. Les nouveaux systèmes par contre sur l'origine et l'action de la chaleur animale sont tellement loin de la per*fection qu'on ne peut encore penser à une climatalogie physique de l'homme, sans parler, bien entendu, de la puissance de l'âme et de l'emploi de ses forces. Personne n'ignore que la chaleur étend et amollit les fibres , qu'elle dilate la sève et

(1) Ksestner, Sur la méthode de HaUey pour calculer la chaleur. Magasin de Hambourg, p. 4Î9.

(2) Grell, Expériences sur la facuUé qu'ont les plantes et les animaux de produire et d'absorber la chdlewr. Helmst., 1778. Grawfbrâ, l^ériences sur la fmsuUé que po^sédmt ks animaux de produire du froid, Philosophtoal transactions, vol. 71, p. 2, XXXI.

3S8 PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE.

l'oblige à se répandre , qu'elle peut avec le temps rendre même les parties solides plus paresseuses et plus molles, etc.; la loi générale demeure certaine (1) ; elle a donné la solution de plusieurs beaux phénomènes physiologiques (2). Quant aux conséquences générales que Ton a voulu tirer de ce principe unique ou même d'une de ses parties, comme du relâchement fibreux ou de la transpiration, pour les appliquer à des peuples entiers, et même à ce qui est évidemment le produit de la société et de l'âme humaine, plus l'esprit qui les signalait était fort et systématique plus elles étaient audacieuses et hasardées. Elles se réfutent pied à pied par des exemples tirés de l'histoire ou ou même de la physiologie, car il y a toujours trop de forces et souvent des forces diverses qui opèrent en même temps. On â même reproché au grand Montesquieu d'avoir fondé la partie de son Esprit des lois qui a rapport au climat, sur des expériences trompeuses faites sur une langue de mouton. Certainement nous sommes une argile flexible dans la main des climats ; mais celle-ci opère de tant de façons, les lois qui modifient son action sont si nombreuses , que peut-être le génie seul de l'humanité pourrait faire connaître la loi uniforme qui règle toutes ces forces.

Ce n'est pas seulement le froid et le chaud de l'atmosphère qui influent sur nous ; celle-ci, d'après les observations nouvelles, contient encore un grand nombre d'autres forces qui influent sur nous en bien ou en mal. C'est là que s'agite le courant électrique, cette puissance dont l'origine et les effets sont encore si obscurs pour nous ; ses lois nous sont encore tout à fait inconnues de même que son action et son influence sur le corps humain. Nous vivons par l'aspiration de l'air, mais le

(1) Gaubius, PathologiBy cap. v, x.

{^) Montesquieu], GastiUon, Falconer, et Esprit des nations, Physique de Vhistoirey etc.

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