LIVRE Yll. — CHAPITRE III
gaz dont il est composé , raliment de notre vie , est encore un loaystère. Joignons-y les diverses et presqu'innombrables particularités locales des principes qui le composent suivant les évaporations des divers corps de son empire ; rappelons-nous les exemples de ces principes invisibles, mauvais, auxquels le médecin ne sait donner que le nom de miasme , et qui ont produit les effets les plus étonnants, souvent les plus terribles et cela pendant des milliers d'années ; pensons au poison secret qui nous a donné la petite vérole, la peste, les épidémies ; ces maladies disparaissent quelquefois avec une génération ; rappelons-nous combien peu non seulement THermattan et le Sammiel, le Sirocco et le vent N.-E. de la Tarlarie, mais même l'origine et la loi des vents de nos contrées nous sont connus; que de travaux préparatoires il faudra encore accomplir avant d'arriver à une climatologie physiologique et pathologique de l'homme; je ne parle pas d'une science qui comprendrait tout l'homme et sa pensée et sa volonté. Chaque observation profonde et vraie recevra sa couronne et la postérité offrira plus d'une noble palme aux hommes de notre époque (1).
Enfin le niveau plus ou moins élevé, la conformation et les produits d'une contrée, les aliments et les boissons qu'elle offre à ses habitants, la manière de vivre des indigènes, leurs travaux, leurs habillements, jusqu'à leur position habituelle, leurs plaisirs, leurs arts, une multitude d'autres circonstances dont les effets sont si multiples dans leurs combinaisons : tout cela concourt à la description des divers climats. Quelle main humaine serait assez habile pour coordonner ce chaos de causes et d'effets et pour en faire un monde dans lequel chaque chose, chaque contrée obtiendrait sa véritable place, ni plus ni moins qu'il lui appartient? Ce qu'il y a de mieux à faire c'est de suivre
(1) Gmelin, Swrles nouvéUes découvertes faites en aérognosie. Berlin, 1784.
no PHILOSOPHIE ]»E l'hI^TOIIUS.
la méthode d'Hippocrate (1), d'observer avec cet esprit plein de force et de justesse les divers pays un à un et de déduire alora seylement des conséquences générales. Les naturalistes et le9 médecins sont ici des physiciens, les élèves de la nature les maîtres des philosophes, à qui nous avons déjà plus d'une obli^ gation à cause de leurs observations sur la climatologie et son influence sur le développement de Thomme. Hais comme il ne peut être question ici de remarques spéciales, nous allons oon-^ tinuer en faisant quelques observations générales*
I. Notre terre étant une sphère et le continent étant une masse montagneuse s' élevant au dessus des mers^ une foule de cause» exigent une certaine uniformité de cUtnats nécessaire à la vie. — Ce n'est pas seulement le jour et la nuit , et la successioû régulière de saisons diverses qui modifie périodiquement \% climat d'une contrée, mais encore la lutte des éléments, l'action réciproque de la mer sur la terre et de la terre sur la mer, la position des montagnes et des plaines, la périodicité des veuts résultant de la rotation terrestre, de la succession des jours et des nuits , des saisons et d'autres causes moindres ; tout cela entretient l'accord sanitaire des éléments, sans lequel tout tomberait dans la mort et la désolation. Nous sommes entouré» d'une atmosphère; nous vivons dans une mer électrique : toutes deux (et avec elles aussi probablement l'élément magnétique) sont éternellement en mouvement. La mer s'évapore, les montagnes absorbent et déversent de chaque côté des torrents M des fleuves. C'est ainsi que les vents se remplacent les uns loa autres, c'est ainsi que les années ou des périodes d'années ramènent les mêmes climats. C'est ainsi que se modifient et quo se renouvellent les différentes contrées et les différentes
(1) Hippocrate, De aère, locis et aquis, surtout dans la seconde partie de cette dissertation. C'est Tauteur auquel je suis redevable de tout ce qui se rapporte au ûlittiat
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époques : tout sur notre globle se trouve dans un rapport d'uoion constante. Si la terre était plate ou si elle avait la forme angulaire, imaginée par les Chinois, évidemment certaines parties pourraient présenter les excentricités climatériques, complètement impossibles avec sa structure régulière et son mouvement uniforme. Autour du trône de Jupiter les Heures forment leurs danses harmonieuses et tout ce qui se forme sous leurs pieds est bien imparfait dans sa perfection, car tout est formé pour la réunion d'objets différents, mais par le rapprochement et la fusion de ces choses diverses on reconnaît toujours le produit de la nature, la régularité extérieure et la beauté.
II. La partie habitable du globe est resserrée dans les contrées aU le plus grand nombre d'êtres vivants agissent dans la forme qui leur est le plus agréable ; cette position géographique des continents produit son effet sur le climat de toutes les contrées. — Pourquoi dans l'hémisphère austral, le froid commence-t-il à se faire sontir si près de la ligne? Le philosophe naturaliste répond : « Parce qu'il y a peu de terres ; c'est pourquoi les vents froids et les glaçons du pôle sud pénètrent très avant vers le nord. » Nous pouvons juger ainsi de notre sort dans le cas où la terre habitable serait disséminée en îles sur la surface du globe. A présent trois parties du monde qui ne forment qu'un seul continent se réchauffent l'une l'autre; la quatrième éloignée des précédentes est aussi plus froide, et dans la mer du Sud, presque aussitôt qu'on a dépassé la ligne, on ressent le froid à cause de l'absence de terre ferme et on commence à observer des formes singulières et des signes d'abâtardissement. On devait donc rencontrer là moins de bonnes espèces d'animaux terrestres ; l'hémisphère austral fut destiné à être la demeure des eaux sur notre globe, afin que le Nord pût jouir d'un meilleur climat. Au point de vue géographique et au point de vue clima-
térique le genre humain devait être divisé en divers peuples voisins, vivant ensemble et se communiquant la chaleur et d'autres bienfaits comme ils se communiquent la peste, les maladies et d'autres malheurs.
III. Par la position de la terre au pied des montagnes ^ non seulement le climat se modifia à l'infini pour toutes les espèces d'êtres, mais c'est ainsi que la dégradation de l'espèce humaine fut arrêtée comme elle pouvait l'être. Il fallait des montagnes sur la terre; maison ne rencontre sur leur plateau que des Mongols et des Thibétains. Les hautes Cordillères et tant d'autres chaînes de montagnes sont inhabitables. Les sauvages déserts divinrent rares grâce à cette conformation de la terre; car les montagnes sont là comme les conduits du ciel, et répandent leur corne d'abondance en fleuves fertilisants. — Enfin les côtes sont désertes, les terres froides et humides abandonnées par la mer ne se formèrent que plus tard; et ne purent être occupées par les hommes que quand ceux-ci furent déjà parvenus à un certain degré de force et d'industrie. La vallée de Quito fut certainement habitée avant la Terre de Feu, le royaume de Cachemire avant la Nouvelle Zemble. La plus grande largeur moyenne de la terre, le pays des plus beaux climats entre la terre et la mer est le lieu d'origine de notre espèce; et, aujourd'hui encore, c'est la partie la plus peuplée du monde.
Il ne peut être mis en question que le climat étant un ensemble de forces et d'influences dans lesquelles la plante et l'animal ont chacun leur part, et créant entre tous les êtres des liens qui les font dépendre les uns des autres, l'homme y ait été placé aussi comme maître et qu'il puisse le changer par son art. Depuis qu'il a dérobé le feu du ciel; depuis que sa main a appris à forger le fer; depuis qu'il a dompté les animaux et même ses semblables pour les faire servir à ses desseins, il a contribué de bien des manières à la modification du climat.