‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 19 sur 132 · LIVRE I. — CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE YI

l'espace qu'elles comprennent soit beaucoup plus développé. Il n*est pas difficile cependant de reconnaître que la crête montagneuse de l'Asie appartient à cette même souche de montagnes qui s'étend sur cette partie du globe, sur l'Europe et sans doute aussi sur l'Afrique, au moins dans sa partie supérieure. UAtias n'est que la continuation des montagnes de l'Asie, plus élevées vers le milieu de la contrée et se joignant, selon toute apparence aux montagnes de la lune par le moyen de la chaîne qui avoisine le Nil. L'avenir nous apprendra si ces montagnes de la lune sont assez hautes et assez étendues pour être considérées réellement comme une des arêtes de la terre. Le grand développement de la contrée et des notions peu complètes laissent le champ libre à de pareilles conjectures, néanmoins le peu de rivières de cette partie du globe et leur cours étroit ne nous permettent pas de voir en elles une véritable ceinture de la terre, comme dans l'Oural de l'Asie ou dans les Cordillères de l'Amérique. Ce qui nous suffit c'est que là aussi , la terre reçoive sans contredit, sa configuration des montagnes ; tous ses accidents courent parallèlement aux accidents des montagnes et là ob les montagnes allongent leurs bras , là aussi s'allonge la terre ferme. Il en est de même pour le promontoire, l'Ile et la péninsule. Partout oh se déploie le squelette des montagnes, la terre déploie ses bras et ses membres; ce n'est donc qu'une masse aux formes variées qui, disposée sur la charpente en couches et en degrés différents, devint peu à peu

habitable.

Les premières montagnes déterminèrent ainsi la forme de notre globe en tant que terre ferme ; elles paraissent avoir été l'ancien noyau, la clef de voûte de la terre sur lesquels l'air et les eaux ne firent que déposer leurs fardeaux jusqu'à ce qu'enfin se fut formé une surface où devait s'étendre et se développer l'organisation végétale. La rotation du globe ne suffit

SO PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE

point pour expliquer la formation de ces antiques chaînes de montagnes qui ne se trouvent point dans la région de Téquâ* teur où le mouvement orbiculaire est le plus puissant ; elles ne lui sont même pas parallèles et, en outre, la chaîne d'Amérique passe exactement à travers Téquateur. Nos cercles mathématiques ne peuvent donc jeter aucun jour sur cette question, d'autant plus que les montagnes et les chaînes de montagnes les plus élevées n'ont, à l'égard de la niasse moii^ vante do globe, qu'une valeur presque nulle. J'estime donc qu'il n'y a aucune raison d'admettre quelque analogie entre l'équateur, les méridiens et la formation des chaînes de montagnes parce que ces phénomènes n'ont entre eux aucun rap* port et que les déductions que l'on pourrait tirer de sembla*bles analogies seraient fausses. Leur formation, tout aussi bien que celle de la terre ferme, ne peut s'expliquer que par leur forme primitive, par leur génération , leur étendue, leur hauteur et leur largeur, en un mot, par une véritable loi physique de la nature. Mais peut-on découvrir cette loi physique de la nature? Les montagnes ne sont-elles que les rayons d'un centre, les branches d'une seule arête, des couches angu^ laires?Et d'ailleurs, comment furent-elles formées lorsqu'elles surgirent avec leurs sommets dépouillés comme le squelette de la terre ? Importantes questions à résoudre et dont nous désirons ardemment avoir une solution satisfaisante. Remarquez que nous ne voulons point parler ici des hauteurs qui doivent naissance aux ailuvions, mais des montagnes primitives et fondamentales du globe.

Nous avons pour point de départ que les couches de terre se sont répandues à mesure que les montagnes se sont élevées. De toutes les parties du monde, l'Asie fut la première habitable parce que ses chaînes de montagnes étaient les plus hautes et les plus larges et que jamais la mer n'avait atteint les plaines de

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ses sommets. Ce fut donc là, suivant toutes probabilités, dans quelque vallée heureuse et tranquille, au pied des montagnes, que l'homme choisît son premier asile. De là sa descendance s'étendit au midi, dans les plaines riantes et fertiles qu'arrosaient les fleuves, tandis que des races plus hardies grandissaient au Nord, suivaient les fleuves et les montagnes et finissaient par se répandre à TOccident jusqu'en Europe. Une horde suivit l'autre, un peuple poussa l'autre en avant et enfin ils arri* vërent tous à une mer, la Baltique, qu'une partie traversa peu* dant que l'autre allait occuper le midi de l'Europe. Mais d'autres colonies, d'autres flots de peuple, venant de l'Asie vers le Midi, s'étaient déjà établi dans ces mêmes régions et ainsi ce coin du monde fut peuplé, de même que nous le voyons aujourd'hui, par des nations de races diverses et parfois opposées l'une à Tautre. L'espace se resserrant toujours, plus d'un .peuple, vivement pressé, se retira dans les montagnes, abandonnant aux nouveaux venus les plaines et les campagnes; ce qui explique comme quoi, sur presque tous les points de la terre, on rencontre d'anciens restes de nations et d'idiomes, tant dans les montagnes que dans les coins perdus et les langues de terre des continents. Je ne sais s'il est une ile, un pays, ou des changements de cette espèce ne se soient produits et où le premier occupant s'est retiré sur les hauteurs devant un nouvel arrivant, de date plus récente, mais aussi plus civilisé. Établies là comme dans une forteresse, ces nations ont conservé toute la rudesse de leurs moeurs et souvent, dans la suite des temps, elles ont consommé des révolutions qui ont plus ou moins changé la foce des choses dans la plaine. L'Inde, la Perse, la Chine, les contrées occidentales de l'Asie, l'Europe elle-même, protégée comme elle l'était par sa civilisation plus avancée et le grand morcellement de son sol, furent plus d'une fois visitées par ce fléau terrible des armées descendant des mon-

tagnes, et ce qui s'est présenté sur le grand théâtre du monde, n*a pas été moins rare sur des scènes plus petites. Les Marattes* dans le sud de l'Asie, les rudes montagnards dans plusieurs îles, çà et là en Europe, les restes de ces braves habitants des hauteurs, rayonnaient dans les plaines qu'ils pillaient lorsqu'ils ne pouvaient les conquérir. En résumé ne semble-t-il pas que ces plateaux élevés, qui furent jadis le premier berceau de la race humaine, sont aujourd'hui les laboratoires où se forgent les instruments de ses révolutions et de sa conservation. C'est de leur sein que partent les eaux qui vont féconder la terre, c'est de leur sein aussi que partent les peuples qui vont la régénérer. C'est d'eux que jaillissent les sources, c'est d'eux aussi que jaillit l'esprit de liberté et de courage qui va réveiller les plaines plus riantes, allanguies sous le triple joug des lois, des arts et des vices. Aujourd'hui encore les montagnes de l'Asie sont le rendez-vQus de peuples sauvages pour la plupart : et qui peut désigner les parties du monde qu'ils sont appelés à bouleverser et à régénérer dans les siècles à venir !

Le peu que nous connaissons de l'Afrique ne nous permet pas d'établir une opinion sur l'existence et les mouvements de ses peuples : les races qui habitent les régions les plus élevées ont sans doute tiré leur population de l'Asie et il est à croire que l'Egypte a reçu ses éléments civilisateurs de cette môme partie du monde et non pas de ses propres montagnes. Toutefois elle a été envahie par les Éthiopiens, et sur quelques-unes de ses côtes — tout ce que nous avons vu d'elle — on entend parler d'irruptions de peuples barbares sortis d'un pays de montagnes. Les Gagas passent généralement pour être anthropophages et les Cafifres et les peuples au delà du Monomotapa doivent être tout aussi sauvages. D'après ce que nous avons pu remarquer il semblerait que les races primitives empreintes de la même barbarie, habitent les montagnes de la lune

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