LIVRE 111. — CHAPITRE I
force (1). Dans son organisation, comme dans celle de quelques animaux terrestres dont la structure interne approche le plus de la sienne, les estomacs multiples des. créatures inférieures se condensent en un seul et sa bouche est sanctifiée par ce don, le plus précieux de la divinité, le don de la parole. Les vers, les insectes, les poissons et le plus grand nombre des amphibies sont entièrement muets ; Foiseau ne chante que du gosier et chaque animal terrestre n*a que quelques sons particuliers, juste ce qu'il faut pour assurer la conservation de l'espèce. L'homme seul possède réellement l'organe de la parole combiné avec ceux du goût et de l'alimentation et ainsi le plus noble de ses organes est uni en lui aux signes des besoins les moips élevés. Cet organe, à l'aide duquel il prépare la nourriture de son corps misérable est aussi celui qui, à l'aide de la parole, prépare les aliments de la pensée.
La reproduction de l'espèce constitue la seconde mission de la créature et même la structure des plantes révèle à l'évidence cette destinée. À quoi servent les racines, la tige, les branches et les feuilles? N'est-ce pas la fleur, cette couronne de la plante, que la nature a placée dans le lieu le plus élevé et en même temps le plus sûr? Et nous savons que là est le siège des organes de la génération. C'est donc là aussi la partie la plus importante et la plus belle de la créature, de là partent la vie, les fonctions, le plaisir et jusqu'à cet unique mouvement qui nous parait volontaire et que nous appelons le sommeil des plantes ; celles dont les capsules abritent suffisamment les graines ne s'endorment pas et il en est de même des plantes après leur fructification, elles ne dorment plus. C'est donc pour garantir les parties internes de la fleur contre les froids de l'hiver qu'elle se ferme
(1) Pour la force de ces parties, voir HaUer, Éléments physiologiques, t. VI, p. 14, 15.
PHILOSOPHIB DB L^mSTOIM» T. I. 7
w PH114OSOPHIB Dfi t'msïoiNB
avec une prévoyance toute maternelle. Tout en elle est prévu, tout ce qui se rapporte à la fécondation et à la reproducàion, ainsi que tout ce qui a trait à la croissance et à la nutrition : quant à ua autre résultat d'action, elle n*en était pas capable.
A n'en est pas de même des animaux : à part chez quelques unea des espèces les plus inférieures, les organes génitaux ne Stont point la partie principale et Tornement de leur être ; ils sont au contraire, et en raison de la fin de la créature, subor-^ donnés aux membres les plus nobles. Le cœur et les poumons résident dans la poitrine ; la tète est le siège des sens les plus délicats et, en général, l'excessive irritabilité des muscles et la susceptibilité du système nerveux commandent, dans tout l'organisme, à la structure des fibres dans toute l'étendue de leurs forces. L'économie vitale des animaux doit évidemment obéir à l'esprit de leur conformation. A mesure que son organisation est plus développée, l'œuvre principale d'un animal se compose de mouvements volontaires, d'une activité puissante, de perceptions et de penchants. Dans la plupart des genres, les appétits sexuels ne se font sentir que pendant un temps très court; d'autres vivent beaucoup plus affranchis de ce penchant que nombre d'hommes déchus qui retomberaient sans regret dans la condition des plantes. Naturellement aussi ils ont la destinée des plantes ; les mouvements les plus élevés, la force musculaire et nerveuse^ la volonté de l'intelligence sont engourdis en eux : leur vie est végétale et ils meurent d'une mort végétale et prématurée.
Les animaux qui se rapprochent le plus des plantes restent, tant dans l'économie de leur structure que dans le but de leur destination, fidèles au principe de formation exposé ci-dessus ; ainsi des zoophytes et des insectes : le polype, lui, par sa structure, n'est qu'une tige vivante et organique de jeunes polypes et la plante du corail, l'habitation organique des ani-
là
lovns. m. — GBAFivRB I. tm
nuTQx de la mer qui lui sont propres. L'insecte enfin, placé sur un dtegré dëjià beaucoup plus élevé de Téchelle animale, en vivant dans un milieu plus subtil, montre et par son organisa* tion et par sa vie , combien il approche de la de^ination des plantes : sa tète est petite et ne contient pas de cerveau , trof petite même pour renfermer les organes des sens, elle les porte en avant dans les antennes. Sa poitrine est étroite et n'a pas de poumons et ctae^ beaucoup d'entre eux , rten en elte ne se rencontre qui ait la moindre ressemblance avec un eœur. Voyez, d'un autre côté, combien est développé son abdbmen avec ses anneaux pbytomorphiques ! C'est que Tabdomen (i) est la partie la plus importante de l'animal, car la nutrition et la reproduction abondante de l'espèce constituent la partie prin* cipale de sa destinée.
La nature, coimjBie nous l'avons dit, place, chez les animaux de race plus. uoUe, les organes génitaux plus bas, comme mue par un sentiment de pudeur naissante ; elle fait remplir à la même partie des fonctions très diverses pour réserver ainsi la poitrine à de plus nobles parties. Jusqu'aux nerfs qui ccmduisent à ces parties, elle les fait partir des branches inférieures, très éloignées de la tête et les soustrait ainsi, pour la plupart, avec leurs muscles et leurs fibres, à l'action de l'âme. Ici' la liqueur séminale se prépare comme les sucs végétaux et le jeune fruit est nimrri comme une plante. De mëtae que dans la plante, les pouvoirs de ces organes et de ces instincts se développent à mesure que le coeur bat plus vite et cpie les pensées s'éclaircissent dans la tête. D'après les observations de Martine! (2), la croissance du corps humain serait moins sensible dans sa partie supérieure, comme si l'homme était un at^bre qui grandit par le pied. Bref, il est de la dernière évidence
(1) C'est par là que respirent plusieurs de ces animaux. (%j martinet, CUIéehimedetamimrê, 1. 1, p. 3^fl>.
que , quelque compliquée que soit la structure de notre corps , les parties qui n*ont d'autre fin que la nutrition et la propagation de Tespèce ne devaient et ne pouvaient pas être, même au point de vue de l'organisation , les parties prédominantes qui indiquent la destination de l'animal et non celle de l'homme.
Quelles sont donc celles que la nature a réservées dans ce but? Examinons leur structure interne et externe.
Dans le cercle entier des créatures vivantes, c'est une loi reconnue :
1** Que les animaux à oreillette et à ventricule unique dans le cœur, comme les poissons et les amphibies, ont le sang froid;
2** Que ceux qui n'ont qu'un ventricule sans oreillettes , n'ont, au lieu de sang, qu'un liquide blanc comme les insectes et les vers ;
. 3o Mais que les animaux dont le cœur a quatre cavités ont le sang chaud, comme les oiseaux et les mammifères.
On a remarqué également :
lo Que dans les deux premières classes, il n'y a ni poumons, ni respiration, ni circulation du sang ;
2o Mais que les animaux à quatre cavités dans le cœur ont des poumons.
On ne peut se faire une idée des difiTérences que ces simples distinctions établissent dans l'échelle des créatures.
La formation du cœur, même dans son état le plus imparfait, suppose une structure organique interne telle que la plante ne peut jamais y atteindre. Chez les insectes et chez les vers, nous reconnaissons déjà des artères et d'autres vaisseaux de sécrétion et même une partie de nerfs et de muscles qui , chez les plantes, sont remplacés par des tubes et chez les zoophytes par un appareil équivalent. Dans les créatures de l'ordre supérieur, il se fait une élaboration plus rafifmée des sucs dont elles se nourrissent et qui en même temps fait naître la chaleur néces-