ANIMAUX
Quelqu*informe qu'il paraisse, l'éléphant (1) peut fournir de nombreuses preuves physiologiques de sa supériorité sur tous les autres animaux et de sa ressemblance avec l'homme. Il est vrai que son cerveau, eu égard à sa taille, n'est pas excessivement volumineux, mais ses cavités et toute sa structure offrent de remarquables analogies avec l'espèce humaine. << Tai été « étonné, dit Camper y de trouver tant de ressemblance entre tt la glande pinéale et les tubercules quadrijumeaux du cer- « veau de cet animal et les mêmes parties du cerveau de « Thomme et si on doit trouver un sensorium commune, c'est « là qu'il faut le chercher. » jLe crâne est petit, comparé à la tête, puisque les fosses nasales se prolongent sur le cerveau et remplissent d'air non seulement les sinus frontaux, mais encore d'autres cavités (2) ; car, pour pouvoir faire jouer sa
(1) D'après Buffon, Daubenton, Camper, et en partie d'après la description du foetus d'un éléphant par Zimmermann.
(2) Les cavités et sinus du processus mamillares, etc.
lourde mâchoire, il faut des muscles d'une grande force et une vaste capacité que la nature prévoyante a remplie d'air, afin d'épargner à la créature un fardeau insupportable. Le cerveau n'est pas placé au dessus du cervelet et ne le déprime pas sous le poids de sa masse; la membrane intermédiaire est perpendiculaire. Les nerfs si nombreux de l'animal se répandent entre les organes des sens les plus parfaits et sa trompe en reçoit à elle seule autant que son corps tout entier. Les muscles qui la font mouvoir, partent du front; elle n'a pas de cartilages, ses mouvements sont libres et elle est le siège d'un toucher des plus sensibles et d'un odorat des plus fins. £a elle se réunissent ainsi plusieurs sens qui se prêtent un mutuel appui. L'œil si intelligent de l'éléphant et qui, par l'expression de son regard, rappelle tant celui de l'homme, est entouré de poils ; il est mis en mouvement par des muscles et il a dans son voisinage les sens les plus élevés qui, chez lui, sont séparés de l'organe du goût, dominant chez les autres animaux. La bouche qui, dans les quadrupèdes, — notamment les carnassiers, — constitue la partie principale de la face, est placée ici tout à fait sous la saillie du front et de la trompe, de sorte qu'elle est presqu'entiërement cachée. Sa langue est encore pltts petite ; }es défenses, qu*ii porte dans la bouche, n'ont rien de commun avec les dents de nutrition car il n'est point créé pour une sauvage voracité. Quelque volumineuses que doivent être ses entrailles, son estomac est petit et simple et il est probable que la faim dévorante des bêtes fauves ne le tourmente jamais. Il coupe l'herbe nettement et avec calme et comme chez lai Torgane de l'odorat et celui du goût sont éloignés l'un de l'autre, il mtoure cette opération de longues et minutieuses précautions. La nature Ta doué de la même prudence lorsqu'il étanohe sa soif, tout comme lorsqu'il remplit n'importe quelle autre fonction de son corps massif, même celle qui a pour but
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a& propre reiMToductioa. Sa feocile porte sen petit neuf mois, eomme la femme, et elle Tallaite de même. Les rapports de durée entre les diffiérents âges de sa vie, sont les mêmes que cheE Thomme. La nature a transformé en lui les dents incisives ea longues défenses et avec quelle noblesse ne IVt-elle pas foit ! et quelle finesse dans l'organe de l'ouïe puisqu'il saisit les nuances les plus délicates du langage de l'homme et qu'il distingue sans peine la voix du commandement de celle de railèetioD ! Aucun animal n'a les oreilles aussi grosses que lui ; sur les bords, elles s'amincissent et s'étendent et leur ouver^ tare est placée très haut. Le petit occiput n'est, en somme, que la cavité d'un écho , remplie d'air. Ainsi la nature a su dminuer le poids de l'animal, tout en réunissant en lui la force musculaire la plus étendue et l'économie nerveuse la plus délicate : c'est un roi des animaux dans la calme majesté de son repos intelligent.
A c6té de cela, voyez le lion, cet autre roi des animaux (4)! Ce n'est pas sur la douceur et sur l'intelligence que la nature a établi ses droits, mais sur la force musculaire. Le cerveau qu'elle lui a donné est petit et ses nerb sont si faibles qu'ils ne sont pas même proportionnés à ceux d'un chat. Les musclés, en revanche, sont gros et forts et ils sont fixés aux os de la façon qui devait produire la plus grande somme de force, sans se préoccuper de la variété du mouvement ou de sa délicatesse. En outre elle a donné au lion, un grand muscle qui élève le cou; un muscle du pied de devant pour maintenir sa proie; une patte armée de longues griffires, si recourbées qu'elles ne touchent jamais la terre et ne s'émoussent point. Son estomac
(1) Tout à fait ecMiforme à l^excelleato description de Wolf dans les Arov« comment, acad. scient, petrop., t. XV et XVI. Userait bien à désirer c[ue noui eussions un plus grand nombre de descriptions anatomico-physioiogiques exécutées avec le même succès.
iâé PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE
est long et très courbé ; le frottement des parois et par conséquent la faim de la béte doivent être effrayants. Son cœur est petit, mais ses cavités sont larges et délicates, beaucoup plus longues et plus profondes que chez Thomme. Les parois en sont deux fois plus minces et la grande artère deux fois plus petite, de sorte que le sang du lion, dès sa sortie du cœur, s'écoule avec quatre fois autant de vitesse et dans les branches artérielles de la 18® division, avec une rapidité cent fois plus grande que chez l'homme. Le cœur de l'éléphant, au contraire, bat tranquillement et presque comme chez les animaux à sang froid. La poche à fiel du lion est grosse et remplie d'un liquide noirâtre. Sa langue large se retourne par devant et est garnie de papilles très rudes d'une ligne et demi de longueur, qui s'étendent vers l'intérieur et dont les pointes sont dirigées en arrière ; de là le danger de lui laisser lécher la peau, le sang jaillissant aussitôt et allumant ainsi chez lui une soif ardente, avide même du sang de son ami, de son bienfaiteur. Le lion, une fois qu'il a goûté du sang humain, ne lâche pas facilement une proie qui excite aussi vivement la convoitise de son palais sillonné. La lionne produit plusieurs petits qui croissent lentement : pendant longtemps elle se voit donc dans la nécessité de pourvoir à leur subsistance et sa sollicitude maternelle, augmentée de sa propre faim, vient encore redoubler sa férocité. Le sens du goût étant, chez le lion, doué d'une grande délicatesse et sa soif qui le dévore étant aussi ardente que sa voracité, il est naturel qu'il ne puisse se contenter d'une chair corrompue. Mettre à mort sa proie et sucer son sang encore chaud, telle est sa jouissance la plus vive et la terreur d'une première surprise, telle est souvent sa magnanimité royale. Son sommeil est léger parce que son sang est chaud et rapide. Dès qu'il est rassasié, il est paresseux, car une proie qui n'est pas fraîche ne lui est d'aucune utilité ; alors il n'y pense plus