‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 52 sur 132 · LIVRE III. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE V

Tefflorescence de la croissance et ces deux instincts sont inséparables de la nature de la créature.

S** Dans les zoophytes la nature commence imperceptiblement à séparer certains organes ainsi que les forces qui résident en eux : les organes de la nutrition deviennent visibles et le fruit se détache déjà dans le sein de sa mère, bien qu'il soit encore nourri comme une plante. Plusieurs polypes s'élancent d'une même tige; la nature leur a assigné une place fixe et les a dispensés de tout mouvement de locomotion. Le limaçon a un large pied à l'aide duquel il se retire dans sa maison : ses sens n'ont rien d'éclairé ou de précis, ses instincts agissent lentement, mais d'une façon intime et sa copulation dure plusieurs jours. Ainsi la nature a dispensé, pour autant qu'il était en son pouvoir, ce commencement d'organisation vitale, d'une action multiple qu elle a encore renfermée dans un mouvement simple sous tous les rapports. La vie tenace du limaçon est presque indestructible.

¥ En s'élevant davantage, elle ne cesse d'observer les mêmes sages précautions pour préparer graduellement la créature à une plus grande multiplicité de sens et d'instincts. L'insecte ne peut du premier coup arriver à accomplir ce qu'il doit accomplir; sa forme et son être doivent donc se transformer afin de pouvoir, sous la figure d'une chenille, satisfaire au penchant de la nutrition puis, sous celle du papillon, à celui de la propaga- ' tien : double penchant auquel il n'eût pu satisfaire sous une seule forme. Une espèce unique d'abeilles n'eût pas été en état de suffire aux travaux nombreux qu'exigent les besoins et la reproduction de l'espèce; aussi la nature a-t-elle réparti ces travaux sur trois classes : la première a pour mission de travailler, la seconde de féconder et la troisième de propager l'espèce et cette division, elle l'a obtenu par une bien simple modification de l'organisation, ensuite de laquelle les forces de

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là créature recevaient une direction nouvelle. Ce qu'elle u'a pu

obtenir par le fait d'un seul type, elle l'a obtenu en divisant

ce type en trois parties, distinctes les unes des autres, mais

ayant des rapports communs. Ainsi elle a réparti les travaux

des abeilles sur trois espèces, comme elle a donné au papillon

et à d'autres insectes, une mission à remplir sous deux fonnes

différentes.

S*» A mesure qu'elle s'élève plus haut encore et qu'elle cherche

à augmenter les sens, joints à l'action de la volonté, elle écarte les membres inutiles et simplifie la structure interne et externe. Ces pieds nombreux qui ne seront plus nécessaires au papilloo, abandonnent la chenille avec sa peau. Ces pieds nombreux des insectes, ces yeux multiples et variés, les antennes et tous ces faibles instruments si agiles, se perdent chez les créatures d'un ordre plus relevé. Chez les insectes le cerveau est très petit et situé très bas , en avant de la moelle épinière et chaque ganglion nerveux constitue un nouveau centre de sensation. L'âme du petit artiste se trouve donc ainsi distribuée dans tout son être. Le cerveau est grand et bien organisé en raison de la somme de volonté et d'intelligence à laquelle doit atteindre la créature. De là naissent entre les trois parties principaleë du corps, des rapports plus réglés et plus exacts que chez les insectes, les vers, etc., oii les proportions leur font absolument défaut. Les amphibies se traînent lourdement sur la terre, suivis d'une queue d'une force et d'une grosseur démesurées, mais leurs pieds sont difibrmes et leur jeu n'est pas régulier. Dans les quadrupèdes, la nature relève la créature ; les jambes sont plus longues et agissent de concert ; la queue, avec sa portion de vertèbre, se raccourcit notablement; elle devient plus flexible et s'amincit en perdant la force musculaire qu'elle a ùàm le crocodile ; enfin chez les animaux les plus nobles, elle est des plus petites et couverte de poils, et elle disparaît entièrement

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fidnd la nsEture approche de la forme verticale. Sa moelle monte alors pluskaut et va alimenter de plus nobles parties.

&" Tout en donnant au quadrupède la proportion la plus propre à l'amener à mettre en usage certains sens, certaines forces combinées et à les concentrer dans une seule forme de ^nsée et de sensation, le créateur donnait à chaque espèce une Igure distincte suivant sa destinée et son genre de vie et, h faide des mêmes parties et des mêmes membres, il fiaisait régner dans chaque genre, ttne harmonie propre et lui attribuait «ne iitlelligence personnelle et différente de toutes les autres. En même temps il laissait subsister une certaine ressemblance emre tons les êtres et semblait poursuivre un but supérieur. Ce but supérieur consiste incontestablement à se rapprocher le plus possible de la forme organique qui se prête le mieux à la plus grande combinaison d'idées et à l'usage le plus varié et le plus libre de divers membres et de divers sens, et c'est ce qui constitue le plus ou moins d'humanité des animaux. Ce ii*est pas ici un jeu de la volonté, mais un résultat de diverses formes qui ne pouvaient être combinées qu'en vue de la destination que la nature leur a attribué, qu'en vue de mettre en action des pensées, des sens, des instincts et des désirs, dans tel rapport, dans tel but et non pas dans tel autre. Les parties de (^que animal occupent une place déterminée et sont l'une vi^à-vis de l'autre dans la proportion la plus exacte, et j'ai la conviction que toutes les formes sous lesquelles peut vivre une créalure vivante sur la terre, existent réellement. Les animaux iBarehent à quatre pattes parce qu'ils ne pourraient pas faire u^ge de leurs pieds de devant comme de mains humaines; nais, par suite de cette conformation, il leur est beaucoup plus feeHe de courir, de grimper, de sauter et de faire usage de tous Mrs sens animaux. Leur tête est penchée vers la terre, pareo que c'est suf ta terre qu'ils cherchent leur nourriture. L'odorat,

chez la plupart d'entre eux, est très délicat, parce qu'il doit éveiller ou guider leur intérêt. Chez l'un c'est l'ouïe, chez l'autre c'est la vue qui est la plus fine ou la plus perçante ; et ainsi la nature a choisi, non seulement dans la constitution générale des quadrupèdes, mais aussi dans celle de chaque espèce en particulier, la proportion des forces et des sens qui devait le mieux s'approprier à une semblable organisation. En conséquence de ce principe elle a fait les membres ou plus longs ou plus courts, elle a diminué les forces ou elle les a agrandies. Chaque créature est un numérateur du grand dénominateur qui est la nature elle-même; l'homme, non plus, n'est qu'une fraction du tout, une réunion de forces qui doivent se combiner en un seul tout , suivant telle et non pas telle autre organisation, par le concours général d'une foule de membres.

Il est évident que, dans une organisation terrestre ainsi conçue, aucun pouvoir, aucun instinct ne doit pouvoir en annihiler un autre, et c'est un spectacle admirable que celui de la sollicitude avec laquelle la nature cherche à remplir ce but. La plupart des animaux ont un climat propre et déterminé, qui est justement celui oii ils trouvent le plus facilement à se nourrir et à multiplier leur espèce. Si la nature les avait organisés de façon à pouvoir supporter divers climats, à quels besoins et à quel isolement plusieurs espèces n'eussent-elles pas été exposées et leur destruction complète en serait bientôt résulté? C'est ce que nous remarquons dans les espèces dont l'acclimatation est la plus facile et qui ont suivi l'homme dans toutes les régions. Ils se sont transformés suivant les pays qu'ils habitaient et le chien est un des animaux les plus féroces lorsqu'il redevient sauvage. L'instinct de la reproduction viendrait encore ajouter à la férocité de la créature si la nature n'avait eu soin de le renfermer dans des limites précises et déterminées. Il ne s'éveille qu'à de certaines époques lorsque la cha-

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leur organique de Tanimal est parvenue à son plus haut degré d'intensité : comme il est mis en mouvement par les révolutions physiques de la croissance, des saisons et par l'abondance de la nourriture et que d'ailleurs la prévoyante mère de toutes choses a fixé l'époque et la durée de la gestation , toutes les précautions sont prises tant pour l'enfance que pour l'âge mûr. Le nouveau-né vient au monde s'il est assez fort pour se développer, sinon il passe la mauvaise saison enfermé dans un œuf jusqu'à ce que les rayons d'un soleil plus chaud viennent le réveiller. Devenu grand, cet instinct ne se fera sentir en lui que lorsqu'il ne pourra plus en contrarier d'autres. Ainsi s'établissent les rapports des espèces dans la durée et la force de ce penchant.

Cest avec une sollicitude toute maternelle et qui dépasse toute expression que la nature a procédé à l'éducation de la créature vivante pour la douer du genre d'actions, de pensées et de vertus appropriées à son organisation. Cet état de choses, elle l'avait préconçu quand elle attribuait ces forces à une organisation donnée et quand elle contraignait la créature à voir, à désirer et à agir dans cette organisation, ainsi qu'elle Tavait prévu et suivant les besoins, les pouvoirs et l'espace dont elle l'avait pourvue.

Il n'est pas de vertus, pas d'instincts dans le cœur de l'homme qui n'ait, quelque part dans le monde animal, un terme de comparaison auquel notre mère commune a habitué organiquement ranimai. Il doit pourvoir à sa subsistance, il doit apprendre à aimer ses petits. La nécessité et les saisons lui imposent l'obligation de vivre en société, ne fût-ce que pour avoir des compagnons de voyage. L'instinct pousse tel animal à l'amour , tel autre au mariage, à une espèce de république, d'ordre social. Bien que cela se produise d'une façon obscure et pendant un court espace de temps , néanmoins cet instinct est empreint

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avec uûe telle évidenee dans la nature de TanimaU qu^il se représeEte toujours, sei» ufie forme eo&stante et irrésistible. A mesure que son acticm est plus intime , plus profoade , plus confuse, à mesure que moins de pensées s'agitent et que la forée d'impulsion se fait sentir moins souvent, l'instinct agit avec plus de puissance et d'une manière plus parfaite. Ainsi partout , dans la sphère oit se meuvent les animaux, se représentent certains actes qui semblât appartenir seulement à l'espèce humaine ; et s'il est un péché contre nature , c'est de vouloir les considérer comme des machines, alors que nous avons sous les yeux leur système nerveux, leur structure, leurs besoins et leur genre de vie, si pareils aux nôtres.

Faut-ilMonc s'étonner si l'art mécanique d'une espèce va en diminuant lorsqu'elle ressemble davantage à l'homme, car alors déjà elle gravit dans un cercle pratique de pensées humaines. Le castor, qui n'est qu'un rat d'eau, élève avec art ses construcitions ; le renard, le mulot et d'autres animaux du même genre» apportent la même habileté dans l'établissement de leurs demeures souterraines. Le chien, le cheval, le chameau, l'élé*pbant n'ont nul besoin de ces arts : doués d'idées conformes à celles de l'homme et poussés par la nature, ils développent leurs penchants tout comme l'homme lui-même.

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