LIVRE IV. — CHAPItRfi I
ta force intellectuelle si puissante ; combien ne se dégraderait pasTimage de la Divinité, si clairement empreinte en toi? Cette force, le misérable qui retombe au rang des animaux , l'a perdue ; sa raison l'abandonne, ses facultés s'émoussent et les sens les plus grossiers le courbent vers la terre ; mais en te rendiant propre à la démarche verticale, la nature a dessiné les lignes' majeMueuses de ta figure , elle lui a assigné une place supérieure et a ordonné au cerveau , ce germe tendre et éthéré du ciel , d'en remplir les capacités et de s'étendre dans tous les sens. Le front s'élève riche de pensées , les organes animaux se retirent , la forme humaine apparaît. L'oreille s'abaisse à mesure que le cerveau s'élève; elle s'unit plus étroitement à rœil et ces deux sens ont un accès plus intime auprès du foyer des idées. Le cervelet, la moelle épinière et la force vitale des sens qui dominent dans l'animal, entrent avec l'encéphale humain dans des rapports subordonnés. Les rayons des corps striés, si admirables, sont chez ITiomme mieux marqués et plus fins, preuve qu'une lumière plus pure se concentre dans cette région, pour diverger dans tous les sens. C'est ainsi, si je puis emprunter cette métaphore , que se forme la plante qui , faisant jaillir, comme un bouton, la moelle épinière, s'épanouit plein de force en une fleur éthérée, dont le germe ne pouvait reposer que dans cet arbre sublime qui s'élève vers le ciel.
Il y a plus : la proportion générale des forces organiques dans les animaux est nuisible au développement de la raison . Dans leur organisation régnent la force musculaire et l'irritabilité sensuelle qui , suivant la fin de la créature , sont diversement réparties et constituent l'instinct dominant de chaque espèce. Avec l'attitude verticale de l'homme, s'élève un arbre, dont les pouvoirs sont proportionnés de telle façon, qu'il doit transmettre au cerveau , sa fleur et sa couronne, les sucs les plus parfaits et les plus riches. Chaque pulsation du cœur fait
jaillir, rien que vers la tête, plus de la sixième partie du sang que contient le corps humain tout entier. Le ruisseau principal s'élève, se courbe doucement et se partage par degrés, de façon que les parties de la tête, même les plus éloignées, tirent de la grande branche et de ses ramifications, la chaleur et la nourriture. La nature a déployé tout son art à fortifier les vaisseaux qui transmettent le sang, à affaiblir son courant et à le rendre plus égal, à le retenir longtemps dans le cerveau et à le faire redescendre lentement du haut de la tête, lorsque là il a activé son œuvre. Il s'élance des branches qui, proches du cœur, agissent encore avec la force de l'impulsion première ; et dès le commencement de la vie, c'est sur elles, sur les parties les plus nobles et les plus sensibles que le cœur naissant fait sentir sa force nouvelle. Les membres externes ne sont pas encore formés que déjà la tête et les parties internes ont atteint leur entier développement. C'est avec étonnement que l'on remarque que non seulement leurs rapports sont parfaitement établis, mais encore que leur structure est aussi complète dans les organes des sens de l'embryon, comme si le grand artisan n'avait voulu le créer que pour le cerveau et pour le mouvement des forces intérieures, jusqu'à ce qu'il vienne y ajouter graduellement des membres qui semblent n'être que les organes et l'expression des parties internes. Ainsi donc, dès le sein de sa mère, l'homme est créé pour l'attitude droite et pour tout ce qui en découle. Il n'a pas été porté, comme l'animal, dans un sein incliné vers la terre, mais il repose dans une cavité qui a été creusée avec plus d'art, pour lui donner sa forme. C'est là qu'attend le petit endormi et le sang monte à sa tête jusqu'à ce qu'elle s'incline par son propre poids. Bref, l'homme est ce qu'il devait être et ses parties concourent au même but; c'est un arbre qui grandit, orné de la plus belle couronne, le siège des pensées les plus élevées.