‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 65 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EXAMEN COMPARATIF DE l'oRGANISATION DE LA TÈTE DE LHOHME ET DE CELLE DES ANIMAUX DONT LA FORME SE RAPPROCHE LE PLUS DE LA SIENNE.

Si la route que nous avons suivie jusqu'à présent est bonne, nous devons — la nature agissant toujours d'une façon uniforme — trouver dans les créatures inférieures la même analogie des rapports de la tête avec la structure générale du corps, et c'est ce qui a lieu en effet de la manière la plus irrécusable. Comme tout le travail de la plante se concentre dans la production de la fleur, son œuvre d'art, de même, dans les créatures vivantes, tout l'organisme réunit ses forces pour nourrir la tête, comme sa couronne. On pourrait dire que la nature fait servir l'organisme tout entier des créatures, en raison du degré qu'elles occupent sur l'échelle animale, à préparer et à affiner le cerveau afin d'en faire comme le foyer des puissances de la sensibilité et de l'intelligence. Plus elle s'élève, plus elle perfectionne cette partie de son œuvre, dans les limites

du possible cependant et sans rendre la tête de la créature trop pesante pour gêner l'exercice des facultés physiques. Examinons maintenant quelques anneaux de cette chaîne de la sensibilité organique ascendante, tant dans la forme externe que dans la direction de la tête.

1*» Dans les animaux dont la tête occupe, comme le corps, une position horizontale, le cerveau est moins achevé : la nature a répandu Tirritabilité et l'instinct plus intimement sur tout l'être. Tels sont les vers et les zoophytes, les insectes, les poissons et les amphibies : chez eux la tête se révèle à peine dans l'anneau inférieur de la chaîne organique, tantôt sous la forme d'un point, tantôt sous celle d'une espèce d'œil. Chez les insectes, elle est très petite; chez les poissons, elle ne fait .Qli'^n avQc le corps et chez les amphibies elle est, la j?Jupart du temps, attachée, dans une position horizontale, à un corps rampant. A mesure que la tête se détache et se dresse, la créature se réveille de son abrutissement; en même temps la bouche se retire et ne constitue plus la partie antérieure de la conformation horizontale. En comparant le re^wn, qu{i ^na^ble ji'être qu!e bouche et gosier, ou le crocodile vorace et -raiApaot, ■à des créatures plus délicatemeiat organisées, nous serons amenés, par de nombreux exemples, à cette proposition : pdus la tête et? le corps de l'animal se rapprochent de la hgne droite jborizontale, plus la région encéphalique se resserre et s'abaisse, |)lus les mâchoires, plus fortes let plus proél^inenteSy tandent k devenir le point culminiant de son action.

2o Plitô l'animal est parfait, plus il s'éJlèye au 4essus 4u sol; ^s ïambes deviennent plus longues ; les os du cou s'articjulenl; suivant l'organisation de sa structure et la tête ;{^enâ une posî*tion et une direction appropriées au tout. €oiBparons mainte*^ tant les animaux à cuirasses et à poches (marsupiaux), le hérisson, :1e rat, le glouton et d'autres espèces inférieures, mx

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animaux les plus nobles : daas les premiers, les jambes sont courtes, la tête enfoncée, les épaules, la:bouche s'allongent et se .projettent en avant; dans les derniers, la démarche est plus libre, .la <tâte plus dégagée, le cou plus flexible, la bouche plus petite, et par là, tout naturellement, l'espace réservé au cerveau est jplus élevé et plus vaste. La proposition suivante devient donc ladmissible : la forme de la créature est plus perfectionnée en raison des tendances du corps à s'élever et de la tête à se dégager plus librement du squelette. 11 est toutefois à remarquer que cette proposition, de même que la précédente, ne sont pas applicables à certains membres pris isolément, mais bien aux jrapports généraux de la structure animale.

3» Plus la tète s'élève et plus sa partie inférieure se recule m diminue de volume, plus son aspect est noble, plus le front est intelligent : mettez en regard le loup et le chien, le chat et le lion, le rhinocéros et l'éléphant, le cheval et l'hippopotame. Au contraire, plus les parties inférieures du visage sont épaisses, grossières et inclinées vers la terre, plus la tête, le crâne et le front sont petits. Ici encore, non seulement les diverses espèces d'animaux diffèrent entre elles, mais les animaux d'une même espèce, suivant le climat qu'elle occupe. Voyez l'ours blanc du Nord et l'ours des régions chaudes, ou bien les différentes espèces de chiens, de cerfs et de chevreuils; bref, moins les mâchoires sont développées, plus le crâne est vaste et plus l'animal se rapproche de la forme raisonnable. Pour se faire une idée plus claire de la chose, tirons des lignes depuis la dernière vertèbre cervicale ^u squelette jusqu'au sommet du crâne, à la partie antérieure de l'os frontal et au point extrême de la mâchoire supérieure : on reconnaîtra alors que les grandes variétés que présente l'angle facial, se divisent en espèces et en genres différents et qu'elles proviennent primitivement de la marche plus ou moins horizontale de l'animal.

Je me rencontre ici avec Camper (1), dans ses très savantes remarques sur la figure des singes et sur celle d'hommes de race différente : il fait, en effet, partir une ligne droite de l'ouverture de l'oreille à la base du nez et une autre de la partie la plus avancée de l'os frontal à la partie la plus proéminente de la mâchoire supérieure, dans son profil le plus aigu. II prétend découvrir dans cet angle, non seulement la différence qui existe entre les animaux, mais encore celle qui existe entre les nations et il croit que la nature s'est servie de cet angle pour déterminer les diverses variétés de la création animale et pour arriver graduellement dans l'homme, à la forme la plus parfaite de la beauté. Les oiseaux décrivent l'angle le plus petit et plus l'animal s'approche de la forme humaine, plus cet angle s'agrandit. Les tètes des singes atteignent de 42 à 80 degrés; ces derniers approchent du type de l'homme. Le nègre et le kalmuck ont un angle de 70 degrés, les Européens, de 80 et les Grecs portèrent leur idéal jusqu'à 90 et même à 100 degrés. Tout ce qui dépasse cette limite devient monstrueux; aussi est-ce le point le plus extrême auquel les anciens aient élevé la beauté de leurs têtes. Comme cette remarque est d'une justesse frappante, j'aime, ainsi que je crois déjà l'avoir fait, à la ramener à son principe physique qui est : que la perfection de la créature est en raison de la position et de la forme soit horizontale, soit perpendiculaire de la tête, d'où dépendent, en dernière analyse, l'heureuse situation du cerveau et la beauté et la proportion de tous les traits de la figure. Si donc on voulait rendre aussi complète que possible la théorie de £amper et démontrer la vérité de son principe fondamental, on n'aurait qu'à prendre, pour point central, la dernière vertèbre cervicale, au lieu de l'oreille et tirer de là des lignes allant vers l'extrémité de l'oc-

(1) Camper's Kkinere schriften, 1. 1. p. 15.

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