‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 8 sur 132 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

d'éloignement diffèrent essentiellement. La nature nous a donc placés dans une des trois planètes moyennes où parait régner une plus grande harmonie et une proportion plus juste non seulement dans la division du temps et de l'espace, mais encore dans l'organisation des êtres. Peut-être le rapport de notre matière à notre esprit est-il dans une proportion semblable à la longueur de la nuit et du jour. Peut-être la rapidité de notre pensée est-elle en raison de la durée des révolutions de notre planète sur son axe et autour du soleil, comparée à la célérité ou à la lenteur de celle d'autres astres ; de même que nos sens sont évidemment appropriés au degré de finesse d'organisation qui peut et doit se produire ici-bas. En dehors du monde que nous habitons, existe probablement, sous ce rapport, la plus grande divergence. Ainsi, aussi longtemps que nous vivrons ici, ne comptons que sur l'intelligence médiocre de cette terre et sur une vertu humaine plus douteuse encore. Si nous pouvions avec les gens de Mercure inspecter le soleil et, avec ses ailes, voler à l'entour ; si, avec la rapidité de Saturne et de Jupiter à tourner sur leur axe, nous possédions leur orbite immense et la lenteur qu'ils mettent à la parcourir; ou si, également, le froid le plus intense et la chaleur la plus ardente, nous pouvions, sur la chevelure d'une comète, traverser les lointaines régions du ciel : alors nous oserions discerter d'un autre ordre de pensées et de forces humaines, plus ou moins étendu que notre juste milieu. Mais maintenant, étant où nous sommes et tels que nous sommes, nous resterons fidèles à notre état mitoyen ; il a vraisemblablement été exactement calculé sur la durée de notre vie. Il est une idée qui doit réveiller les âmes des plus indolents, c'est que tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, ils puissent jouir des richesses de la nature créatrice, qui leur sont refusées aujourd'hui ; c'est que peut-être, après que nous aurons atteint le sommet de l'organisation de notre planète, notre lot, le pro-

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grès puisse être, dans notre destinée, de traverser d'autres astres, ou que notre fin dernière soit de nous réunir aux créatures accomplies de mondes si nombreux et si divers. Gomme nos pensées et nos facultés naissent évidemment de notre orga* nisation terrestre et tendent sans cesse à se modifier et à se développer jusqu'à ce qu'elles aient atteint la vigueur et la délicatesse dont notre organisme est susceptible, on peut en conclure, en se basant sur l'analogie, qu'il en est de même dans les autres astres ; quelle richesse d'harmonie si des créatures si différentes doivent toutes marcher vers un même but (1) et se ^ com muniquer leurs découvertes et leurs impressions. Notre ' intelligence n'est qu'une intelligence terrestre qui se développe par l'influence du monde physique qui nous entoure : ainsi eu est-il des instincts et des penchants de notre cœur; un autre monde ne connaît probablement pas les encouragements et les obstacles extérieurs qu'ils rencontrent ici. Mais les résultats finalement obtenus les connaîtra-t-il ? Sans doute! Tous les rayons convergent vers le centre ici comme ailleurs. La raison pure ne sera jamais que la raison, quelqu'affranchie qu'elle soit de la matière ; l'énergie du cœur sera partout la même qualité, c'est à dire la même vertu dans quelques circonstances qu'elle se soit manifestée. Ainsi l'on peut dire que la plus grande diversité tend à l'unité et que la nature, qui embrasse tout, a pour but l'union des plus nobles tendances de tant de créatures différentes et l'assemblage, dans un même jardin, des fleurs de l'univers. Ce qui est uni physiquement, pourquoi ne le serait-il pas spirituellement et moralement, puisque l'intellectuel et le moral touchent aussi au physique et obéissent, dans un ordre

(1) Du soleil considéré comme corps habitable. Y. Pensées de Bodens sur la nature du soleil dans les transactions de la Société dés naturalistes de Berlin\ II, p. S«5.

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