NOTRE TERRE EST UNE DES PLANÈTES MOYENNES
La terre a, au dessous d'elle, deux planètes, Mercure et Vénus; au dessus d'elle, Mars (qui peut-être en cache encore une supérieure), Jupiter, Saturne et Uranus; ce qui peut en exister d'autres se perd en dehors de l'action régulière du soleil et l'orbite excentrique de la dernière planète dépasse l'ellipse désordonnée des comètes. Elle est donc un être moyen, et de même qu'elle l'est par la place qu'elle occupe, elle l'est aussi par la dimension, par la proportion et la durée de ses révolutions sur elle-même et autour du soleil. Chaque extrême, le plus grand et le plus petit, le plus rapide et le plus lent est également distant d'elle. Bien que notre globe occupe ainsi une place privilégiée parmi les planètes au point de vue de l'observation astronomique, de l'ensemble (1), il serait beau de connaître de plus près, ne fût-ce que quelques membres de cette sublime phalange d'étoiles. Un voyage dans celles de Jupiter, de Vénus ou seulement dans notre lune, nous donnerait sur la formation de notre terre, qui repose sur des lois identiques à celles de
(1) Éloge de l'Astronomie par Ksestner ; Hamb. magaz. 1. 1, p . 206 sq.
LIVM I. -^ CHAPITRE II. ^
leur création, de même que sur les rapports de similitude existant entre l'organisation de notre espèce et celle d'autres corps terrestres, d'une essence supérieure ou plus délicate, enfin peutêtre aussi sur notre destinée ftiture, des renseignements si nombreux que nous pourrions plus hardiment, d'après ces données sur deux ou trois membres, composer la progression de la chaîne entière. La nature, en établissant des limites à nos investigations, nous a interdit ce spectacle. Nous voyons la lune, nous distinguons ses cavités et ses montagnes prodigieuses ; nous observons Jupiter, ses révolutions et ses ceintures excentriques, Tanneau de Saturne, la lumière rougeâtre de Mars, Téclat plus doux de Vénus, et nous déduirons de nos remarques ce qu*à tort ou à raison nous croyons avoir aperçu. Il règne entre les planètes des distances proportionnées ; de ce fait, ainsi que de la densité de leurs masses, on a tiré des conséquences probables, qu*on a cherché à mettre en rapport avec leur rotation et leurs révolutions ; tout cela mathématiquement et non physiquement, puisquMl nous manque, en dehors de notre terre^ un deuxième point de comparaison. Les rapports de leurs volumes, de leurs rotations, de leurs révolutions, etc., à leurs distances du soleil, n*ont pas encore reçu de formule qui expliquât, ici aussi, tous les phénomènes par une seule et même loi cosmogonique. Nous savons moins encore jusqu'à quel point chaque planète est formée, et notre ignorance est surtout grande en ce qui concerne les organisations et la destinée de ses habitants. Les rêves de Kircher et de Schwedenborg, les saillies de Fontenelle^ les conjectures mises, à des points de vue différents, par HuyghenSj Lambert et Kant^ prouvent que ces mystères étaient et doivent rester pour nous impénétrables. Que nous établissions une échelle ascendante ou descendante, que nous placions les êtres les plus parfaits près ou loin du soleil, cela n'en restera pas moins un songe qui, faute pour nous de pouvoir pénétrer dans la diversité
des planètes, sera renversé presque pas à pas et nous laissera en somme que ce résultat : que partout comme ici régnent l'unité et la variété, mais que la force de notre intelligence, pas plus que notre point de vue, ne nous fournit de mesure pour apprécier la marche progressive et rétrograde. Nous ne sommes pas au centre mais dans la foule : nous naviguons, comme d'autres terres, sur le fleuve circulaire et n'avons point de terme de comparaison.
Si nous osions toutefois, du point où nous trouvons, mesurer la distance qui nous sépare du soleil, sur les sources de lumière et de vie dans notre création , notre terre obtiendrait le lot incertain de la médiocrité dorée, que pour notre consolation nous pouvons au moins considérer comme un heureux milieu. Tandis que Mercure accomplit sa rotation autour de son axe et sa révolution diurne environ en six heures, son année en quatrevingt huit jours, et qu'il est éclairé par le soleil six fois plus que nous ; tandis qu'à Jupiter il faut onze ans et trois cent treize jours pour terminer sa longue course autour du soleil, et qu'au contraire le jour et la nuit y durent à peine onze heures; tandis que le vieux Saturne, pour lequel la lumière du soleil a cent fois moins d'intensité, tourne autour de cet astre en trente années et autour de son axe approximativement en sept heures , nous, planètes moyennes, la terre. Mars et Vénus, nous sommes d'une nature moyenne. Le jour est à peu près d'égale longueur pour nous trois, et sa durée diffère autant de la durée du jour des autres planètes, que notre année diffère de la leur. Le jour de Vénus est d'environ vingt-quatre heures, celui de Mars n'en atteint pas vingt-cinq. L'année de Vénus est de deux cent vingtquatre jours, celle de Mars d'un an et trois cent vingt-deux jours, bien qu'il soit trois fois et demi plus petit que la terre et à une distance du soleil plus grande de plus de moitié; dans un rayon plus éloigné, les rapports de grandeur, de révolution et