LIVRE IV. — CHAPITRE VU
bas confié à la terre et si le dogme de l'immortalité ne s*appuyait pas sur des preuves plus solides, on le verrait bientôt tomber dans la poussière sans force et sans valeur. Du reste, ce système, ainsi que je l'ai déjà dit, me semble inapplicable au sujet, car il est à remarquer qu'il ne s'agit pas ici de la naissance d'une jeune créature qui descend d'une créature de son espèce, mais bien d'une créature qui s'endort dans la mort pour se réveiller dans une existence nouvelle ; et si cette théorie était exacte quant à la génération des êtres et si nos espérances ne reposaient pas sur un autre fondement, d'infranchissables obstacles s'élèveraient contre elles. Qu'il soit établi que, de toute éternité, la fleur ne produira qu'une fleur, l'animal qu un animal et que, dès le commencement de la création, tout repose mécaniquement dans des germes préformés; adieu alors l'espérance ravissante d'une existence supérieure ! Si de toute éternité j'ai existé en un germe préformé pour mon existence présente et non pas pour une autre, tout ce qui devait naître de moi, repose dans les germes préformés de mes enfants et quand l'arbre meurt, la philosophie tout entière des germes est morte avec lui.
Si, dans une question aussi importante, nous ne voulons pas nous laisser influencer par le vain charme des paroles dorées, alors nous devons prendre la chose de plus haut et étudier l'analogie générale de la nature. Nous ne pouvons suivre la nature jusque dans les secrètes profondeurs de son royaume : aussi serait-il tout à fait inutile de chercher dès maintenant à poser des conséquences immuables; mais les effets et les formes des pouvoirs sont sous nos yeux et nous pouvons dès lors les comparer entre eux et rassembler des données sur la marche de la nature ici bas, sur son caractère dominant et sur celui de nos espérances.