LIVRE V. — CHAPITRE II
ture fut devenue ce qu'elle doit être dans son genre. Si Ton considère ces transformations, ces opérations vivantes tant dans Tœuf de l'oiseau que dans le sein de l'animal vivipare, il me semble que c'est s'exprimer d'une manière impropre que de parler de germes qui sont simplement retournés, ou d'un système d'épigénésie d'après lequel les membres seraient ajoutés de l'extérieur. Il y a formation (genesis), résultat de l'action de pouvoirs internes pour lesquels la nature a préparé une masse dans laquelle ils doivent se former et se développer d'une manière visible. Voilà ce qui résulte de l'étude de la nature et ce qui confirme l'observation des différentes périodes de formation qui sont plus ou mois rapprochées, selon que l'organisme est plus ou moins compliqué et la force vitale plus ou moins abondante : ainsi s'expliquent les difformités des créatures, produites par une maladie, un accident ou le croisement de diverses espèces; et c'est le principe constant que la nature, toujours riche en force et en vitalité, nous révèle dans l'analogie progressive de toutes ses œuvres.
Ce serait très mal interpréter le sens de mes paroles que de croire que je partage cette opinion de quelques philosophes qui prétendent que l'âme intelligente a, elle-même et à elle seule, construit, par la puissance de la raison, le corps de l'enfant dans le sein de la mère. Nous avons vu avec quelle lenteur se forme la raison, et que nous venons au monde, susceptibles de raison, mais incapables de la posséder ou de l'acquérir par nos propres forces. Et comment la raison humaine, même arrivée à son plus haut degré de maturité, pourrait-elle produire un semblable effet, puisqu'elle ne peut même saisir le jeu des différentes parties de son corps, soit interne, soit externe, et que le plus grand nombre de ses fonctions vitales s'opèrent sans qu'elle en ait connaissance et sans la participation de sa volonté. Ce n'est pas notre raison qui a construit notre corps, mais bien
9» PHILOSOPHA DE l'hISTOIBE.
le doigt de la Divinité, Taction des forces organiques. L'Éternel les a placées très haut sur Téchelle de la nature et a limité letir puissance créatrice dans un petit monde de matière organique qu'il a isolé et distingué pour la formation du jeune être. Elles se confondent harmoniquement avec la forme dans laquelle elles résident, et l'harmonie continue aussi longtemps que là forme dure. Quand elle est détruite, le Créateur les relève de ce service et leur prépare une autre sphère d'action.
Suivons donc le cours de la nature et nous verrons qu'il est évident :
!<" Que les pouvoirs et les organes sont intimement unis les uns aux autres, sans être cependant uns et identiques. La matière de notre corps existait, mais informe et sans vie, avant d'être façonnée et animée par les pouvoirs organiques.
S"" Chaque pouvoir agit en harmonie avec son organe ; car oe dernier rfa été formé que pour servir à manifester son essence et il s'assimile les parties que le Tout-Puissant lui a destinées et qui servent à l'envelopper.
3*» Quand l'enveloppe se brise, le pouvoir qui existait avant elle, quoique dans un état inférieur, mais pourtant organique, persiste après elle. S'il lui a été possible de s'élever de sa première forme à celle qu'il a sous cette enveloppe, et lui sera encore possible, de revêtir yne autre forme en passant par une transition nouvelle. Et celui qui l'a amené jusque là, lui et d'autres pouvoirs plus imparfaits encore, saura bien lui fournir le milieu nécessaire à son développement.
Et la nature, toujours semblable à elle-même, toujours uniforme, ne nous a-t-elle pas laissé entrevoir ce milieu dans lequel opèrent tous les pouvoirs de la création? Dans les profondeurs les plus cachées de l'Être, où nous voyons poindre les premiers germes de vie, on découvre l'élément impénétrable et si actif que dans notre langage impar&it nous appelons lumière,
UVRB V. — GHAMTRE II. «T
éther, chaleur vitale et qui e&t probablement le sensorium par lequel le créateur de toutes choses, échauffe et vivifie l'univers. Ce torrent de feu céleste qui embrase cette multitude d*organes, se purifie de plus en plus. Sans doute que tous les pouvoirs icibas agissent à l'aide de ce véhicule et la force de génération, ce prodige de la création terrestre, en est inséparable. Sans doute aussi que notre corps fut construit, même dans ses parties les plus grossières, de façon à attirer en plus grande somme ce courant électrique qu'il doit élaborer : et dans nos facultés les plus nobles ce n'est pas cette force électrique grossière qui sert d'instrument à nos perceptions morales et physiques mais bien quelque élément préparé par notre organisation, élément beaucoup plus parfait et qui néanmoins conserve avec lui une certaine ressemblance. Ou bien l'instrument de ma pensée n'a rien d'analogue ici-bas — et alors il m'est impossible de me rendre compte de la manière dont elle agit sur mon corps ou de la manière dont d'autres circonstances agissent sur elle — ou bien elle est elle-même cet esprit céleste et invisible de lumière et de feu qui circule à travers tout ce qui vit sur la terre et unit entre elles toutes les forces de la nature. La plus haute pureté qu'il pouvait acquérir dans une forme terrestre, c'est dans l'organisme humain qu'il l'atteint; c'est par lui que l'âme agit sur les organes avec une espèce de toute puissance et qu'elle s'éclaire de ses propres rayons avec une conscience qui la guide dans ses parties les plus intimes ; c'est par lui que l'âme s'échauffe d'une noble chaleur, qu'il lui est possible de se transporter spontanément, pour ainsi dire , hors du corps, même par delà le monde, et de les assujettir tous deux à sa volonté. C'est ainsi qu'elle a acquis un pouvoir sur eux et lorsque son heure a sonné, lorsque la machine externe est tombée en dissolution, qu'y a-t-il de plus naturel que de croire qu'elle attirera à soi ce que , en vertu des lois éternellement actives de la nature, elle
s'est approprié et a intimement combiné à sa substance ? Elle entre dans son nouveau milieu et y entraine ces éléments avec elle ; elle nous élève ou plutôt c'est toi, pouvoir plastique du Dieu créateur, toi , âme et mère de tous les êtres vivants, qui nous fait arriver par de douces transitions à cette nouvelle destination, pour laquelle tu nous as formés.
Ainsi, me semble-t-il, se démontre à l'évidence la fausseté des conclusions des matérialistes qui croyent avoir anéanti la croyance de l'immortalité. Nous irons plus loin : nous admettrons que nous n'ayons pas la connaissance de notre âme, en tant qu'esprit pur : mais cette connaissance ne nous est pas nécessaire. Nous admettrons qu'elle n'agit que comme pouvoir organique : mais sa destination ne lui permettait pas d'agir autrement ; je dirai même davantage : elle devait d'abord apprendre, dans cet état, à penser avec un cerveau humain, à sentir avec des nerfs humains et enfin à s'élever graduellement à la raison et à l'humanité. Admettons encore, pour en finir, que dans son origine , elle soit une avec toutes les forces de la matière, de l'irritabilité, du mouvement et de la vie et qu'elle agit seulement dans une sphère plus élevée et dans une organisation plus pure et mieux formée et l'on n'a jamais vu périr un seul pouvoir de mouvement et d'irritabilité ? Ces pouvoirs inférieurs sont- ils uns et identiques avec leurs organes? Osera-t-on dire que celui qui en a déposé une multitude innombrable dans mon corps et qui a déterminé leurs formes; celui qui a placé mon âme au dessus d'eux en lui assignant un siège à ses opérations et en lui fournissant , au moyen des nerfs, des liens qui les unissent entre eux, osera-t-on dire que dans la grande connexion de la nature, il ne saura pas trouver quelque milieu où il puisse la conduire? Et peut-il en agir autrement, en présence de l'art admirable avec lequel il l'a introduite dans sa demeure organique, pour la former à une destination supérieure?