LIVRE V. — CHAPITRE III
aucune transition et la civilisation des nations a fait un devoir à Thomme du sentiment d'horreur qu'il ressent à la vue des chairs palpitantes. Tous ces pouvoirs sont manifestement d'un genre spirituel et c'est sans doute le point de départ de ces nombreuses hypothèses relativement au fluide nerveux en tant que véhicule perceptible des sensations. Le fluide nerveux, pour autant qu'il existe, entretient en état de santé le cerveau et les nerfs qui, sans lui, ne seraient que des cordes et des vaisseaux inutiles. Les fonctions sont donc entièrement matérielles, tandis que le travail de la pensée, dans ses perceptions et ses facultés, est tout à fait spirituel, quels que soient les organes dont il se sert.
Que deviennent donc ces forces spirituelles qui échappent aux sens de l'homme? Ici la nature a sagement agi en jetant un voile devant nos yeux et, comme nos sens n'étaient pas appropriés à cette fin, en ne nous laissant pas pénétrer ces changements et ces transitions du règne spirituel. Et cela, probablement, parce que cette connaissance serait incompatible avec notre existence actuelle et avec les sentiments sensuels qui nous dominent ici-bas. Tout ce que nous pouvons voir, c'est simplement une chaîne ascendante de formes et de règnes inférieurs; mais la nature conserve pour elle le secret de ces milliers de voies par lesquelles elle les perfectionne, et ainsi le règne des choses à naître, est le grand v>>7 ou Hades, qu'il n'est permis h aucun œil de sonder. D'ailleurs la loi qui détermine les formes, toujours les mêmes dans les créatures et dans les plus petits détails de l'organisation, semble s'opposera cet anéantissement. La raison en est évidente, du moment que toute créature ne peut et ue doit être produite que par des créatures de son espèce. C'est ainsi que la mère de toutes choses a nettement déterminé les voies par lesquelles un pouvoir organisé, qu'il soit dominant ou dépendant, doit atteindre une activité visible, de façon que
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rien ne puisse échapper à ses formes une fois arrêtées. Dans rhomme, par exemple, il y a une telle variété d*inolînations et de capacités que nous sommes frappés, à cette vue, d'une admiration que nous ne pouvons expliquer. Or, comme des fondements organiques sont indispensables à l'existence de ses effets, nous pouvons considérer l'espèce humaine, pour autant toutefois qu'il nous soit permis de hasarder une conjecture sur oes sombres profondeurs de la nature, comme le grand confluent des pouvoirs organiques inférieurs qui ont dû s'unir pour arriver à former la race humaine.
Mais après? l'homme est formé ici à l'image de Dieu et son organisation est la plus parfaite de toutes celles que la terre pouvait lui donner. Reviendra-t-il sur ses pas et redeviendra-t-il une souche, une plante, un éléphant? La création s'arréte-t-elle en lui et n'y a-t-il aucun autre ressort sur lequel il puisse agir? C'est ce qu'on ne peut admettre, alors que dans le domaine de la sagesse et de la bonté suprême, tout s'enchaîne et qu'un pouvoir agit sur un autre pouvoir dans une chaîne femelle. Si maintenant nous jetons un regard en arrière et si nous remarquons que tous les êtres inférieurs semblent se diriger vers la forme humaine; qu'en outre, nous ne trouvons dans l'homme que le premier germe à peine ébauché de ce qu'il doit être dans sa destination réelle, alors il faut convenir que l'homme, n'importe par quelle voie ou par quelle manière, doit s'élever à une destination plus haute, ou bien que toute la connexion de la nature, tous ses plans, ne sont que rêve et mensonge. Voyons donc par l'ensemble des faits qui composent la nature humaine, comment nous arrivons à ce résultat.