POUVOIRS SPIRITUELS
C'est dans la nature même des instruments à Taide desquels Hs agissent que Ton puise d'ordinaire la plupart des objections qu'on élève contre l'immortalité des pouvoirs organiques ; et je erois même pouvoir affirmer que l'examen de ces objections répandra la lumière la plus éclatante, non pas sur l'espérance, BMiis bien sur la certitude que nous avons de leur éternelle activité. Aucune plante ne fleurit par le moyen de la poussière externe qui compose les parties grossières de sa structure et cela est beaucoup plus vrai encore de l'animal qui ne cesse de se développer. Et s'il en est ainsi, comment concevoir qu'un pouvoir interne, tel que la pensée, dans lequel viennent se converger lant de pouvoirs divers, soit le résultat des parties constitutives dans lesquelles le cerveau peut être décomposé. La physiologie, du reste, vient ici à notre aide. L'image externe, (pA se peint dans l'œil, ne pénètre pas jusqu'au cerveau ; le son qui frappe l'oreille, n'ébranle pas l'âme d'une façon mécanique; car les nerfs ne sont pas assez tendus pour pouvoir vibrer à
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runisson. Dans certains animaux, il n'arrive pas une seule fois que les nerfs optiques se concentrent dans un foyer unique ; et dans aucune créature les nerfs de tous les sens, et bien plus évidemment encore les nerfs de tout le corps entier, ne se réunissent dans un point visible, dans un faisceau unique, bien que Tâme se sente présente et agisse dans ses membres les plus infimes. C'est donc une proposition anti-physiologique des plus faibles que celle qui prétend que le cerveau pense de lui-même, que le fluide nerveux sent de lui-même. L'expérience générale ne nous porte-t-elle pas plutôt à croire que l'âme remplit ses fonctions et combine ses idées en vertu de lois physiologiques particulières? Ce qui d'un autre côté ne peut faire l'objet d'un doute, mais ce qui toutefois ne change rien à la nature du phénomène, c'est que ces opérations se font en harmonie avec ses organes et que, si l'instrument vient à manquer, l'artisan est arrêté dans son œuvre. Ce que nous devons examiner pour le moment, c'est le mode d'action de la pensée et l'essence de ses idées.
lo On ne peut nier que la pensée, et même la première perception qui apporte à l'âme la représentation d'un objet externe, est essentiellement distincte de l'objet même que le sens lui révèle. C'est ce que nous nommons image, sans vouloir désigner par là l'image, c'est à dire le point lumineux qui se peint dans l'œil et qui ne pénètre pas jusqu'au cerveau. Dans l'âme, l'image n'est qu'un être idéal, qu'elle forme elle-même à l'occasion des sens. Du chaos des choses qui l'entourent, elle fait jaillir une figure sur laquelle elle concentre son attention et ainsi, par sa force interne, elle compose de plusieurs êtres un tout qu'elle fait sien, qui lui appartient, et qu'elle peut encore rappeler à la vie alors qu'il a cessé d'exister. Les rêves et l'imagination peuvent, et c'est ce qui a lieu aussi, le combiner d'après des lois qui diffèrent entièrement de celles sous lesquelles les sens
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le présentent réellement. Les rêves du délire, que Ton a voulu si souvent apporter à l'appui du matérialisme, sont, au contraire, la preuve évidente de la spiritualité de l'âme. Prêtez Foreille aux paroles d'un fou et suivez attentivement les progrès de sa pensée : il part constamment de l'idée qui l'a si fortement ébranlé que ses organes en sont dérangés et que toute connexion avec d'autres sensations a été rompue; c'est à cette idée qu'il rapporte tout, parce qu'elle domine en lui et qu'il ne peut se soustraire à sa domination : dans ce but il se crée un monde à lui, une connexion d'idées toutes particulières et les divagation de son âme, dans la liaison de ses pensées, ont au plus haut degré ce caractère de la spiritualité. Ce n'est ni d'après la situation des cavités du cerveau, ni même d'après la manière dont lui apparaissent ses sensations, qu'il fait ses combinaisons, mais en raison de l'affinité que d'autres idées peuvent avoir avec l'idée dominante qui le possède et suivant qu'il lui est possible de les ramener à cette idée unique- Toutes les associations d'idées suivent la même voie : elles appartiennent à un être à qui sa propre énergie suffit pour éveiller les souvenirs et cela souvent avec une incroyable idiosyncrasie, à un être qui lie les idées entre elles bien plutôt par l'effet du penchant et d'une sorte d'amour interne que par l'action isolée du mécanisme extérieur. Je souhaiterais voir des hommes, à l'esprit droit, dévoiler le secret de leur cœur et que des observateurs pénétrants, surtout des médecins, fissent connaître les phénomènes qu'ils auraient remarqué dans leurs malades : je suis persuadé qu'on arriverait à constater évidemment l'existence d'un être, organique à la vérité, mais agissant par lui-même et suivant les lois d'une harmonie spirituelle.
2^ Ce qui du reste le prouve encore, c'est la manière toute artificielle dont se forment nos idées à partir de l'enfance, par la marche si lente de notre âme pour acquérir la conscience
tfelle-même et pour apprendre, avec les plus grandes peines^ k se servir de ses sens. Plus d'un psychologue a admiré rhabilcté avec laquelle un enfant se rend compte des notiens de couleur^ de figure, de grandeur et de distance qui le guident dans son apprentissage de la vue. Le sens corporel n'apprend rien, car l'image se peint dans l'œil tout aussi bien pour la première fois que pour la dernière; tandis que l'âme apprend, à l'aide des sens, à mesurer, à comparer et à percevoir spirituellement. L'oreille également lui vient en aide, car certes le langage est un moyen spirituel plutôt que corporel de former les idées. Il n'y a qu'un insensé qui puisse confondre le son et le mot, aussi différents l'un de l'autre que le corps l'est de l'âme, l'organe du pouvoir. Le mot évoque le souvenir de l'idée et la fait passer d'un esprit étranger dans le nôtre, mais il n'est pas l'idée, pas plus que l'organe matériel n'est la pensée. La nourriture matérielle développe le corps^ la nourriture spirituelle, les idées, agrandit l'âme. Ici aussi nous voyons cette même loi d'assimilation^ de croissance et de reproduction, se produisant d'une manière qui n'est pas corporelle, mais qui est propre et particulière. Il est possible à l'âme de se rassasier d'une nourriture qu'elle ne peut ni s'assimiler ni transformer en sa propre substance ; l'âme renferme aussi en elle tout un système de pouvoirs spirituels dont chaque déviation est une maladie sthénique ou asthénique, c'est à dire une dépravation. Un pouvoir productif lui sert à développer cette vie interne, au sein de laquelle se déploient, tout comme dans la vie terrestre, l'amour et la haine, ses attractions et ses aversions. En résumé on peut dire, sans être taxé de visionnaire, qu'il se forme en nous un homme spirituel et interne, qui a sa propre nature, n'emploie le corps que comme instrument et n'agit que d'après les lois de sa propre nature, alors même que les organes corporels sont le plus dérangés. Plus l'âme est séparée du corps, soit par l'effet
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de la maladie, soit par l'effet de la passion, et forcée d*errer dans son univers idéal, plus les manifestations de sa puissance spontanée et de son énergie dans la création des idées et dans leur combinaison, offrent des caractères étranges. Livrée au désespoir, elle revient errer à travers les scènes de sa vie passée, et comme elle ne peut se séparer de sa nature ni cesser Tœuvre de formation des idées qui lui a été assignée, on la voit se créer un monde nouveau dont elle peuple la solitude^
3i^ La conscience, cette marque si grande et si éclatante de la supériorité de la pensée humaine, se forme graduellement d'une manière spirituelle et par les voies de Tbumanité. La conscience de Tenfant est bien faible encore, quoique son âme fasse de constants efforts pour atteindre son but suprême et pour se sentir vivre dans tous ses sens. Tous ses efforts tendent à arriver à la compréhension pour se reconnaître au milieu du monde de Dieu et pour jouir de son être avec une énergie humaine. L'animal se meut dans un rêve obscur ; sa conscience est répandue sur un si grand nombre d'irritations matérielles et tellement enlacée par elles, qu*il ne lui est pas possible, en raison même de son organisation, de se réveiller dans une activité féconde et progressive. C'est par le moyen des sens que l'homme aussi a conscience de son état physique et, lorsque les sens souffrent, est-il étonnant de voir une idée le dominer entièrement, bouleverser son âme et l'amener à représenter en lui un drame soit triste, soit gai. Toujours est-il que ce transport dans une sphère idéale plus animée, plus vivante, témoigne encore de fénergie interne avec laquelle le pouvoir de sa conscience et de sa spontanéité ne cesse de se déployer à travers les mouvements les plus désordonnés. Rien, dans l'homme, ne stimule tant l'activité de son existence, que la connaissance; la connaissance d'une vérité acquise par lui-même, qui se confond avec notre nature la plus intime et devant laquelle s'évanouit
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souvent toute certitude visible. Quand il s'élance sur la trace d'une pensée élevée qui le sollicite, Tbomme oublie tout, il s'oublie lui-même, il perd la conscience du temps qui s'écoule, il outrepasse la mesure de ses forces vitales. Une seule idée féconde qui jaillit du cerveau et remplit l'âme a souvent suffi pour étouffer le sentiment de la douleur physique la plus aiguë. Combien de fois des hommes n'ont-ils pas méprisé la vie, bravé toutes les tortures, la mort même, quand une passion quelconque les transportait , surtout quand ils étaient embrasés de cette passion la plus pure et la plus ardente de toutes, l'amour de Dieu; et on les voyait se plonger dans cet océan de pensées comme dans les délices du ciel. Le travail le plus simple devient difficile dès que le corps est seul à l'entreprendre ; mais l'amour nous rend aisée l'occupation la plus rude et nous donne des ailes pour accomplir les travaux les plus longs et les plus rebutants. Le temps et l'espace s'évanouissent à l'approche de l'amour, qui ne quitte jamais son poste, sa région idéale. On retrouve jusque chez les nations les plus sauvages, les traces de cette nature morale. Quelle que soit la cause pour laquelle ils combattent, ils combattent sous la pression d'une idée. Le cannibale lui-même, brûlé par la soif du sang et de la vengeance tend, quoique sous une forme monstrueuse, à une jouissance qui procède de la pensée.
4° Quelles que soient les circonstances dans lesquelles il se trouve, les maladies qui l'affectent, les phénomènes qui l'entourent , nous ne pouvons considérer comme primitif le pouvoir qui agit dans l'organe. La mémoire, par exemple, varie avec les organisations ; dans les unes elle se forme et se développe à l'aide des images, dans les autres, à l'aide de signes abstraits, de mots ou de nombres. Dans la jeunesse, alors que le cerveau est tendre, elle est excessivement vivace ; dans la vieillesse, alors que le cerveau s'est durci , elle s'alourdit et s'attache aux