LIVRE V. — CHAPITRE IV. i
Mes, leur âme poursuit sans interruption la même série d'idées — avec des procédés, toutefois, différents de ceux de l'état de veille— et qu'elle s'égare dans un monde, en général, plus jeune, plus beau et plus vivant. Dans le rêve, les perceptions sont plus vives, les passions plus violentes, la liaison des idées plus facile, le domaine du possible plus reculé, notre vue plus nette et plus perçante, et la lumière qui nous entoure plus brillante. Dans un sommeil calme et paisible, notre marche se change souvent en un vol rapide , nos dimensions sont agrandies, nos résolutions sont plus énergiques, notre cercle d'action moins limité; et bien que tous ces phénomènes dépendent du corps, puisque le plus léger mouvement de notre âme doit nécessairement être en harmonie avec lui, tant que les forces de la pensée agiront aussi intimement en lui , cependant les effets si singuliers du sommeil et des rêves, effets qui nous combleraient d'étonnement si nous n'y étions habitués, nous indiquent que toutes les parties du corps ne nous appartiennent pas de la même manière; que d'ailleurs certains organes de notre machine peuvent être détendus et affaiblis et le pouvoir suprême, par la force seule du souvenir, agir d'une façon plus idéale, plus vivace et plus libre. Or, puisque toutes les causes qui procurent le sommeil et que tous les symptômes corporels sont, non pas métaphoriquement, mais physiologiquement et réellement semblables à ceux de la mort, pourquoi n'en serait-il pas de même du symptôme spirituel de l'un et de l'autre? Ainsi donc, lorsque la maladie pu l'épuisement auront appesanti sur nous les ailes du sommeil de la mort, il nous restera cette espérance que la mort, comme le sommeil, apaisera seulement la fièvre de la vie, en interrompant doucement un mouvement uniforme et trop prolongé, guérira plusieurs blessures incurables en cette vie et préparera l'âme à un joyeux réveil, à la jouissance d'une nouvelle aurore de jeunesse. Comme les songes ramènent
PHILOSOPHIB DE L^BISTOIBB, T. I. i6
su PHILOSOPHIE DE L HISTOIRE.
mes pensées vers ma jeunesse, comme je ne suis plus qu'à demi enchaîné par quelques organes et que les mouvements de mon âme sont plus libres et plus concentrés sur eux-mêmes, de même, ô toi, songe réparateur et viviflant de la mort ! tu me ramèneras, avec ton doux sourire, la jeunesse de ma vie, les moments les plus beaux et les plus heureux de mon existence, jusqu'à ce que je me réveille, réellement transformé, ou plutôt dans la forme la plus splendide d'une jeunesse céleste.