‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 89 sur 132 · LIVRE V. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE IV

idées du temps passé. Il en est de même des autres facultés de rame et il ne peut en être autrement si elles opèrent organiquement. Nous remarquerons à ce propos que les lois relatives à la conservation et au renouvellement des idées, ne sont nullement physiques, mais entièrement spirituelles. Il s'est trouvé des hommes qui ont perdu le souvenir de certaines années, même de certaines parties du discours, des noms, des substantifs, de certaines lettres et de certains signes, tandis qu'ils conservaient celui des années antérieures et des autres parties du discours ; l'âme n'avait été paralysée que dans celui de ses membres où l'organe avait été lésé. Si la chaîne de ses idées était matérielle, elle devrait, ensuite de ces phénomènes, ou bien se mouvoir dans le cerveau et se former certaines cases pour certaines années, certains noms, certains substantifs, ou bien, si les idées se durcissent avec le cerveau, elles doivent toutes se durcir el cependant combien vivaces sont encore dans la vieillesse, les souvenirs de la jeunesse ! Lorsque l'état de ses organes ne permet plus k l'âme de combiner ses idées avec vivacité ou d'y réfléchir avec assez de pénétration, elle s'attache plus fortement aux acquisitions de ses belles années, dont elle dispose comme de sa propriété. Dans ces moments qui précèdent la mort et dans toutes les circonstances où elle se sont moins enchaînée par le corps, ces souvenirs se réveillent avec toute la vivacité d'un plaisir d'enfance et c'est de là surtout que naissent les plaisirs du vieillard, la joie du mourant. Dès le début de la vie, notre âme semble n'avoir qu'un but, celui d'acquérir une figure interne, la forme de l'humanité et de se sentir heureuse et entière en elle, comme le corps dans la sienne propre. Elle s'applique de toutes ses forces à atteindre ce but, avec autant de zèle et de sympathie que le corps pour sa santé ; si quelque partie souffre, toutes les autres s'en ressentent immédiatement et il applique tous ses sucs, pour autant qu'il est en son pou-

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voir, à réparer la brèche et à guérir la blessure. C'est âiasi aussi que Vkme agit pour sa santé, toujours précaire, souvent trompeuse, santé qu'elle s'efforce de raffermir ou de développer, tantôt à l'aide de remèdes véritables, tantôt à l'aide da remèdes illusoires. C'est avec un art merveilleux qu'elle travaille à cette œuvre et le nombre des ressources et des remèdes qu'eHe donnait est incroyable. Si l'on étudiait la séméiologie de l'âme de la même façon que celle du corps, sa nature propr<e et spirituelle se manifesterait si incontestablement dans toutes ses maladies que les systèmes des matérialistes s'évanouiraient comme les nuages devant le soleil. Quant à celui qui est fermement persuadé de l'existence de cette vie intérieure, toutes les circonstances externes au sein desquelles le corps, comme toute matière, se transforme sans cesse, ne seront pour lui que des transitions qui n'affectent point son être. Il passera de ce monde dans le suivant ou d'une période de vie à l'autre avec aussi peu de souci que de la nuit au jour.

Le Créateur, par une expérience chaque jour renouvelée, par le moyen du sommeil rafraîchissant, ce frère de la mort, le Créateur nous démontre combien les éléments de notre machine sont loin d'être inséparables les uns des autres et combien ils sont distincts du moi de notre conscience. Le toucher si doux de son doigt vient délier les fonctions les plus importantes de la vie : les nerfs et les muscles se détendent, les perceptions des sens sont interrompues, mais l'âme, elle, continue de penser dans son propre domaine. Elle n'est pas plus séparée du corps que lorsqu'il est éveillé, comme le prouvent, du reste, les perceptions qui souvent se mêlent à nos rêves. Loin de là, elle agit d'après ms propres lois, même dans le sommeil le plus profond, dont les rêves ne laissent aaeune trace dans notre souvenir, à moins d'être réveillés en sursaut. Plusieurs personnes ont remarqué que dans les rêves paisi-

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