‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 92 sur 132 · LIVRE V. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE V

cela semble n'être qu'un enfant et, à part quelques penchants nécessaires, il est obligé d'apprendre tout ce qui tient à la raison et à l'humanité. Il n'apprend, du reste, qu'imparfaitement parce que, s'il a reçu des germes d'intelligence et de vertu, il a reçu aussi des préjugés et des coutumes mauvaises, et que sa marche vers la vérité et la liberté est appesantie par le poids des chaînes qui, dès l'origine, entravaient déjà son espèce. Les traces que des hommes presque dieux ont laissées sur le sol , se sont jointes et confondues avec tant d'autres traces imprimées par les pas des animaux et des brigands que, bien souvent, hélas, celles-ci ont été plus suivies que celles, si peu nombreuses, des hommes grands et bons. Et alors il faut, ainsi que l'ont fait plusieurs, ou reprocher à la Providence d'avoir placé l'homme sur des limites qui touchent de si près à celles de l'animal qu'il ne devait point égaler et de lui avoir refusé ce degré de lumière, de fermeté et de certitude qui aurait pu guider sa raison au lieu de l'instinct qui lui manque; ou ce début si mesquin et si imparfait est une preuve de son progrès éternel ; car l'homme doit acquérir par lui-même et par l'exercice ce degré de lumière et de certitude, à l'aide duquel il doit devenir, sous la conduite de son père et par ses propres efforts, une créature plus noble et plus libre et c'est ce qu'il deviendra. Ainsi l'homme apparent deviendra l'homme lui-même; ainsi la fleur d'humanité, engourdie par le froid, brûlée par les rayons du soleil, s'épanouira dans sa forme véritable, dans toute la plénitude de la beauté qui lui est propre.

Cela nous permet de voir facilement quelle est la partie de nous-mêmes susceptible de passer dans un autre monde : c'est cette humanité divine, le bouton encore fermé de la véritable forme de l'homme. C'est elle seule que la corruption de cette terre a pour objet ; nous abandonnons au règne des pierres la partie calcaire de nos os et nous rendons aux éléments tout ce

que nous leur avons emprunté. Tous les appétits terrestres qui, en nous, comme dans les animaux, ont servi à l'écononûe terrestre, ont rempli leur tâche. Leur mission était de provoquer chez Thomme les sentiments et les efforts les plus nobles, et cette mission terminée, leur but était atteint. Le besoin de la nourriture devait pousser Thomme au travail ; à la société» lui inspirer le sentiment de Tobéissance aux lois et aux institua tiens et l'attacher à la terre par un lien salutaire et indispensable. Les désirs des sexes devaient faire naître, même dans les cœurs les moins sensibles, la sociabilité, Tamour maternel, conjugal et filial, et rendre les efforts pénibles et prolongés qu'il ferait pour son espèce, agréables à l'homme, lorsqu'il aurait en vue les siens , sa chair et son sang. Tel a été le but de la nature dans toutes les nécessités de la terre et toutes doivent receler un sein maternel dont jaillira un germe de l'humanité. Heureux si ce germe vient à éclore ! il développera sa fleur sous les rayons d'un soleil plus riant. La vérité, la beauté et l'amour, voilà à quoi tendent tous les efforts de l'homme, même à son insu et souvent par les voies les plus détournées. Les détours si compliqués du labyrinthe deviendront aisés à suivre , les formes ravissantes de l'enchantement s'évanouiront et chacun reconnaîtra, plus ou moins clairement, le point central où aboutit la voie qu'il suit ; et toi aussi, providence maternelle , sous la forme du génie et de l'ami dont le secours lui est nécessaire, tu guideras ses pas d'une main douce et indulgente (1).

C'est pourquoi la suprême bonté du Créateur nous a caché la forme de ce monde, pour ne pas éblouir nos sens et pour ne

(1) Comment cela arrive-t-il? — Que la philosophie terrestre est en état de nous donner la certitude à cet égard? Nous examinerons, dans la suite de cet ouvrage, les systèmes de certains peuples sur la transmigration des âmes et sur les métamorphoses qui tendent à les purifier sans cesse.

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pas nous inspirer de désirs faux et prématurés. Si en effet nous suivons attentivement le cours de la nature dans les espèces qui nous sont inférieures et que nous considérions par quelles voies mesurées FÉtre suprême rejette les espèces les moins nobles et adoucit graduellement les lois de la nécessité, tout en élevant les pouvoirs spirituels, en purifiant la pensée et en donnant à la beauté un éclat plus radieux, nous pouvons mettre toute notre confiance dans le talent de l'invisible artisan et croire que la fleur naissante de Tbumanité, captive encore dans le germe, s'épanouira un jour sous la vraie forme de Thomme semblable à Dieu, dans un état dont il n'est donné à aucun esprit sur la terre de rêver la grandeur et la majesté. Il est inutile toutefois de laisser notre imagination broder sur ce thème et, bien qu'il soit démontré pour moi, qu'un lien intime unit les uns aux autres tous les degrés de la création, les forces organiques de notre âme, dans leurs tendances les plus pures et les plus spirituelles , préparent, ici bas même, les fondements de leur transformation future ; ou qu'au moins, et sans qu'elles aient conscience de leur travail, elles forment le tissu qui doit leur servir d'enveloppe, jusqu'au moment où les rayons d'un soleil plus chaud éveilleront leurs pouvoirs les plus énergiques, dont elles ignorent encore l'existence. Ârrétons-nous, car il y aurait témérité à chercher à esquisser les lois mystérieuses par lesquelles le Créateur prépare un monde que nous voile encore de si épaisses ténèbres. Ce qui nous suffit c'est que toutes les métamorphoses que nous remarquons dans les régions inférieures de la nature, soient des tendances à la perfection et que nous ayions au moins quelque idée d'un sujet que des obstacles d'un ordre supérieur nous défendent de pénétrer davantage. La fleur se montre à nos regards, d'abord comme une graine et ensuite comme un germe : le germe se change en bouton et à la fin apparaît la fleur qui poursuit ses différentes

périodes de vie dans celte économie terrestre. Tous les êtres animés présentent des progrès et des transformations de l'espèce et le papillon même esl en cela si extraordinairement remarquable, qu'il est devenu un symbole bien connu. Voyez ramper l'abjecte chenille, assujettie à ce grossier appétit de la faim : son heure sonne et la mort la saisit. Elle se replie sur elle-même et s'enroule dans le linceuil qu'elle portait en elle avec les premiers organes de son état futur. Maintenant ses anneaux travaillent et les forces organiques internes se développent elles-mêmes. La transformation est lente d'abord et semble être la décomposition. Dix pieds de l'animal disparaissent avec la peau qui l'abandonne; petit à petit on voit les membres de la créature naissante, informes d'abord, prendre leurs véritables proportions. Néanmoins la créature ne s'éveille pas avant d'être complète : alors elle se montre soudain à la lumière et le dernier effort de la transformation s'achève promptement. En quelques minutes, ses ailes si délicates deviennent cinq fois plus grande qu'elles n'étaient sous leur enveloppe inanimée; douées d'élasticité et resplendissant des ' plus merveilleuses couleurs qui peuvent éclore sous le soleil, elles portent, sur l'haleine du zéphyr, le nouvel être, brillant et régénéré. Tout en lui est changé : au lieu de se nourrir comme autrefois de feuilles grossières, il s'abreuve du doux nectar que distillent les fleurs dans leurs calices d'or. Sa destinée n'est plus la même : ce n'est plus l'instinct machinal de la faim qui le domine mais la pure passion de l'amour. Qui pourrait pressentir sous les formes de la chenille, l'éclat futur du papillon ? Qui voudrait ne voir en eux qu'une seule et même créature si l'expérience ne le démontrait? et puisque ces deux existences ne sont que les différentes périodes de la vie d'un même être sur une seule et même terre où le cercle organique se recommence, quelles magnifiques métamorphoses ne doivent

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