‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 95 sur 132 · LIVRE V. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE IV

de même des penchants terrestres viennent toujours ternir les plus nobles compositions d*ici bas ; et le créateur» dans sa miséricordieuse sévérité, a su juxtaposer deux causes de désordre, qui se combattent et se corrigent Tune l'autre, afin que le germe de l'immortalité fût caressé plutôt par les tempêtes que par le souflQe paisible du zéphyr. L'homme qui a beaucoup d'expérience, a beaucoup appris ; celui qui vit dans rinsouciance et l'apathie ne sait pas ce qui est en lui et encore moins se rend-il compte , avec cette satisfaction qui porte en elle-même sa récompense, de l'étendue de ses pouvoirs. La vie est donc un combat et il est bien difficile d'obtenir la couronne pure et immortelle de l'humanité. Le but est placé au bout de la carrière et celui qui combat pour la vertu, emportera sa palme dans la mort.

3» Ainsi , si des créatures supérieures abaissent vers nous leurs regards, elles doivent nous apercevoir de la même manière que nous voyons les espèces moyennes par lesquelles la nature passe d'un élément à l'autre. L'autruche agite lourdement ses ailes qui ne peuvent lui servir à voler, mais seulement à activer sa course , parce que le poids de son corps la retient sur la terre. Cependant le pouvoir organisateur en a pris soin tout autant que de n'importe quelle créature, car en elles-mêmes elles sont parfaites et ce n'est qu'à nos yeux qu'elles semblent défectueuses. Il en est de même de l'homme ici bas. Ses défauts et ses difformités paraissent monstrueux à un esprit de la terre, mais un esprit supérieur, qui examine la structure interne et voit déjà un plus grand nombre d'anneaux de la chaîne, peut bien en avoir commisération, mais il ne peut pas le mépriser. Il se rend compte des motifs qui font sortir l'homme de la vie dans tant d'états différents , enfant ou vieillard, sage ou fou, fœtus informe ou vieillard retombé en enfance. La bonté toute-puissante embrasse la folie et la difformité, tous

les degrés de la civilisation, toutes les erreurs de rhumanité et possède les trésors d*un baume assez puissant pour soulager des douleurs et des blessures que la mort seule peut guérir. Puisque sans doute l'état futur doit sortir de Tétat présent, de même que notre organisation est sortie des régions inférieures, sa destinée est, sans doute aussi, plus intimement liée à Texistence présente que nous ne pouvons nous le figurer. On ne voit éclore dans le jardin céleste que des plantes dont les semences ont dû germer ici bas et percer une enveloppe rude et grossière. Si donc, ainsi que nous l'avons vu, la sociabilité, Famitié, la participation active aux affections d'autrui, heureuses ou malheureuses, composent pour ainsi dire le but de l'humanité dans toute son histoire, la fleur de la vie humaine, une fois qu'elle est épanouie, doit, de toute nécessité, revêtir la forme vivifiante qu'elle recelait en germe et répandre partout , avec son ombre sacrée , ces biens auxquels notre cœur aspire en vain dans toutes les combinaisons de la terre. Nos frères du degré supérieur nous aiment donc avec plus de force et de pureté que nous ne pouvons leur en rendre, parce que notre état leur apparaît plus visiblement : le moment du temps est passé pour eux, tous les désaccords sont réglés et il est probable qu'ils préparent en nous des compagnons de leurs travaux, des frères qui doivent partager leur bonheur. Encore un pas, et l'esprit oppressé va respirer plus librement, la blessure du cœur va se fermer : ils nous voient approcher et prêtent le puissant secours de leur bras à notre marche chancelante.

4» Je ne puis me figurer, puisque nous appartenons à une espèce moyenne entre deux classes, desquelles nous participons dans une certaine mesure, je ne puis me figurer que l'état futur soit si éloigné du présent et ait avec lui aussi peu de rapport que la partie animale de l'homme est portée à le croire; il se présente, du reste, dans l'histoire de notre espèce, un grand

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