‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 96 sur 132 · LIVRE V. — CHAnnUB ▼!• Î · texte numérisé non relu

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nombre d'accidents et d'événements qui seraient pour moi incompréhensibles, si je n'admettais l'intervention d'une influence supérieure. Ainsi, il me semble bien difficile à croire que Thomme, par ses propres efforts et sans le secours d'un guide supérieur, ait pu entrer dans la voie de la civilisation et inventer le langage et la première science, et tant que cet appui lui aura manqué, on est fondé à supposer qu'il sera resté plongé dans un état grossier et sauvage. Ce qui est positif, c'est que l'esprit d'une économie divine a plané sur l'espèce humaine depuis son origine pour guider ses pas dans la voie la plus sûre; mais plus les facultés humaines ont été développées par l'exercice, moins cette assistance supérieure leur a été nécessaire, ou moins elles ont été susceptibles d'en faire usage, bien que, dans la suite des âges, de très grands effets aient surgi ou aient été accompagnés de circonstances inexplicables. Souvent même les maladies leur ont servi d'instrument, car lorsque l'équilibre d'un organe avec les autres est rompu et qu'il perd ainsi toute utilité dans le système général des fonctions physiques, il semble naturel de voir le principe vital se frayer quelqu'autre voie et recevoir peut-^re des impressions dont une organisation non atteinte ne serait pas susceptible et dont elle ne sentirait pas le besoin. Quoi qu'il en soit, c'est certainement un voile bienfaisant que celui qui est jeté entre ce monde et l'autre, et ce n'est pas sans motif que la tombe, muette et immobile, garde si précieusement son secret. L'homme en général, dans le cours de sa vie, est à l'abri des impressions dont une seule sufBrait pour briser à jamais la chaîne de ses idées et pour faire de lui un membre inutile en ce monde. L'homme, qui est fait pour la liberté, n'est pas destiné à imiter servilement des êtres, supérieurs, mais il est ainsi organisé qu'il conservera toujours cette heureuse opinion qu'il agit par lui-même. Pour son propre repos et pour conserver ce noble orgueil sur lequel

repose sa destinée, on lui a enlevé la vue d'êtres plus élevés que lui, car il est probable qu'en apprenant à les connaître, il apprendrait en même temps à se mépriser. L'homme ne devait donc pas arrêter ses regards sur son état futur, mais seulement y donner sa croyance.

5^" Ce qui est tout aussi sûr c'est que chacun de ses pouvoirs contient une infinité de facultés qui ne sauraient se développer ici bas, où elles sont contrariées par d'autres pouvoirs, écrasées par les sens et les instincts animaux et pour ainsi dire limitées au domaine de la vie terrestre. Certains exemples de mémoire prodigieuse, d'imagination, de pressentiments, de divination même, ont révélé des merveilles de ce trésor caché qui gît au fond de l'âme humaine, et les sens euxmêmes participent à ces phénomènes. Que, dans la plupart des cas, ce soient des maladies ou des défauts accidentels et partiels qui ont mis sur la voie de ce trésor, cela ne change en rien la nature de la chose, puisque la disproportion qui en résulte rend, en rompant l'équilibre, la liberté à une faculté captive et démontre sa puissance. Cette expression de Leibnitz que l'âme est un miroir de l'univers, cache peut-être une vérité beaucoup plus profonde que celle qu'on a l'habitude d'en déduire; car il semblerait qu'elle renferme en elle les pouvoirs d'un univers tout entier, pouvoirs auxquels il ne faudrait, pour se développer, que le concours d'une organisation ou d'une série d'organisations progressives. L'Être, qui est toute bonté, ne lui refusera pas cette organisation, mais il conduira ses pas, comme ceux d'un faible enfant, pour l'amener petit à petit à la plénitude d'une jouissance croissante, en lui laissant la conviction que c'est par elle-même qu'elle acquiert ses pouvoirs et ses sens. Déjà dans sa constitution présente qui l'enchaîne encore, l'espace et le temps ne sont que des mots vides de sens. Ils mesurent et expriment les rapports du corps, mais non pas

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ceux de sa capacité interne qui se projette par de là Tespace et la durée, lorsqu'elle s'élève jusqu'à la jouissance d'elle-même dans toute la plénitude d'une volupté interne. Ne t'efforce pas à découvrir la place et l'heure de ton existence future : le soleil, qui éclaire tes jours, doit t'éclairer tant que tu habiteras cette terre et tant qu'il obscurcira les étoiles célestes. Dès qu'il se sera abîmé, le monde apparaîtra dans une majesté plus grandiose et plus imposante. La nuit sacrée, qui t'enveloppa jadis et qui t'enveloppera encore, couvrira la terre de ténèbres épaisses et étalera dans le Ciel, à tes yeux éblouis, le livre resplendissant de l'immortalité. « Là sont des habitations, des <c mondes et des espaces qui brillent de l'éclat d'une éter- <c nelle jeunesse, quoique des milliers de siècles se soient (c succédés sans cesse ; ils se rient des temps et des saisons « qui passent et qui changent; mais tout ce qui, ici-bas, s'offre (c à nos regards, tombe, périt et disparaît, et le temps est là (c qui menace d'une chute inévitable tout ce qui faisait le bonce heur et l'orgueil de la terre. »

Cette terre ne sera plus, et toi, tu seras encore et tu jouiras de Dieu et de sa création dans d'autres demeures et dans d'autres organisations. En ce monde tu as joui de beaucoup de bien ; sur cette terre il t'a été donné d'atteindre une organisation qui t'a permis, comme à un enfant du ciel, d'apprendre à regarder autour et au dessus de toi. Tu dois donc t'efforcer de la quitter avec calme et sans te plaindre ; tu dois la bénir, comme le champ, témoin des jeux de ton enfance, toi, fils de l'immortalité, comme l'école d'où tu es parti pour arriver à l'âge viril, à travers la joie et la douleur. Tu n'as plus de droit sur elle, elle n'en a plus sur toi : dépose joyeusement ton bâton de voyage et reçois la couronne de la liberté et la ceinture du ciel.

De même que la plante, dans sa forme droite, s'élève et clôt

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le domaine de la création souterraine et encore inanimée, pour jouir d'un commencement de vie dans la région du soleil, ainsi Tbomme, droit et élancé, domine toutes les créatures courbées Ters la terre. C'est un fils chéri qui, les yeux levés et tes mains étendues, attend le signal de son père.

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