‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 98 sur 132 · NORD · texte numérisé non relu

NORD

Auoua naviguteur a'a eacore m atteindre à Taxa de la terre, d'où il aurait peut-être pu nous rapporter quelques éclaircissements sur sa construction : cependant nous avons de beaucoup dépassé les limites de la terre habitée, et nous avons pu décrire des régions que Ton nommerait volontiers le trône de glace froid et dénudé de la nature. — (Test là que Ton contemple des phénomènes à peine croyables pour un habitant de Téquateur : ces masses gigantesques de glaçons reQétant d'admirables couleurs, ces aurores boréales splendides , ces illusions fantastiques de Tœil dans l'espace, et au milieu du froid intense de l'atmosphère, les chaudes effluves terrestres. Au milieu des rochers abrupts et fendus, le granit semble s'avancer beaucoup plus loin qu'il n'aurait pu le faire au pôle sud. Et comme la mer ftit la première demeure des animaux : ainsi encore peuton considérer la mer du Nord remplie d'animaux, comme Torigine de la vie, et son rivage comme la limite sur laquelle daos les mousses, les insectes et les vers commence Torganisation

Unm TL -- CHAPITU I.

des êtres terrestres. -^ Des oiseaux de mer salueat ee pays qui ne nourrit encore que peu de volatiles indigènes : des animaux aquatiques et amphibies ebercbent, pour se réchauffer, les rares rayons du soleil de ce pays. — ^Âu milieu du tourbillon des eaux se montre également la limite de la création vivante. Et comment s'est conservée à cette limite l'organisation de lliomme? Tout ce que le froid a pu faire a été de ramasser son corps et de restreindre la circulation du sang. La taille du Groenlandais dépasse rarement cinq pieds, et TEsquimaux son frère devient de plus en plus petit à mesure qu'il se rapproche du Nord, Mais comme le travail de la vie se fait de fait de l'intârieur à l'extérieur, il produisit chez eux une graisse chaude et délicate qui remplaça le développement qu'ils ne pouvaient {Mrendre en hauteur. La tête est grande eu égard au corps, la figure large et plate : la nature, qui ne produit la beauté que dans l'harmonie et le juste milieu entre les extrêmes, ne pouvait pas encore arrondir doucement l'ovale, et faire apparaître l'ornement du visage, et si j'osais me servir de ce terme, en parlant du nez, le fléau de la balance. — Les joues occupant la majeure partie de la face, la bouche était petite et ronde : les cheveux restèrent hérissés, il manquait pour former des cheveux soyeux et minces la sève délicate ; l'œil resta terne et inanimé. Dans cette structure se formaient de fortes épaules et des membres larges ; le tronc était sanguin et charnu. Les mains seules et les pieds furent petits et délicats ainsi que les mamejles et les parties extérieures de l'organisme. — ^A la structure apparente et visible correspond aussi l'irritabilité et toute l'économie de la sève intérieure. — Le sang est plus lent, le coBur bat plus doucement ; de là moins d'ardeur dans l'attrait des sexes, dont l'effervescence atteint un si haut degré dans les pays plus chauds. La virilité se manifeste tard ; les célibataires sont chastes et il £siut presque forcer les femmes à s'engager

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dans les durs liens du mariage : elles accouchent rarement, en sorte qu'elles comparent aux chiennes les Européennes beaucoup plus fécondes. Dans leurs mariages, comme dans toute leur habitude d'existence règne une tranquille décence, une constante retenue des passions. Insensibles à ces aiguillons qui dans d'autres climats plus chauds forment aussi des âmes plus ardentes, ils vivent et meurent tranquilles et résignés, se contentant de peu, et actifs seulement quand la nécessité le leur impose. — Le père élève son fils avec cette insouciance et pour le genre de vie qu'ils prennent pour la vertu et le bonheur de l'existence, et la mère allaite son enfant longtemps avec toute la profonde tendresse de l'animal. Mais si la nature leur a refusé l'ardeur et l'élasticité des fibres, en revanche elle les a doués de forces opiniâtres et patientes, et les a entourés d'une graisse réchaufTante et leur a donné une telle abondance de sang que dans les habitations leur haleine même est d'une chaleur étoufiïante.

Il n'est personne, je pense, qui ne reconnaisse ici les procédés uniformes de la nature créatrice. La taille de l'homme laisse-t-elle à désirer, la végétation est encore bien moins développée dans ces contrées : des mousses, des broussailles s'attachent à la terre; les arbres sont petits et rares. La sonde armée de fer se rétrécit tant le froid est intense, et l'organisme humain ne s'en ressentirait pas, doué comme il l'est d'une vie et d'une sensibilité intérieures ! — Ces observations ne peuvent se faire que sur un espace resserré et bien reculé de la création : mais elles prouvent un travail analogue dans toutes les organisations. Les membres des animaux marins et des autres créatures de la zone septentrionale sont petits et délicats : la nature, autant que possible a tout concentré dans le foyer de la chaleur interne; un épais plumage recouvre les oiseaux; et de mâme que l'homme jouit d'un sang riche et d'un

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