LIVRE XVII. — CHAPITRE II
qu'aux instruments par lesquels elle agit. Voyez les chrétiens de Saintr-Thomas dans Tlnde, les Géorgiens, les Arméniens, les Abyssins, les Koptes, que sont-ils? Qu'en a fait le christianisme î Les Koptes et les Abyssins possèdent d'anciennes bibliothèques, dont les livres sont pour eux inintelligibles et qui auraient peut-être ime fort grande utilité entre les mains des Européens.' Us ne s'en servent pas et ne peuvent s'en servir : leur christianisme est tombé dans la plus déplorable superstition.
50 Je dois maintenant payer à la langue grecque le juste tribut d'éloges qui lui est dû à tant de titres dans l'histoire de l'humanité ; c'est par elle que se répandirent ces flots de lumière que le christianisme a projetés sur notre Europe. Si cette noble langue n'avait pas vu son domaine s'étendre et se maintenir par le fait des conquêtes d'Alexandre, des règnes qui suivirent, et plus tard de la puissance romaine, le christianisme eût difficilement brillé d'un aussi vif éclat en Asie ; car c'est à l'aide de la langue grecque que se répandirent, médiatement ou immédiate- . ment, les l\imières et les erreurs des orthodoxes comme celles des hérétiques. C'est également à ce foyer que les langues arménienne, syriaque, arabe empruntèrent une partie de leur éclat ; et en admettant que la plupart des monuments du christianisme eussent été écrits même dans le dialecte juif contemporain, l'Évangile n'aurait pu être prêché et répandu dans la langue grecque. Probablement le fleuve qui circule aujourd'hui à travers toutes les nations se fût; perdu près de sa source, et les chrétiens seraient devenus ce que furent les ébionites, ce que sont les disciples de saint Jean et les thomatistes, de misérables tribus, sans influence sur le génie des peuples. Éloignonsnous donc de l'Orient, leur berceau, et suivons-les sur le théâtre gù ils vont jouer un rôle plus iaaportant.